MAROC
02/10/2018 17h:14 CET | Actualisé 02/10/2018 17h:22 CET

Réélection de Laenser à la tête du MP: Pourquoi les partis politiques peinent à renouveler leurs élites?

"Ils applaudissent les discours du roi appelant au rajeunissement mais n'en applique aucun des principes".

Rafael Marchante / Reuters

ANALYSE - “Le roi a souligné que les partis politiques font leur possible, mais ils ont besoin de s’ouvrir davantage sur les élites et les jeunes, car ces derniers sont porteurs aujourd’hui d’autres attentes, au sujet desquelles les partis doivent faire l’effort”. Accordée à la MAP en réaction au discours royal de la fête du Trône, on doit cette déclaration à Mohand Laenser, secrétaire général fraîchement réélu à la tête du Mouvement Populaire (MP). 

Pourtant, sur le terrain, ce “besoin de s’ouvrir” a du mal à se concrétiser. Et le MP ne fait pas exception avec la réélection lors de son 13e congrès national, tenu ce week-end à Rabat, de Mohand Laenser à la tête du parti. Le leader de la Haraka remporte un 9e mandat après 32 années passées au même poste. Il s’est adjugé 1.554 voix sur un total de 1.843 voix exprimées, face à son unique concurrent Mustapha Aslalou, membre du bureau politique qui a récolté 289 voix contre 125 annulées.

alharakama

Pour le MP, les élections du secrétaire général se sont déroulées dans “une atmosphère démocratique, fraternelle, transparente et libre”. Et de souligner que les militants harakis ont exprimé “leur profonde conviction de la nécessité des réformes à engager sous la direction de SM le roi Mohammed VI”.

Mais difficile de convaincre les observateurs politiques, pour qui les preuves d’un réel changement commencent avant tout par le renouvellement des élites. “Cela fait des années que le souverain met en exergue, dans ses discours, la nécessité pour les partis d’apporter du sang neuf, d’ouvrir l’accès aux postes de responsabilité aux jeunes. Mais ils donnent l’impression que leur génération actuelle n’est pas concernée”, constate le professeur en droit Abdelhafid Edmino, dans une déclaration au HuffPost Maroc

“Signe négatif”

Que Laenser rempile à la tête du MP n’a rien d’une surprise. Pour le politologue Ahmed El Bouz, cette réélection relève “du fait normal au sein du MP où la compétition n’est pas une tradition. C’est un parti de notables à l’image d’autres comme lui, ici et ailleurs”. Pas d’effet surprise, Ahmed El Bouz souligne, cependant, que cette réélection peut se traduire par “un signe négatif”. “Cela montre que le parti n’arrive pas à trouver de relève. Ce n’est pas forcément le choix de Laenser, mais plutôt un problème de consensus autour d’une personnalité. C’est le statu quo qui continue”, soutient-il.

Le nom de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Hassad, qui circulait dans les couloirs du MP, laissait croire qu’il serait le prochain secrétaire général du parti. “Mais le limogeage de Hassad de son poste ministériel a remis en question les calculs de l’après-Laenser”, estime-t-il.

Mohamed Ouzzine, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, membre du bureau politique du MP, a lui aussi été sur la liste des éventuels successeurs. “Il n’y avait pas de compromis autour de lui et le scandale qui a accompagné sa gestion du secteur qu’il dirigeait n’a pas été en sa faveur”, explique Ahmed El Bouz, estimant que “la crise de la relève a été désamorcée par l’option de la continuité du même leader”. 

Sous le toit des partis, souvent le principe de la régénération cède la place “aux tractations internes”. Le politologue Driss El Guenbouri estime, pour sa part, que la difficulté pour des partis “ancestraux” de trouver des relais internes pour reprendre le flambeau se trouve, en grande partie, dans l’absence d’encadrement de la jeunesse même du parti. “La loi impose aux partis le devoir d’encadrer les citoyens, mais ils n’arrivent même pas à encadrer leurs militants. C’est, à mon avis, tout le concept du parti politique au Maroc qui pose problème”, soutient-il.

La réélection des mêmes leaders cache, pour ce dernier, “un échec” que les partis politiques couvrent par “de faux arguments”. “Justifier le maintien de la même élite par la nécessité d’assurer la stabilité d’un parti ou encore l’apaisement de conflits internes entre les membres/familles et prendre en considération les intérêts de chacun... condamnent les partis à se cloisonner dans un cercle vicieux”, affirme Driss El Guenbouri.

Préméditée, cette volonté de maintenir les mêmes responsables l’est, pour ce politologue: “À chaque fois qu’il est question d’élection du secrétaire général, le parti vous sort la carte de la phase charnière qui impose telle ou telle personne. C’était, en tous cas, le discours que prônait le PJD, mais aussi l’USFP et l’Istiqlal”. En fin de compte, conserver son siège devient, au fil du temps, “une fin en soi”, déduit ce politologue. “Ce qui va à l’encontre des discours royaux appelant au rajeunissement. Les partis politiques les applaudissent, mais n’en appliquent aucun des principes. C’est illogique!”, s’exclame notre interlocuteur.

MAP

Les partis reconduisent les mêmes élites et réitèrent aussi les mêmes discours. Pour Driss El Guenbouri, l’état actuel dans lequel se trouvent les partis politiques suscite de l’inquiétude quant à l’avenir de l’action politique. “Sous cette forme d’anarchie, c’est vers le chaos qu’ils se dirigent. D’ailleurs, ils se montrent déjà bien loin de ce que les citoyens vivent en ce moment”, fait remarquer l’observateur, qui rappelle que les affrontements verbaux entre les deux partis RNI-PJD montrent à quel point “les intérêts électoralistes passent avant tout!”.