MAROC
03/09/2019 12h:05 CET

Reda Kadmiri: "Atlas Electronic n'est plus qu'un micro festival, c’est devenu une plateforme culturelle"

Pour le producteur du festival, l'évènement permet notamment au patrimoine musical marocain de se réinventer.

Reda Kadmiri, co-organisateur du festival Atlas Electronic.

CULTURE - Clap de fin pour la quatrième édition du festival Atlas Electronic, qui s’est tenue du 29 août au 1er septembre au cœur du pittoresque écolodge Villa Janna, dans la palmeraie de Marrakech. L’événement invitant à découvrir la musique électronique autour de trois scènes avec plus de 125 artistes aux multiples univers a pu tenir sa promesse: celle de ne cesser de grandir et de dénicher de nouveaux talents. Le HuffPost Maroc a assisté a cet évènement incontournable des amateurs d’électro et rencontré Reda Kadmiri, co-organisateur et producteur exécutif du festival. Interview.

HuffPost Maroc: Bonjour Reda, comment avez-vous eu l’idée de créer Atlas Electronic?

Je n’étais pas là durant la première édition, j’avais approché l’équipe qui avait commencé bien avant mon arrivée, parce que je suis aussi prestataire technique dans tout ce qui est sonorisation, scène, lumières, etc. C’est un groupe hollandais d’origine marocaine qui a vu de loin sur Internet qu’il commençait à se passer des choses autour de la musique électronique au Maroc, et l’idée est venue de faire une grande fête qui est devenue, pour sa première édition, un festival.

Comment le festival a-t-il évolué depuis quatre ans?

La nature du festival a aujourd’hui beaucoup évolué, ce n’est plus qu’un simple micro festival, c’est devenu une plateforme culturelle. C’est différent, chaque édition a eu son lot de moments inoubliables, de beauté, de rencontres créatives et productives. On a vu tellement de rencontres aboutir sur des morceaux, des sessions de studios entre des artistes traditionnels marocains et des artistes étrangers de tous horizons.

Partez-vous à la recherche d’artistes ou bien ce sont eux qui viennent vers vous?

Il y a du travail de recherche, bien sûr, mais il y a aussi des artistes qui en parlent à leur confrères, et certains nous contactent pour venir. Et puis il y a aussi des artistes qu’on ne pourrait pas se permettre d’approcher, qui sont touchés par la mission du projet et qui viennent jouer presque gratuitement! Leur confiance est notre plus grand capital, c’est le fait qu’on ait cette ambiance dans cet endroit ouvert, de liberté où les gens peuvent venir, être eux-mêmes, découvrir des musiques qui ne sont presque jamais proposées ailleurs le reste de l’année au Maroc. On ne peut pas inviter que des stars internationales, d’abord parce qu’on ne peut pas se le permettre pour le moment, mais aussi parce que ça n’a jamais été l’objectif. On voulait qu’il y ait au moins 50% d’artistes confirmés qui soient un exemple d’inspiration, et 50% d’artistes émergents, pleins de talent qui ont juste besoin de courage et de la scène, pour trouver leur public.

On a rencontré le public du festival. Les festivaliers marocains n’étaient pas très excités quant à l’idée de voir les Houariate, par exemple, parce que pour eux, ce n’est pas nouveau, tandis que les étrangers ont beaucoup aimé leur performance. Qu’en pensez-vous?

Ce qui est bien, c’est de ne pas les voir dans un contexte de mariage, mais avec un système de son très fort, avec de la technique. Les Marocains peuvent les zapper parce que ce n’est pas nouveau, mais voir les étrangers tripper sur leurs morceaux et les regarder avec des yeux nouveaux, c’est autre chose. Ils se disent que c’est quand même puissant comme musique. Ce qui est bien aussi, c’est qu’on ne les présente pas, comme à l’étranger, en les mettant dans la case “world music”, c’est notre patrimoine qu’on est en train de réinventer. C’est vrai, on dit que la musique traditionnelle doit rester comme elle est: authentique et pure, mais pour nous, elle est vivante et doit être transmise. On nous a en quelque sorte interdit la modernité quand il s’agit de tradition.

Qu’est-ce qui fait l’originalité du festival Atlas Electronic?

Notre thème est Africa is Africa, on veut créer un vrai programme de collaboration panafricaine, on ne veut pas faire du traditionnel de chaque pays, et puis on en a assez de parler d’Afrique subsaharienne, Afrique francophone, anglophone... On est un seul continent qui a une histoire et un potentiel incroyable démesuré sur la planète. On a commencé cette année le remboursement des visas pour les visiteurs venant de pays qui en nécessitent. On a pris comme thème la mobilité artistique et comment elle impacte le paysage artistique international. C’est un début, on ne pense pas révolutionner le monde avec ces idées, l’histoire des visas était symbolique, mais c’était pour vraiment nous ancrer dans cette direction-là, et je pense que l’aboutissement de cela, ce sera Africa is Africa: des résidences artistiques tout au long de l’année, au Maroc mais aussi dans tout le continent. On enverra des artistes marocains collaborer avec leur confrères et créer du contenu pour les prochaines éditions.

Parlez-nous des organisateurs. Combien de personnes gèrent le festival? 

On est 5 personnes en ce qui concerne le noyau dur. Il y a Karim El Mrabti, le fondateur du festival, moi, producteur du festival, Steph, qui est notre head of production basé aux Pays-Bas, Manal qui est copyrighter et écrit le texte (elle est basée aussi en Hollande), et Ahmed qui est notre programmateur. Ça c’est pour répartir les tâches de façon simplifiée, mais en réalité, nous sommes une équipe qui échangeons sur nos propres départements, tout en impliquant notre communauté dans la création de contenu. On est aujourd’hui contactés par des artistes qui voient Atlas Electronic comme une plateforme et une opportunité pour s’exprimer, pour découvrir des artistes qu’ils ne connaissent pas et pour collaborer. “In the future, we create together” est notre tagline, tout ce qu’on a fait est de créer une plateforme qu’on veut développer avec notre communauté. Maintenant elle existe, elle a sa taille, et elle est même une forme de visibilité pour les artistes.

Pensez-vous cependant que la scène électronique soit suffisamment développée au Maroc pour accueillir les artistes marocains?

Beaucoup d’artistes ont fait leur première scène et je suis fier de les voir aujourd’hui produire. Ici, ils rencontrent des artistes étrangers qui ont plus de possibilité de jouer parce que les scènes sont plus développées là-bas, il y a beaucoup de bars, de restaurants, de clubs. Au Maroc, les artistes sont un peu orphelins, on a des artistes super talentueux qui restent chez eux parce qu’il n’y a pas de scène. Donc nous, on veut faire venir ces gens-là chez nous, on leur dit qu’il y a une scène pour eux, on leur ramène des artistes de leur style musical, on leur dit qu’eux aussi peuvent arriver à leur niveau, ils sont aussi curieux qu’eux d’ailleurs.

Est-ce qu’on verra Atlas Electronic dans d’autres villes du Maroc?

On a fait des fêtes dans d’autres villes pour le Festival Atlas Electronic, mais c’était dans le cadre des pre-parties. Pour celui-ci, on est allés à Casablanca, Rabat, Tanger. Atlas est un symbole, on est en face de l’Atlas ici à Marrakech, et c’est destiné à voyager.

Quel est votre meilleur souvenir de cette 4ème édition?

C’est sans aucun doute la performance des Houariate au Boiler Room, j’avais des frissons. C’était un moment fort que je retiendrai toujours.