MAROC
14/04/2018 13h:23 CET

Raja: La chute de la maison Hasbane

Président du club casablancais depuis juin 2016, Said Hasbane a jeté l’éponge et présenté sa démission.

DR
Mohamed Boudrika et Said Hasbane.

FOOTBALL - Jusqu’à la dernière minute, le doute aura subsisté. Partira, partira pas? Dans les allées de la salle ultra-bondée du palace casablancais qui accueillait hier soir l’assemblée générale extraordinaire convoquée dans la précipitation pour décider de l’avenir du Raja Club Athletic (RCA), les adhérents du club affichent des mines tendues à l’extrême, fatigués par des mois de lutte fratricide. Finalement, une clameur de joie envahit la salle. Said Hasbane, président du club depuis juin 2016, a jeté l’éponge et présenté sa démission, laquelle est instantanément acceptée. Bien que le départ de Hasbane représente le clap de fin de ce qui aura été depuis presque deux ans une longue descente aux enfers pour le club mythique de Casablanca, les adhérents ne semblent pas rassurés par la mise en place d’un comité provisoire qui devra gérer le club d’ici la fin de saison.

Si Said Hasbane semble aujourd’hui cristalliser toutes les critiques, il faut dire que la crise profonde que traverse le Raja, tant sur le plan financier qu’organisationnel et stratégique, est ancienne. Étranglé financièrement au point d’avoir du mal à verser les salaires des joueurs qui ont menacé à plusieurs reprises de faire grève, miné par les luttes de clans, le club fondé en 1949 par des syndicats affiliés au mouvement national peut toujours se targuer d’avoir une histoire prestigieuse, à l’heure où son futur est plus qu’incertain. Club marocain le plus titré au niveau international, le RCA connaît depuis la fin des années 2000 un cycle de crises importantes, sur fond d’instabilité de son leadership. C’est pourquoi il faut certainement voir dans l’élection à la tête de la commission provisoire de Mohamed Aouzal, un assureur qui a déjà dirigé le club de 1990 à 1992, comme une volonté de renouer avec un passé prestigieux. Annoncée depuis plusieurs semaines, l’arrivée de Aouzal a semble-t-il rassuré une partie des adhérents, bien que des défis de taille doivent être surmontés à court terme.

Le premier d’entre eux, évoqué lors de l’assemblée générale extraordinaire, sera sans conteste celui de la transformation en Société Anonyme (SA), afin de se conformer à la loi 30-09 qui régit la professionnalisation des clubs de footballs marocains. Pour le RCA, cela signifie une transformation profonde du mode de gestion du club, tant sur le plan des finances, de la démocratie interne que de la tenue de la comptabilité et des relations contractuelles. L’été dernier, le club affirmait être quasiment prêt pour cette évolution, mais au vu de la situation actuelle, il semblerait qu’une transformation rapide ne soit plus à l’ordre du jour à court terme pour une raison simple: les caisses sont vides.

Série noire

La principale raison de la crise financière que traverse le club est simple : son niveau de dette ainsi que l’empilement de ses déficits successifs, conjuguée à la rétractation de ses revenus a eu un effet ciseau qui l’empêche de sortir la tête de l’eau, et l’a obligé à mener une politique d’austérité court-termiste qui lui interdit d’investir et de renverser la vapeur. Les chiffres, souvent contradictoires, donnent le tournis. Selon certains experts, la dette du club serait aux alentours de 150 Mdh, là où le rapport présenté en début d’année par Said Hasbane n’en mentionnait que 25 ”à long terme”. Autre point d’achoppement majeur: l’absence d’un sponsor important en capacité de donner au club la bouffée d’oxygène nécessaire. Maintes fois annoncée par le Président sortant, l’arrivée d’un mécène providentiel n’aura finalement jamais eu lieu.

Mais l’échec le plus cuisant pour la présidence sortante se situe sans conteste au niveau du management de la maison Raja et de l’absence de cohérence dans les décisions qui s’y rattachent. À son arrivée à la tête du Raja en 2016, le club a connu une période paradoxale sous la houlette de Mohamed Boudrika, un jeune entrepreneur qui s’est lancé dans une politique d’investissement très agressive mais désordonnée, déséquilibrant de fait les ressources du club en espérant un retour rapide. Las, les recettes ne suivront pas le rythme, et les déficits s’aggraveront rapidement, plongeant le club dans une phase financière intenable. Le moment de prendre des décisions difficiles mais indispensables semble être venu si le RCA veut à nouveau faire briller ses couleurs.