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17/06/2019 10h:30 CET | Actualisé 17/06/2019 10h:30 CET

Réanimons le patient Maroc

"Le combat des étudiants de médecine pour l’amélioration des conditions de formation et la réforme du secteur en général porte tout son sens."

Sam Edwards via Getty Images

SOCIÉTÉ - Les symptômes révélateurs reviennent et se multiplient, pourtant nos dirigeants continuent à les ignorer. L’optimisme ne s’est jamais opposé à la lucidité: le Maroc traverse un malaise social profond, contenu jusqu’à date, mais bien réel. A la croisée des chemins, le Maroc se cherche encore un modèle de développement pérenne.

Si l’émergence économique du pays est manifeste, le néo-libéralisme par sa théorie du ruissellement a prouvé son échec. La richesse est restée au sommet de la pyramide sociale dont l’accès a été verrouillé à double tour. Le diagnostic social du pays est quant à lui sans appel: la santé sociale du Maroc vacille sérieusement.

Le Hirak du Rif ou de Jerada, l’épisode du boycott, la grève des professeurs contractuels ou encore la dernière mobilisation des étudiants en facultés de médecine prouvent la fragilité de notre tissu social. Ce bilan étant dressé, il devient urgent d’agir au risque de céder à un nihilisme facile ou à une léthargie qui n’a que trop duré.

A ce titre, personnellement, je suis convaincu que l’État doit reprendre en charge les fondamentaux du volet social: à savoir l’éducation et la santé. Elles revêtent une importance cruciale pour être sujettes à quelque surenchère que ce soit. Car finalement, c’est le Marocain qui en a en a payé/paie le prix cher. Nous récoltons lamentablement la faillite et les tares d’un système éducatif privatisé aveuglément durant les années 80; ou encore en 2014, lorsque la libéralisation précipitée du marché des hydrocarbures a permis à certains distributeurs de doubler leur marge aux dépens du pauvre consommateur.

Il est d’une évidence niaise (scientifique, oserais-je), que dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent ipso facto les mêmes effets. Devons-nous donc accepter de subir le même sort pour notre système de santé? Non!

Le combat des étudiants de médecine pour l’amélioration des conditions de formation et la réforme du secteur en général porte tout son sens. S’il est vrai que le secteur privé peut contribuer à combler le déficit criant de médecins qualifiés au Maroc (qui compte, selon l’OMS, 6,2 médecins pour 10.000 habitants contre un taux standard d’un médecin pour 650 habitants), toujours est-il qu’il faut assurer la gouvernance, les instances de régulation et les textes de loi qui accompagnent une telle démarche.

Une définition préalable et claire des objectifs, de la feuille de route et des modalités de mise en œuvre doit être partagée et approuvée par l’ensemble des parties prenantes (étudiants, parents, universités, élus, société civile…) dans une approche sociale fédératrice et globale qui garantit l’équité et l’égalité des chances. Somme toute, une véritable politique publique.

Il est désormais temps que chacun se prenne en main et assume ses responsabilités pleinement: gouvernement, élus, médias, société civile... La fatalité est l’excuse des faibles. Faisons-nous confiance, réanimons le patient Maroc, il est encore temps!