TUNISIE
12/09/2018 16h:46 CET

Rachid Taha avait appelé sa boîte de nuit "Au refoulé", illustration de son combat contre les discriminations

Le chanteur "algérien d'origine française" était le porte drapeau de tous les exclus de la société.

Anadolu Agency via Getty Images

CULTURE - Avec sa reprise de “Douce France” et son groupe “Carte de séjour”, Rachid Taha avait fait de sa carrière un étendard de la lutte contre le racisme. Ce mercredi 12 septembre, le chanteur algérien est mort d’un crise cardiaque à l’âge de 59 ans. Arrivé en France à l’âge de 10 ans, l’artiste a longtemps revendiqué, parfois avec provocation, son identité d’“algérien d’origine française”.

C’est à Lyon où il s’est installé après avoir vécu en Alsace et dans les Vosges que Rachid Taha a monté son groupe “Carte de séjour”. Le “premier groupe rock punk arabe” prône en 1982 l’intégration et la tolérance envers les immigrés en pleine crise des “boat people”, ces frêles esquifs remplis d’exilés qui fuyaient le Viêt Nam. Cette année-là, l’immigré algérien qui en a assez de se voir refuser l’entrée des boites de nuit décide d’ouvrir la sienne.

“Ma manière de refuser le statut de victime”

″À l’époque, à Lyon, comme partout ailleurs, l’entrée des boîtes de nuit était fermée aux Noirs et aux Arabes. J’ai donc créé cette boîte, que j’ai appelée ‘Le Refoulé’, a raconté Rachid Taha en 2013 au journal L’Humanité. C’est ma manière de refuser le statut de victime, de choisir l’arme de l’humour. Il fallait trouver des réponses, des chemins de traverse. Finalement, le racisme nous poussait à aiguiser notre créativité. C’est d’ailleurs toujours le cas”.

 

Le chanteur avait rebaptisé Lyon “la ville à sonnettes”. “Impossible de rentrer quelque part sans sonner, sans qu’on juge si tu as la gueule adaptée au lieu, avait-il dit en 2009 dans les colonnes de Technikart. Alors on investit un endroit vite baptisé ‘Au refoulé’: ça drainait tout ce que les établissements respectables ne voulaient pas. Avec Carte de Séjour, on y jouait deux fois par mois. C’est rapidement devenu un rendez-vous couru”.

 

Avec son groupe “Carte de séjour” dont il était le leader, Rachid Taha a incarné la génération “beur” notamment au moment de la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983. Un mouvement qui lui avait laissé un goût amer.

“Cette marche des beurs, c’était pour du beurre. Toute la dynamique a été détruite par SOS Racisme. Je leur en veux vraiment, avait-il dit en 2013, toujours à L’Humanité. Ces trotskistes passés au PS de Mitterrand étaient des sortes de missionnaires de la gauche, très paternalistes. À l’époque, j’écoutais Talking Heads, les Ramones, les Sex Pistols. À leurs yeux, qu’un type comme moi écoute ce genre de musique était impensable. Nous étions un peu vus comme des indigènes. Le logo de Carte de séjour, c’était la main de Fatma. J’avais pour habitude de dire: “Méfiez-vous des imitations”. Ils ont réussi à récupérer et détourner ce mouvement parce qu’ils étaient puissants.

Avec sa reprise en 1986 de “Douce France” créée quarante ans plus tôt en hommage aux expatriés de force lors de la Seconde guerre mondiale, Rachid Taha a détourné cet hymne pour en faire celui de la jeunesse française multi-culturelle. Son oeuvre, faite d’autres succès comme le titre “Voilà, voilà” qui fustigeait la montée des extrêmes, puis de l’album “1, 2, 3 Soleils” et de son adaptation du tube des The Clash “Rock the Casbah” lui ont valu une victoire de la musique en 2016 pour l’ensemble de sa carrière.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.