MAROC
20/07/2018 10h:55 CET

RAM: L'AMPL dément une grève des pilotes de lignes

"Si faire son travail tel qu’il est défini par son employeur c’est 'faire grève', alors je me demande combien de Marocains sont en grève en ce moment même".

Senohrabek via Getty Images

RAM - La guerre des mots continue entre la RAM et le syndicat des pilotes de lignes. Alors que PDG de la RAM alertait il y a quelques jours du “danger de la grève qui s’annonce à compter du mercredi 18 juillet 2018”, le syndicat des pilotes de la compagnie nie totalement toute grève dans un communique.

“L’Association Marocaine des Pilotes de Ligne dément formellement les allégations affirmant que les pilotes de ligne de Royal Air Maroc seraient en grève”, explique le communiqué. “L’AMPL confirme que les pilotes de ligne assurent leurs missions, à savoir leurs vols de même que leurs astreintes tel que prévus sur leurs programmes de vols mensuels établis par la compagnie Royal Air Maroc et ce conformément aux lois et règlements en vigueur”.

L’AMPL affirme également que “aucune résolution des organes de décision de l’AMPL n’a décidé à aucun moment, le lancement d’un quelconque mot d’ordre de grève, soumis au demeurant à des conditions réglementaires encadrées par la législation du travail”.

Concernant les vols annulés hier et aujourd’hui, le syndicat en fait porter l’entière responsabilité sur le RAM: “Les éventuelles perturbations occasionnées aux passagers ne pourraient donc être imputées à une prétendue grève des pilotes mais plutôt à une gestion chaotique de l’exploitation due principalement à une situation de sous-effectif chronique maintes fois dénoncée par l’AMPL”, souligne encore le démenti. 

“Une grève difficile à rater”

Dans un second communiqué, l’AMP répond longuement aux différentes questions et accusations formulées aux pilotes de la RAM. Ces derniers y réitèrent qu’ils ne sont pas en grève: “Comme tout le monde le sait, une grève est soumise à un cadre réglementaire encadré par la législation du travail. Le concept d’une ‘grève’ lancée ‘à mots couverts’ nous laisse perplexes”, déclare le porte-parole de l’AMPL dans ce texte.

“De plus, une grève ‘dévastatrice’ des pilotes est facile à vérifier. La paralysie du trafic aérien au niveau national serait quand même difficile à rater”, poursuit-il.

Le porte-parole s’interroge sur l’utilisation de ces mots, notamment par la direction de la RAM, qu’ils accusent de communiquer “de fausses information”: “Communiquer de fausses informations ou les manipuler sont des pratiques d’un autre temps et le citoyen marocain n’est pas dupe”.

“Nous avons toujours été très flexibles quant à la programmation de nos vols, sur les horaires comme sur le nombre de vols que nous effectuons, pour accompagner notre compagnie et parce que c’est notre devoir de servir nos concitoyens”, explique un représentant de l’AMPL.

L’AMPL affirme ainsi que le courrier adressé à leurs collègues n’était pas un appel à la grève mais un appel à “ne plus faire preuve de cette flexibilité, de faire leur travail strictement dans le cadre du programme qui leur a été communiqué”: “C’est le seul moyen pour que le management se rende compte de l’ampleur de la problématique et nous écoute enfin. Si faire son travail tel qu’il est défini par son employeur c’est ‘faire grève’, alors je me demande combien de Marocains sont en grève en ce moment même”. 

Les pilotes déplorent notamment l’impact sur leur vie privé de ce qu’ils considèrent comme étant une surcharge de travail: “Notre vie sociale est très affectée parce que nos programmes mensuels peuvent changer du jour au lendemain. Je ne vois pas grandir mes enfants, je rate presque systématiquement tous leurs anniversaires et événements importants, je n’honore presque jamais mes rendez-vous chez le médecin parce que je réponds présent quand on m’appelle à quelques heures d’un vol pour suppléer au manque d’effectif chronique”, déclare un pilote. “Un sous-effectif qui était plus que prévisible quand la RAM a abandonné la formation des pilotes de ligne, chose que nous n’avons pas arrêté de condamner sans pour autant être entendus”. 

Une cabale médiatique?

L’AMPL dénonce également ce qu’ils voient comme étant une “vraie cabale médiatique dans laquelle nous avons été dépeints à l’opinion publique comme des enfants gâtés, qui veulent juste s’enrichir et faire couler la compagnie”.

Des accusations qu’ils réfutent vigoureusement: “Déjà, comment pourrions-nous souhaiter voir couler l’entreprise pour laquelle nous travaillons? Ensuite, les revendications de revalorisation salariale sont légitimes. Les salaires qui ont été annoncés dans la presse sont tout bonnement hallucinants. nous sommes au même salaire depuis plus de 14 années et nous n’avons rien réclamé pendant toutes ces années. Il nous est même arrivé de participer à l’effort de restructuration de la compagnie comme en 2011, quand la compagnie était en crise”.

 Les pilotes dénoncent également les meilleurs conditions de travail accordées aux “pilotes étrangers” engagés par la compagnie: “Quand on voit que ladite compagnie fait venir des pilotes étrangers, encore une fois pour pallier au sous-effectif dû à la fermeture de l’École Nationale des Pilotes de Ligne, et que ces pilotes peu expérimentés sont payés plus que nous, avec plus de jours de repos, on ne peut que s’indigner et demander une reconnaissance de nos efforts”, poursuit le porte-parole de l’AMPL.

“Le plus étrange dans cette histoire, c’est que nous ne butons même pas sur le sujet de la revalorisation salariale. Ce sont nos revendications autres que salariales dont certaines relatives à de meilleures conditions de travail qui coincent. Mais nous continuerons à demander ce qui nous semble primordial pour faire notre travail dans les meilleures conditions. Nous le devons à nos passagers qui nous ont toujours fait confiance”, conclut le porte-parole de l’AMPL dans ce communiqué.

Favorable à une sortie de crise rapide, la Fédération nationale du transport aérien (FNTA), affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT), s’est exprimée hier pour via un communiqué pour apaiser les tensions et inviter toutes les parties à trouver des “compromis”, afin d’éviter que la RAM et son personnel navigant ne se retrouvent “dans une situation qui pourrait rappeler celle de l’année 2009”, écrit la FNTA.