MAROC
28/03/2019 15h:45 CET | Actualisé 28/03/2019 15h:54 CET

Rallye Aïcha des Gazelles: Sihame et Amal, premières Marocaines à participer au rallye à bord d'un prototype électrique

"On avait le challenge de faire le Rallye, mais aussi celui de le faire avec un véhicule électrique, un prototype qui n’a jamais fait le rallye.”

Rallyeaichadesgazelles.com

RALLYE - Elles ont 35 et 37 ans, sont soeurs et font partie des 70% des participantes qui découvrent pour la première fois les épreuves du Rallye Aïcha des Gazelles. Franco-marocaines, ces deux femmes ont eu le courage d’aborder cette toute première expérience à bord d’un prototype, un véhicule électrique qui apparait pour la première fois au Rallye. Le HuffPost Maroc est parti dans le désert à la rencontre d’Amal et Siham Nabil de l’équipage 600.

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Installées en Savoie, en France, toutes deux habitent non loin l’une de l’autre. Sihame, 35 ans, est mariée et maman de deux petites filles et vit dans une petite station de sports d’hiver en Savoie, où elle est monitrice de ski, ce qui lui permet de travailler quatre mois par an et de consacrer le reste de l’année à ses enfants. La seconde, Amal, a 37 ans. Également mariée et mère de trois enfants, elle est responsable dans un jardin d’enfants. 

Au départ, c’est Sihame qui prend l’initiative de se lancer dans ce défi. Alors que depuis plusieurs années, leur mère leur proposait de participer au Rallye Aïcha des Gazelles, elle finit par succomber à l’appel de l’aventure et soumet une pré-inscription sur le site de l’événement, avant d’appeler sa soeur pour lui annoncer la surprise. “Elle m’a appelée pour me dire qu’elle nous avait inscrites pour le Rallye. J’étais très contente. Elle m’a ensuite dit qu’on devait faire un chèque de 14.700 euros pour finaliser notre inscription”, nous raconte Amal. “Nous avons le tempérament et le moral de le faire, on s’est dit pourquoi pas, sans aucune hésitation”, ajoute Sihame.

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Pour la première fois dans l’histoire du Rallye Aïcha des Gazelles, les deux soeurs ont participé avec un véhicule pas comme les autres. Il s’agit d’un prototype, une voiture électrique qui porte le numéro 600 et qui ne passe pas inaperçu à côté des autres équipages. “On a choisi un véhicule électrique parce qu’on aime les challenges, on aime les nouveautés, ne pas faire comme les autres. On avait le challenge de faire le rallye mais aussi celui de le faire avec un véhicule électrique, un prototype, un véhicule qui n’a jamais fait le rallye”, nous confie Amal.

Habituées à visiter leur pays, les deux Gazelles originaires de Bhalil, un petit village situé dans la province de Sefrou, ont été encouragées par tous les habitants du village. “Nous sommes nées en France mais nous venons au Maroc au moins trois fois par an. Nous sommes de Bhalil et nous avons été très heureuses, parce que les gens du village nous ont soutenues.”

Siham et Amal ont fait leur départ de Monaco, avant de rejoindre les autres Gazelles à Nice pour le départ officiel. Elles ont ensuite pris l’avion pour Casablanca, pour voir leur famille avant le démarrage de la compétition. Arrivée à Erfoud, les deux femmes se sont reposées un jour avant leur stage de navigation. “On a suivi notre stage de navigation puisqu’on ne l’avait toujours pas fait. Le jour d’après, on a démarré le prologue et on était vraiment nulles”, nous raconte Sihame en riant avec sa soeur. “On est quand même allées jusqu’à Merzouga alors que ce n’était pas du tout l’itinéraire. Mais après, tout s’est bien passé”, ajoute-t-elle.

Amal et Sihame n’ont pas toujours vécu des moments faciles au Rallye Aïcha des Gazelles.“Il y a des moments ou c’est dur, ou on passe des journées difficiles, ou on ne trouve pas de balise... Mais après, l’une encourage l’autre. On n’a pas eu un gros craquage, comme on a pu voir parfois autour de nous des filles qui pleurent, qui stressent beaucoup. Après, il y a aussi 70% de nouvelles Gazelles comme nous, donc plusieurs ne l’ont jamais fait et la plupart ne s’attendait pas à ce que ce soit à ce point difficile”, analyse Amal.

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“Ce qui est dur c’est la fatigue. On ne dort pas beaucoup et il suffit que tu loupes un de tes points et tu es dégoûtée pour toute la journée. C’est le principe de la compétition, tu ne dois pas décevoir ta famille, tes amis, tes sponsors, tu veux être en tête de course. On a eu que des sponsors français, mais un sponsor marocain symbolique, puisque tous les habitants de Bhalil nous ont encouragées”, ajoute Sihame.

Du côté de leurs petites familles, les Gazelles, privées de téléphone portable, ont droit de communiquer avec leurs proches par mail. Des petites boîtes à lettres ont été ainsi mises en place dans les bivouacs, où elles trouvent leurs mails imprimés.”Ça fait du bien de couper avec tout, la famille, les enfants et pour une fois, ne penser qu’à soit. Nous avons bien préparé nos maris et nos enfants avant de venir ici, ils nous ont d’ailleurs encouragées et ils sont fiers de nous”, se réjouit Amal en souriant à sa soeur.

Dynamiques et engagées, les Marocaines de l’équipage 600 voient grand. Le duo ne veut pas se contenter d’une simple participation et a pour objectif d’être bien classé. “Nous n’avions pas pour but d’arriver premières, mais d’être bien classées au moins, et de continuer jusqu’au bout. Ce qui est difficile parce qu’il  y a quand même des filles qui cassent leur véhicule, qui abandonnent, qui se disputent même. Plus on avance dans la compétition, plus on vise les premiers rangs, on ne peut pas le cacher. Pour nous, il ne s’agit pas d’une simple balade dans le désert marocain mais d’une vraie compétition qu’on doit gagner”, souligne Sihame.

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Doutant d’une future participation au Rallye Aïcha des Gazelles, le duo ne manque pas d’avouer que l’aventure est très enrichissante. “C’est une expérience qu’on doit faire au moins une fois dans sa vie, on ne peut pas dire qu’on est prête à la refaire une autre fois, c’est quand même très dur. Pour faire ça, il faut être mentalement préparé et surtout très fort. On ne sait absolument pas si on pourrait le refaire”, nous confient les deux Gazelles.

L’arrivée sur la plage d’Essaouira du Rallye Aïcha des Gazelles, qui a démarré le 16 mars, se fera le 30 mars 2019. Cette 29e édition qui réunit 160 équipages et 320 participantes met en épreuve le courage des Gazelles ainsi que leur capacité à trouver des balises implantées dans le désert avec une navigation à l’ancienne, sans GPS ni téléphones portables, mais avec uniquement des cartes et des boussoles.