MAROC
10/07/2018 18h:07 CET

Rapport sur les hydrocarbures: les députés font porter l'entière responsabilité de l'augmentation des prix au gouvernement

"Le gouvernement a commis une erreur, il se doit d’y remédier".

FADEL SENNA via Getty Images

PARLEMENT - Opposition et majorité sont unanimes. Après les fracassantes révélations du rapport parlementaire sur les hydrocarbures, la Chambre des représentants a consacré, ce mardi, une séance plénière pour en débattre. L’occasion pour les groupes parlementaires de remonter les bretelles au gouvernement, seul responsable à leurs yeux d’une libéralisation “sauvage” du secteur.

“Très clairement, le seul responsable de la libéralisation des prix des hydrocarbures et de leur augmentation c’est le gouvernement, le précédent et l’actuel”, déclare au HuffPost Maroc le président du groupe des députés du PAM, à la Chambre des représentants, Mohamed Chrourou. Qualifiant l’avis de son parti de “pragmatique”, ce dernier rappelle que le concept du gouvernement de lever ses subventions sur les hydrocarbures pour les réorienter vers les couches sociales nécessiteuses s’est avéré purement utopique. “Ceux qui ont réellement profité de cela sont, en fait, les sociétés de distribution des hydrocarbures”, fait-il remarquer, citant les conclusions du rapport. 

Dans ce dernier, les marges réalisées à la pompe sont estimées en moyenne à 0,96 dirhams par litre d’essence et 0,76 dirhams par litre de gasoil, soit un total de 14 milliards de dirhams depuis la libéralisation du secteur des hydrocarbures en 2015. “Les sociétés augmentent leurs chiffres d’affaires, et nous ne pouvons pas leur en vouloir. Mais le gouvernement, lui, ne bouge pas, il se contente du rôle du spectateur laissant le consommateur payer la facture”, fustige Mohamed Chrourou. Pour ce dernier, “le gouvernement doit présenter des excuses et reconnaître qu’il a eu tort en libéralisant le secteur sans aucun accompagnement concret”, estime-t-il.

Moins virulente mais partageant le même avis, la présidente du groupe des députés du PPS à la Chambre des représentants, Aïcha Lablak, appelle à une prise de conscience quant aux responsabilités de chacun. “Si une politique publique est inadéquate, il faut la changer. Le gouvernement a commis une erreur, ici, il se doit d’y remédier”, affirme-t-elle au HuffPost Maroc. Soulignant que les recettes d’une des sociétés du secteur dépassent les 450%, la députée estime qu’il est plus que temps de réactiver le conseil de la concurrence afin d’éviter ce genre de “monopole”. “5 sociétés s’accaparent plus de 60% du secteur”, tient-elle à préciser, soulignant que la responsabilité du gouvernement ne laisse aucune équivoque. “D’autres pays interviennent, alors pourquoi pas le notre? Le gouvernement doit s’acquitter du contrôle et du suivi, nous lui demandons de s’engager à assumer sa mission de régulateur”, martèle Aïcha Lablak. 

Plafonner les prix, c’est ce que revendiquent en chœur les députés et ce que promet aussi le gouvernement. Ce dernier avait annoncé avoir justement entamé des négociations avec les sociétés pour arriver à un arrangement à ce sujet. Ce n’est pas encore acquis à l’évidence. “La marge du gain et le seuil des prix doivent tout deux être assujettis à des plafonds”, réitère cette députée, rappelant que le contexte social actuel marqué par la tension social impose l’urgence de mettre en place des mesures concrètes dans l’immédiat. “Il faut tirer les leçons des manifestations qui secouent notre pays en ce moment”, estime-t-elle. Et d’ajouter que son groupe a également demandé, dans ce cadre, au gouvernement de sauver la Samir en raison “du poids économique” qu’elle représente.

Les députés du PJD, à l’origine même de l’enquête sur les prix des hydrocarbures dont la libéralisation a été lancée par le gouvernement PJDiste de Benkirane, partagent en partie l’avis de leurs collègues. Si le président du groupe PJD à la Chambre des représentants, Driss Azami Idrissi, n’a pas remis en question la décision de libéralisation du secteur, il a toutefois reconnu que ce dernier “a besoin d’une réelle concurrence”. 

Relayé par le site du parti Pjd.ma, il a ainsi souligné la nécessité pour le gouvernement de prendre des mesures efficaces et d’“empêcher les sociétés de lui imposer leur gestion du dossier”. Et de préciser que les recettes réalisées par ces sociétés ont augmenté de 20 à environ 1000%. “Elles devaient s’acquitter de leur devoir social, mais elles ne l’ont pas fait. Ce qui impose l’intervention du gouvernement pour y remédier”, estime-t-il.

Le gouvernement, pour l’instant, peine à proposer des mesures concrètes. Mais Lahcen Daoudi, qui officie toujours en tant que ministre délégué des Affaires générales et de la Gouvernance, rassure les députés. À l’occasion, il a tenu à réitérer la prise de conscience du gouvernement de cette situation. Et de préciser que l’examen du modèle belge a de quoi inspirer les perspectives du gouvernement dans la prise des mesures adéquates. En Belgique, le prix de tout produit pétrolier est plafonné à un seuil qu’il est interdit de dépasser. Ce plafond est calculé en fonction des dispositions prévues par un contrat-programme établi entre l’Etat et les pétroliers. Ce contrat garantit l’approvisionnement en produits pétroliers, mais aussi la réduction de la volatilité des prix à la consommation.

Si les députés s’impatientent de voir ce que cela donnera au Maroc, ils estiment tout aussi important de prévoir des taxes devant faire payer aux sociétés leurs recettes jugées “faramineuses”. Omar Balafrej, député de la FGD, est d’ailleurs toujours convaincu de la nécessité pour l’Etat de récupérer la somme de 17 milliards de dirhams qu’auraient empochée les sociétés d’une façon “non-éthique” suite à cette libéralisation.