TUNISIE
11/10/2018 17h:12 CET

Règlement de compte, manipulation politique, violation de la loi...? Le bras de fer entre Nessma et la Haica fait débat

Une avalanche de critiques, une guerre de communiqués, des échanges d’accusations...

Facebook/Lotfi Mechri

Une avalanche de critiques, une guerre de communiqués, des échanges d’accusations... le torchon brûle entre la chaîne privée Nessma et la Haute autorité indépendante de la Communication audio-visuelle (Haica) en faisant tourner les têtes. Qui a tort, qui a raison? Est-ce un règlement de compte ou une infraction à la loi?

Le conflit se durcit

L’affaire de Nessma a refait surface il y a quelques jours quand la HAICA, le vendredi 5 octobre 2018, a adressé une mise en demeure à la chaîne pour diffusion sans autorisation légale.

“Nous condamnons cette pratique anticonstitutionnelle et anti-démocratique qui menace la liberté d’expression et nous rejetons l’alignement, le chantage et toute atteinte à l’indépendance de notre ligne éditoriale et la liberté de nos journalistes”, riposte la chaîne dans un communiqué de presse rendu public.

Avec un ton sévère, Nessma a accusé la HAICA de vouloir briser la liberté d’expression dans les espaces médiatiques et se dit victime d’un harcèlement orchestré par le gouvernement. 

“C’est à un véritable ‘harcèlement’ que la chaîne Nessma est soumise depuis quelque temps. Les lettres d’intimidations, les amendes financières infligées, qui se suivent et qui vont crescendo…À croire que ceux qui se cachent derrière cette campagne, n’ont d’autre souci que de semer les embûches sur le chemin d’une chaîne qui a réussi à métamorphoser le paysage médiatique, en prenant le parti du peuple, de ses préoccupations et de ses attentes” lance-t-elle. 

Pour Nessma, la décision de la Haica est motivée par deux raisons principales:

“La première est que la chaîne Nessma fait son travail, conformément à sa ligne éditoriale et l’exécute de manière libre, indépendante et transparente, en reflétant la réalité et les faits tels qu’ils sont.

Elle veille, également, à transmettre la voix du citoyen où qu’il se trouve et ouvre ses plateaux à toutes les composantes et sensibilités politiques et sociales, sans exclusive, avec pour crédo, la diversité d’opinions”.

En effet, la chaîne estime que les “harcèlements” récurrents de la part de la HAICA sont des manoeuvres pour saboter Nessma et sa ligne éditoriale surtout qu’elle se présente comme la voix des régions.

Nessma crie à la manipulation politique

Dans son communiqué, Nessma pointe du doigt le gouvernement actuel de vouloir saboter la chaîne et sa ligne éditoriale. 

“Ils veulent éteindre ‘les lumières’ d’une chaîne, qui éclairent et redonnent espoir, à travers ses actions humaines et de solidarité, des populations dans le besoin (...) Le gouvernement a, d’ailleurs, tout fait pour l’arrêter, sans succès” souligne-t-elle.

Il est clair pour Nessma que tous les moyens sont bons pour sanctionner la chaînes pour ses prises de positions qui ne sont pas au “goût du gouvernement” en prévision des élections.  “D’où la mobilisation des organismes administratifs de l’État et ses institutions de contrôle à la seule intention de Nessma, en vue de la mettre à genoux, la poussant à la faillite et la rayer du paysage médiatique. L’objectif recherché n’est autre que de laisser la place à d’autres plateformes médiatiques spécialisées dans le marketing électoral aux fins de redorer l’image du gouvernement”, souligne la chaîne.

Jaloux de son succès, Nessma est dans le viseur ?

Dans son communiqué, Nessma a révélé que la Haica l’a sanctionnée par une amende de 50 mille dinars et la menace “de fermeture et de confiscation des équipements à travers le recours à la force publique.” 

Une nouvelle pénalité qui s’ajoute ainsi à la longue liste des amendes “infligées de manière injustifiée” d’après Nessma. “Rien qu’au niveau des sanctions financières, ‘présumées’, Nessma a cumulé le montant d’un million de dinars (1 milliard de millimes), dont 600 mille dinars destinés à ‘punir’, l’émission ‘Khalil Tounes’”, déplore le communiqué.

Et d’ajouter “depuis le 14 janvier 2011, six gouvernements se sont succédés, et aucun n’a imposé de sanctions financières contre les médias, autant que l’actuel gouvernement”.

Il s’agit, selon elle, d’un “comportement inexpliqué” surtout que Nessma “occupe, depuis des années, la 1ère place au niveau du nombre de téléspectateurs, avec ses 5 millions par jour, sur le plan national”. “Le rayonnement de la chaîne dépasse les frontières, puisque Nessma est aussi, 1ère, dans le Maghreb avec 10 millions de téléspectateurs et se trouve être la première chaîne arabe, en Europe” précise la chaîne en rappelant qu’elle “dispose d’une licence de diffusion légale octroyée par l’État tunisien depuis 2009.”

Nessma entend “se défendre par tous les moyens légaux”

Face à cette situation, Nessma a indiqué qu’elle “se réserve le droit d’user des moyens nécessaires, dans le cadre de la loi, pour défendre son existence et plaider, si nécessaire, sa juste cause à l’échelle nationale et internationale”.

Elle a d’ailleurs lancé un avertissement contre “toutes les personnes impliquées dans la campagne de ‘destruction’ du média”. Elle n’hésitera pas à “les poursuivra en justice” souligne-t-elle en les accusant de mettre en danger “le gagne-pain de ses employés et de leurs familles, au nombre de 450 entre journalistes, techniciens et personnel administratif”.

Sous le slogan “Ils veulent fermer Nessma”, une vague de soutien des animateurs et des journalistes ne cessent d’affluer sur les réseaux sociaux. Plusieurs ont choisi même de se rendre aux locaux de la chaîne pour épauler leurs collègues, “victimes de cette injustice”. 

Depuis deux jours, la chaîne diffuse en boucle des spots dénonçant la décision de la Haica qui selon elle cherche à fermer Nessma. 

La Haica réagit et l’accuse de tromper l’opinion publique 

Intervenant sur les ondes de la radio nationale, Hichem Snoussi, membre de la Haica a démenti en bloc toute décision concernant la fermeture de la chaîne télévisée, Nessma.

Il a également précisé dans une interview accordée à Shems Fm que la décision de fermeture ne relève pas de ses prérogatives. “La Haica n’a aucun droit de prendre de telles mesures” martèle-t-il.

Il a, également, nié l’imposition d’une amende de 50 mille dinars à la chaîne en précisant que “La Haica a uniquement convoqué le représentant légal de Nessma TV pour l’informer que la diffusion de la chaîne n’est pas autorisée ainsi que pour l’auditionner à propos la régularisation de sa situation”.

Changer le statut juridique est la pomme de discorde, selon la Haica

Afin de mettre les choses au clair, la Haica a publié en 23 points tous les détails de l’affaire de Nessma ainsi que les différentes décisions prises à son encontre.

En effet, l’affaire remonte au 16 juillet 2014 quand la Haica a appelé tous les médias à se conformer aux critères de cahier des charges relatif à l’obtention d’une licence de création et d’exploitation d’un établissement de communication audiovisuelle.

Par soucis de transparence, la Haica a expliqué avoir exigé à travers sa note tous les médias à se présenter sous le statut juridique de “société anonyme” (S.A). Chose qui n’a pas été respectée par Nessma qui a préféré garder son statut légal de Société à responsabilité limitée (S.A.R.L), se mettant ainsi en conflit avec la loi.

De ce fait, suite aux multiples appels l’invitant à régulariser la situation et le refus répété de Nessma d’obtempérer au cahier de charge, la Haica a décidé d’agir le 5 octobre 2018, comme l’indique la loi.

Après avoir adressé, dans le cadre de la loi, des avertissements au représentant légal de Nessma TV, l’invitant à régulariser la situation de la chaîne sur la base du décret-loi 116 de 2011 et le parachèvement des délais légaux accordés, la Haica a alerté le représentant légal de la chaîne de la violation des dispositions de l’article 29 dudit décret-loi et l’a invité à régler la situation de la chaîne, chose qui, à ce jour, n’a pas encore été faite.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.