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16/11/2018 12h:51 CET | Actualisé 16/11/2018 12h:51 CET

“Regarde-moi”: Un film, une leçon de vie

Un film espoir qui nous sauve de notre cruauté et de notre misère humaine.

Affiche "Regarde-moi"

“Regarde-moi”, un film, une leçon de vie, une bouée d’air pur et sur dans ce monde de brutes et de brutalité intense.

Néjib Belkadhi a montré qu’il était une pointure qui a cette capacité de faire rêver, de faire pousser l’espoir avec beaucoup de professionnalisme mais surtout une grande subtilité et une rare finesse.

Le film traite de l’autisme, une grave maladie certes handicapante mais dans toutes ses dimensions. 

Belkhadi a ce génie de mettre en mot ce que nous nous disons tout bas mais sans médiocrité, ni surenchère. Il ne nous fait pas basculer dans un camp ou un autre. Comme sur un fin fil, il nous a tenu haletant d’émotions constructives  sans tomber dans la morosité de la victimisation. Il a en même temps d’une manière ferme mis à nu les méandres d’une société exclusive et fermée par rapport à la maladie. Une société misogyne qui refuse à la femme ce qu’elle octroie à l’homme. Une société machiste où l’homme est roi, interprété magistralement par Nidhal Saadi. Un bad- boy père démissionnaire macho et séducteur qui soudain tombe en amour devant son fils autiste qu’il a abandonné  pendant 7 ans et qu’il redécouvre. Il fait tout pour le sauver de l’exclusion et de la  marginalisation sociale, des centres spécialisés qui ne sont pas encore aptes à le prendre en charge, incapables par manque de savoir, par débordement et manque d’amour et d’implication. 

 

Il l’a sauvé aussi de sa grand-mère, jouée par la grande Mouna Noureddine. Elle incarne pleinement la rigidité des conventions sociales, en allant jusqu’à songer à interner l’enfant dans un asile psychiatrique plutôt que de le laisser grandir chez une tante aimante mais aux mœurs “légères” qui a justement bravé cette hypocrisie conventionnelle en se mettant en couple librement avec un chrétien non-musulman mais plus humain que tous.

Belkhadi jongle entre tous ces registres sans lâcher la vraie histoire: celle d’un enfant autiste (quel jeu d’acteur!) qui aurait été définitivement condamné sans cette prise de conscience brutale et cette volonté de changer de son géniteur égoïste et macho mais aussi sans cet amour inconditionnel que lui porte sa tante, jouée par Saoussen Maalej, qui incarne fabuleusement bien la femme tunisienne: La femme combat, la femme battante, la femme sacrifice, la femme martyr qui ne lâche pas prise, qui ne lâche rien, surtout pas sa chair.

Un film plein d’émotions du début jusqu’à la fin avec une chute terriblement belle qui laisse place à l’espoir.

Un film espoir qui nous sauve de notre cruauté et de notre misère humaine.

Un film aux sensations fortes qui nous remet en question dans notre façon de penser et de faire. 

Un film ouverture sur notre prochain qui nous apprend à accepter la différence et l’handicap.

Un film qui promet ...

Seulement honteusement, il n’a pas été primé aux JCC.

Pas même un prix d’encouragement pour cet enfant prodige qui n’a pas dit un seul mot durant les 90 minutes du film mais qui a magnifiquement su nous faire plonger dans son monde autistique pour partager sa douleur, ses cris et surtout pour le tirer vers notre monde.

Mauvaise décision ou décision politique d’un jury partial?

Heureusement que dans ce monde et cette Tunisie défigurée, il nous reste l’amour de l’art et du cinéma. Oui fort heureusement, il ne nous reste que l’amour.

 

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