TUNISIE
14/03/2019 15h:44 CET

Le gouvernement tunisien mène-t-il une purge contre les blogueurs? Radio Canada évoque une "érosion des libertés"

Le gouvernement tunisien est pointé du doigt.

Anis Mili / Reuters

Le gouvernement se livre-t-il à une purge dans les rangs des blogueurs depuis quelques mois? C’est ce que relate Radio Canada qui a recueilli le témoignage de la blogueuse Amina Mansour, arrêtée et condamnée à deux mois de prison pour des publications Facebook “diffamatoires” selon la justice.

La radio canadienne parle d’ ”érosion des libertés” en Tunisie.

Se basant sur les déclarations de la blogueuse tunisienne, l’article dresse un portrait inquiétant de la tournure que prend la liberté d’expression en Tunisie, après l’arrestation de plusieurs blogueurs tunisiens au cours des derniers mois, comme l’affirme Radio Canada.

Celle-ci cite Amina Mansour qui revient, dans une déclaration, sur son arrestation en septembre dernier, pour avoir accusé dans un statut Facebook le chef du gouvernement Youssef Chahed, d’avoir accordé des promotions à des responsables douaniers corrompus.

Elle a ensuite été arrêtée et placée en garde à vue. Les chefs d’accusation portaient sur la diffamation et la propagation de Fake news.

L’affaire avait fait des remous, suscitant la polémique auprès des partisans de la blogueuse, mère de 3 enfants et arrêtée la veille de la rentrée scolaire.

Amina Mansour qui a écopé de deux mois de prison sans effet immédiat pour chaque chef d’accusation, a été libérée, jugeant qu’elle ne constitue pas de danger public. Dans sa déclaration à Radio Canada, elle affirme avoir l’intention de faire appel de cette décision.

Au cours de la polémique, les rumeurs sont allées bon train, et certaines accusaient la militante de Nidaa Tounes, puis de Machrou Tounes, d’escroquerie et de détournement de fonds collectés au profit d’un enfant handicapé.

Dans son interview, elle exprime ses craintes quant à la situation de la liberté d’expression en Tunisie, affirmant être prête à aller en prison et que cette décision de la justice “ne la décourage pas du tout.”

Selon Radio Canada, les avocats qui se sont réunis pour défendre les blogueurs arrêtés, et parmi eux Maître Mohammed Ali Bouchiba, ont eux aussi subi des pressions économiques, comme la perte de certains contrats.

Bouchiba affirme que même si les arrestations de blogueurs étaient relativement occasionnelles en Tunisie, les choses ont radicalement changé depuis novembre 2018, dans ce qui s’apparente à une persécution volontaire des blogueurs de la part du gouvernement. Il évoque ainsi le nombre inquiétant de quatre procès par semaine.

Pour lui, le gouvernement qui a des intentions électorales, voudrait faire taire les voix critiques sur Facebook à l’approche des élections de 2019.

Il estime que le gain le plus précieux de la Tunisie après la révolution est menacé, et que le pays a perdu sur tous les fronts, sauf pour ce qui est de la liberté de s’exprimer, un acquis pour lequel il faut absolument se battre.

Plusieurs autres cas recensés

Sur les réseaux sociaux, plusieurs autres cas -difficilement vérifiables puisqu’aucune communication officielle n’a été rendue à ce sujet par le gouvernement- d’arrestations à cause de statuts Facebook sont recensés. 

Tel est le cas par exemple de Ramzi Atwi condamné à deux de prison pour un statut Facebook dans lequel il aurait remis en cause l’intégrité d’un juge dans une affaire impliquant des “extrémistes religieux”.

 

“Ramzi Atwi a été condamné à deux ans de prison pour un statut. Un autre scandale pour la liberté d’expression” rapporte la députée Fatma Mseddi qui fait état d’une surveillance accrue sur les réseaux sociaux de la part du pouvoir en place dans un autre statut: ”Tout le monde parle de téléphones sur écoute, de réseaux sociaux épiés que ce soit Facebook, Whatsapp ou encore Viber (...) les blogueurs qui écrivent contre l’autorité et les islamistes sont emprisonnés alors que ceux qui sont avec le système ont confiance en la justice (...) La liberté d’expression est menacée” affirme-t-elle.

Autre cas qui a alimenté les réseaux sociaux, celui de Fadhila Belhaj dont l’avocat Hazem Kousri a confirmé au HuffPost Tunisie que la cause de son arrestation et son jugement étaient dus à un statut Facebook au cours duquel elle a critiqué le gouvernement et notamment le ministre de l’Intérieur et plusieurs cadres sécuritaires dans leur gestion de la menace terroriste.

 

En janvier 2019, l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) avait fustigé les autorités tunisiennes leur reprochant d’avoir mené des enquêtes judiciaires visant des blogueurs et des activistes présents sur les réseaux sociaux. “Certains sont inculpés et détenus simplement pour avoir critiqué pacifiquement des représentants de l’État” estime HRW. 

D’après HRW, au moins neuf blogueurs ont été mis en examen depuis 2017 pour des commentaires publiés sur les réseaux sociaux. Ces derniers auraient critiqué de hauts représentants de l’État en les accusant notamment de corruption. 

HRW explique que le gouvernement utilise l’article 128 du code pénal, qui criminalise toute imputation aux fonctionnaires publics de faits illégaux en rapport avec leurs fonctions, et ce sans en établir la véracité.

L’accusation a également souvent recours à l’article 86 du code des télécommunications, qui pénalise le fait de nuire sciemment aux tiers ou de perturber leur quiétude à travers les réseaux publics des télécommunications.

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