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09/06/2018 03h:09 CET | Actualisé 09/06/2018 03h:09 CET

Raffinerie d’Augusta: un achat au pif (Partie II)

Système européen d'échange de quotas d'émission

Avec notre petite expérience nous avons essayé de savoir un peu plus auprès de connaisseurs, en nous engouffrant dans le monde du raffinage et ses transactions, afin de comprendre cette ivresse ayant pris le pays pour aller s’aventurer dans la baie polluée d’Augusta, une baie placée en “Monitoring” depuis 1990.

Tout d’abord, en nous concentrant sur la pédagogie d’annonces, quoi pour les cracks en communication, “ces foyers normatifs”de Ould Kaddour le régisseur de Sonatrach, le voyant sur une tribune s’émerveillant sous l’intitulé: “Nous avons acquis une raffinerie et 3 terminaux pour une somme de moins d’un milliard de dollars”.

Or, une telle phraséologie, si elle semble excellente, ne peut être convaincante ! Il fallait donc demander à une pointure de Valero-Usa, de nous accompagner pour collationner, dans la réalité, les “Wow Wow” de Ould Kaddour, et d’explorer ses arcanes d’alchimies.

Nous sommes convenus que “de loin”, cet achat pourrait s’apparenter à une mirifique occase, surtout pour “toute” une raffinerie de 175.000 barils /jour et de ses trois terminaux, pour la somme de 700 millions de dollars américains.

Notre interlocuteur estime que si on part du principe que cette raffinerie est moins chère pour un tel prix, pour le moins inédit, cela sous entend qu’il s’agit, non seulement, d’une mauvaise raffinerie de 70 ans mais d’une raffinerie en phase terminale, et que ce moins cher de 700 millions de dollars, devient ruineux par rapport à zéro dollars (tiens tiens).

Ayant pris cette belle idée, nous avons décidé de fouiller pour fortifier notre petite litote, mais voila qu’on se trouve dans des rigolades à la pelle. En effet, dans la baie d’Augusta, une dépêche de Reuters datant du 20 septembre 2017, nous informe que la société russe Lukoil avait exprimé son intention de vendre sa raffinerie ISAB (1963), pas loin de celle d’Exxon Mobile.

Même modernisée et de plus grande de taille, aucun acheteur ne s’est manifesté jusqu’à ce jour… 9 mois sans offre ... retenez cela ! La valse devient intéressante, lorsque le journal Gas & Oil rajoute au lot, un détail intéressant.

Il s’agit de cette même Lukoil devenant propriétaire de la totalité du complexe en rachetant, en 2014, les 20% détenus par l’Italienne ERG SPA, pour la somme de 570 millions de dollars (valeur actualisée).

Nous avons donc estimé que la valeur réelle de l’ISAB, au moment où Ould Kaddour faisait du Wow-Wow, est de l’ordre de 2.8 milliards de dollars, ce qui veut dire que le DG de Sonatrach a trouvé une aubaine, en Augusta, et qu’il est en droit de jubiler.

Notre interlocuteur nous bloque dans cet écart de prix et explique. Vous avez deux raffineries, l’une, selon la référence de 2014 (transaction Lukoil-ERG SPA), peut coûter 2.8 milliards de dollars et n’est pas vendue et ne se vendra pas à ce prix et pourrait ne pas se vendre ... et pourrait être reconvertie en zone de stockage et terminal d’exportation, mais l’autre vendue à Sonatrach pour 700 millions de dollars.

Entre une raffinerie de 700 millions de dollars et sa voisine en “théorique” de plus de 2.8 milliards de dollars, l’ écart est trop grand, et 700 millions serait proche de 0 dollars que de 2,8 milliards, ce qui veut dire, selon lui, que la valeur réelle de la raffinerie d’Esso Italiana, tellement présentée en moins chère, valait réellement zéro dollar … voir (unsaleable) invendable.

La déduction devient simple ... On n’achète pas lorsque Exxon Mobile vend, mais surtout Exxon Mobile une firme connue pour sa rationalité et par son timing ... Autrement formulé, si Sonatrach n’a pas acheté Augusta, personne ne la reprendra, même pour un dollar. Vrai, l”opération Sonatach est l’unique achat du genre en Europe, que dire en Italie.

Dans cette configuration, deux acteurs se sont avérés intelligents, ayant quitté au bon moment. Il s’agit de l’ERG SPA et d’Exxon mobile. Exxon Mobile n’a pas voulu refaire le chahut de “l’intention de vente”, comme pour sa branche Oil Imperial en 2013 et sa raffinerie de Dartmouth en Nouvelle Ecosse, fermée faute d’acheteur.

La majeure américaine ( NYSE: XOM 350.9 Billions Mkt Cap ) en leader mondial des raffineries et du raffinage, avec une capacité de 6 millions de tonnes, a évité le bruit et a pu trouver son “oie”. L’oie n’est autre que des responsables de Sonatrach prêts, par télécommande de je ne sais qui, à se broyer dans le pig in a pok, juste dans le but de clamser encore le pays.

Et dire qu’Exxon Mobile a fait vite de délaisser la vétuste (la honte achetée à 700 millions de dollars), pour aller transformer et moderniser son raffinage vers la deuxième Génération en Europe ...en priorité, en prenant en compte cette vitesse vers laquelle, se mutent les lois européennes, en matière d’environnement.

Les exemples des raffineries de Botlek Rotterdam et d’Antwep en Belgique, vont devenir le modèle de reconversion en formule “upgrade product line-up”.

Le bulletin Nasdaq du 31 mai dernier qui mentionne cet “upgrade product line-up”, présente la bonne œuvre en investissement stratégique tournant autour des installations de Baytown and Beaumont Texas, Baton Rouge, Louisiana, Rotterdam Hollande, Antwerp Belgique, Singapore et Fawley en Grande Bretagne .

D’ailleurs, ce n’est pas fini pour notre vitupération contre Abdo et contre ces raffineries génération-une agonisantes . Un article sur Euractiv rédigé par Robert Hodgson et parlant du système Européen ETS ( The EU emissions trading system), nous parait très pertinent au point qu’il mérite l’attention.

Le papier évoque des coûts des émissions du CO2, lesquels forceront des raffineurs à quitter le continent . Oil refiners warn increased CO2 costs could force them out of Europe.

Une deuxième vitupération contre Abdo se résume aussi dans les déclarations de Peter Bartlett, le directeur de Baker & O’Brien’s London office et du journaliste spécialiste Libby George, lesquels sont d’avis que le marteau pourrait tomber en Europe sur les complexes vulnérables, des 2018. (Hammer could fall on Europe’s vulnerable refineries from 2018).

Ainsi le topo tend à nous transformer en catégorique. Dans un pays de pillards, Sonatrach nous invite à une autre Berezina. Ça n’a pas suffi les fils de Hosni Moubarek et la joint-venture mystérieuse Cléopâtre-Séléné, ça n’a pas suffi Samsung, les pipelines de Hassi Rmel Biskra, Farid Bejaoui, ENI, BRC et La joint-venture de l’Urée avec Orascom, pour qu’on vienne mettre encore une fois, et en capilotade, une compagnie mutée en Sicile.

Baie d'Augusta Italie

Toutefois et comme nous l’avions évoquée, l’affaire de la raffinerie ISAB de Lukoil qui peut valoir 2 milliards en théorie, continue de nous tracasser la tête. L’interrogation reste toujours sensée, car si ce complexe ne trouvera pas preneur, Loukoil perdra-t-elle plus que Sonatrach ?

Pour répondre, le spécialiste de Valero nous fait ressortir la carte de la raffinerie St Croix de Virgin-Islands (1966), avec une capacité de 350.000 b/j , ayant perdu 1,3 milliards entre 2010 et 2012.

Contrainte de fermer en 2012 puis ré-ouverte, cette installation peut juste coûter dans les 414 millions de dollars. Un article du Financial Post évoque ,en parallèle, le cas des difficultés rencontrées par la raffinerie Milford Haven (GB), pourtant ayant vu le jour en 1981 .

Une autre raffinerie en Allemagne citée par le magazine FP, macula pour des années, le décor. Il s’agit de la WILHELMSHAVEN, GERMANY, pourtant construite, elle aussi, en 1976 et avec une capacité globale de 280.000 B/J, a fini par se transformer en un terminal de stockage et d’exportation de Conoco-Phillips.

A suivre: IIIe Partie et fin ...