ALGÉRIE
10/05/2019 15h:45 CET | Actualisé 11/05/2019 13h:39 CET

Ramadan ou pas, les Algériens manifestent contre "dawla 3askaria"

RYAD KRAMDI via Getty Images

Les Algériens n’ont pas dérogé à la sacro-sainte marche pacifique du vendredi, le 12e depuis le 22 février et le 1er du mois sacré de ramadhan. A Alger, bravant le jeûne et la soif, ils sont sortis par plusieurs dizaines de milliers occuper les principales rues de la capitale pour scander, une énième fois, leur refus des prochaines élections présidentielles. Les manifestants ont surtout fait part de leur rejet d’“un état militaire”, au lendemain d’une semaine marquée par plusieurs mises en détention provisoire par le tribunal militaire.

Les doutes sur la mobilisation des Algériens durant le mois de ramadhan ont vite été dissipés. Quelques heures après le rassemblement des premiers arrivés à la Grande-Poste, vers 09H, une marée humaine a déferlé dans les principales rues de la capitale.

A peine la prière du vendredi terminée, les rues Didouche et Pasteur ainsi que l’esplanade de la Grande-Poste étaient déjà noires de monde, malgré une température caniculaire. 

A travers leurs banderoles, pancartes et leurs slogans, les protestataires ont réitérer les mêmes revendications que celles du précédent vendredi. “Pas d’élections sans départ de la bande”, lit-on ainsi sur une pancarte. A l’instar des précédentes manifestations, ils ont également pointé du doigt Gaid Salah, le chef d’Etat-major qui “fait désormais partie du problème”.

Les interventions du vice-ministre de la Défense, multiples durant les semaines passées, ont laissé place mercredi à un éditorial de la revue El Djeich, dans lequel le commandement de l’armée rejette toute période de transition tout en critiquant ceux qui “poussent vers le vide constitutionnel”.

Les discours répétitifs, tantôt tranchants tantôt conciliants de Gaid Salah ont surtout cédé leur place à une série de mise en détention provisoire par le tribunal militaire de Blida. Après les généraux Bachir Tartag et Mohamed Mediene, dit Toufik, avec l’ex-conseiller de l’ex-président, Said Bouteflika, c’était au tour de Louisa Hanoune, SG du parti du PT, d’être convoquée puis emprisonnée.

Cette arrestation a suscité de vives réactions, chez des partis de l’opposition, des associations de protection de droits de l’homme et des citoyens.

“Douwla madania, machi 3askaria”

 Les manifestants n’ont pas manqué de réagir à ces actualités, notamment à travers leurs slogans. Outre le rejet réitéré des prochaines présidentielles, ils ont, un vendredi de plus, pointé du doigt le chef de l’armée algérienne. 

Depuis le début du rassemblement, ce matin, les protestataires n’ont pas cessé de scander “Douwla madania, machi 3askaria” (Etat civil, pas militaire). Le chant, entonné depuis le début du hirak, semble n’avoir pris tout son sens qu’en ce 12e vendredi.

“Gaid Salah est devenu une partie du problème. C’est un coup d’Etat déguisé”, estime Samir, la trentaine, qui affirme que les récentes arrestations ne sont qu’un règlement de compte. “Gaid Salah surfe sur ce mouvement pour régler ses comptes avec Said Bouteflika et général Toufik”, affirme-t-il.

 Mohand, la quarantaine, partage la même opinion que Samir, estimant que l’arrestation de Louisa Hanoune “est un dérapage. Ces arrestations sont inquiétantes. Gaid rêve d’un scénario à la Sissi ou quoi ?”.

A la rue Didouche, des “Gaid Salah, raïs el Aissaba” et des “Gaid Salah, Dégage” faisaient aussi écho à “Douwla Madania, machi 3askaria”. L’hostilité des manifestants à l’égard du chef de l’armée, ne s’est pas manifestée qu’à travers leurs slogans, leurs banderoles et leurs pancartes. 

Quelques légères altercations entre des citoyens pro et hostiles à Gaid Salah ont émaillé ces marches pacifiques. Plus tôt, des sympathisants du Chef de l’Etat-major avaient tenté d’obliger des manifestants de retirer une banderole contre le général corps d’armée. En vain.

Les manifestants semblent bien déterminer à braver le jeûne, la soif et la canicule, promettant de sortir chaque vendredi jusqu’au départ du système. A la sourde oreille de “Abdelkader Bensalah & Co”, qui avancent les élections présidentielles comme “unique solution à la crise”, les manifestants ont préféré répondre par “Maranach Habsin fi remdan khardjin”.