TUNISIE
23/10/2018 16h:40 CET | Actualisé 11/11/2018 17h:02 CET

"Regarde-moi" de Néjib Belkadhi: Un regard bouleversant sur l'acceptation de la différence

On a regardé pour vous le film "Regarde-moi" de Néjib Belkadhi.

Certains se rappellent des images odieuses des enfants maltraités dans un centre de prise en charge des enfants autistes en Tunisie. En lisant le synopsis du film de Néjib Belkhadhi “Regarde-moi”, on aurait pu croire que le film explore ce fait-divers et surfe sur l’émotion qu’a suscitée cette histoire, mais cela serait un leurre. 

“Regarde-moi” a été écrit et filmé avant ce scandale. Le réalisateur a eu l’idée du film en regardant une série de photos du photographe américain, Timothy Archibald, sur son fils autiste. Pour modeler cette idée, Néjib Belkadhi se documente sur le sujet, va voir les familles ayant un enfant autiste et les centres spécialisés, raconte-t-il au HuffPost Tunisie. “J’ai remarqué que face à l’autisme, le plus souvent le père s’enfuit et c’est la mère qui y fait face”, a-t-il renchéri.

Bien que le personnage principal soit atteint d’autisme, le film ne traite pas seulement ce sujet. “Je l’ai voulu un film sur l’acceptation de la différence. Mon intention n’était pas d’aborder l’aspect clinique de l’autisme mais plutôt sa dimension relationnelle et humaine”, affirme Néjib Belkadhi.

Cette vision du réalisateur est véhiculée par une histoire touchante: Une idylle entre un couple, enfantant un enfant autiste et le mari Lotfi, incarné par Nidhal Saadi, se barre à Marseille, laissant femme et enfant. Il refait sa vie avec une Française et attend un enfant d’elle. Il envoie de l’argent à sa famille afin de soulager sa conscience, mais l’AVC de sa femme l’a obligé à revenir en Tunisie.

Devoir faire face à la différence ne s’avère pas facile pour le père. Son petit garçon est agité, refuse l’interaction, ne le regarde pas. Le père tente de tisser un lien avec son fils. Tout au long de l’histoire, le spectateur suit le regard du père à la recherche de celui fugitif, labile de son petit. Seule la lumière capte, fait surgir le regard de l’enfant, le rend pleinement présent.

Muni d’une caméra, Lotfi suit le flottement du regard de son fils, attrape son expression. Le pouvoir de la caméra du réalisateur sur le père et du père sur son fils délivre une souffrance, une émotion inexprimée. Le spectateur est invité à sonder les sentiments, les tensions, à travers ce ballet de regards croisés, évités, attendris ou émerveillés. La caméra rapproche le père de son fils. L’empathie du spectateur s’éveille à travers ce champ- contrechamps jonglant entre le père et son fils. 

“Je ne voulais pas d’un film larmoyant”, se défend pourtant Néjib Belkadhi. La virtuosité du film est de ne pas sombrer dans le pathétisme, tout en étant émouvant. 

Le jeu d’acteurs y est pour beaucoup. Pour sa première expérience au cinéma, Nidhal Saadi est remarquablement vrai. L’énergie dégagée par l’enfant Idryss Kharroubi est dosée avec justesse, comme l’est la bienveillance du frère de Lotfi, joué par Aziz Jebali. 

Quant à Sawsen Maalej, elle signe avec ce film un retour remarquable au cinéma, réussissant à convaincre en étant à la fois incisive et tendre. “Ce rôle est un tournant pour moi. Il est différent de ce que les gens ont l’habitude de voir”, confie-t-elle au HuffPost Tunisie

Traitant la question du concubinage et des couples mixtes également, “le film explore les non-dits de la société, l’hypocrisie sociale et le consensus écrasant”, explique l’actrice. 

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Elle voit dans ce film la genèse d’une nouvelle vague de films d’auteurs à la fois ancrés et universels, en rupture avec les thématiques ressassées dans le cinéma tunisien depuis 2011. 

Ayant entamé sa carrière avec Néjib Belkadhi, Sawsen Maalej revient à ses côtés pour signer un film qui marque une sorte “d’aboutissement” et “de maturité” dans leur carrière respective, ajoute-t-elle. 

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