MAROC
16/02/2016 12h:18 CET | Actualisé 16/02/2016 16h:25 CET

La famille de Rachid Joundy, mort brûlé vif dans une clinique de Casablanca, réclame justice

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Il meurt brûlé vif dans une clinique de Casablanca, sa famille réclame justice

DRAME - Le décès de Rachid Joundy il y a trois mois, suite à un incendie survenu dans sa chambre d’hospitalisation dans une clinique de Casablanca, avait suscité une vague d’émotion et des réactions indignées. Aujourd’hui, ses proches se mobilisent. Et demandent que justice soit faite.

L’affaire remonte au 8 novembre 2015. Rachid Joundy, architecte né en 1938, souffre depuis quelques jours d’insomnie chronique. Sa famille l’accompagne à la clinique Notre-Dame (ex Catala) à Casablanca, pour se reposer et se soigner. Le soir même, il décède, brûlé vif. Selon le témoignage d’un membre de sa famille, il avait été ligoté car il sollicitait "un peu trop" le personnel. Les constatations du médecin légiste confirment les faits.

Le procureur ouvre alors une procédure judiciaire. Dans la foulée, le médecin directeur de la clinique et l’infirmier qui a ligoté le père sont poursuivis au pénal pour homicide involontaire. Mais pas le propriétaire de la clinique.

"Chaîne de dysfonctionnements"

Le ministre de la Santé Houcine El Ouardi, qui a vent de l’histoire, ordonne une inspection surprise trois jours après le drame. Une inspection qui a révélé des "dysfonctionnements accablants", indique au HuffPost Maroc la fille du défunt. Verdict: le ministre ordonne la fermeture provisoire de la clinique et, détail significatif, l’ordre des médecins, généralement plus prompt à défendre en toutes circonstances les intérêts des blouses blanches, appuie cette fermeture.

Lundi 8 février, l'avocat de la famille - l’ancien bâtonnier Mohamed Chehbi - dépose une requête auprès du tribunal d'Ain Sebâa, demandant la requalification des faits en assassinat.

"Sur le volet pénal de la procédure, l'affaire est aujourd'hui devant le tribunal correctionnel, c'est-à-dire celui en charge des délits, des infractions de moindre ampleur. Cela est incompréhensible.

"Sur le volet pénal de la procédure, l'affaire est aujourd'hui devant le tribunal correctionnel, c'est-à-dire celui en charge des délits, des infractions de moindre ampleur. Cela est incompréhensible. Par le biais de notre avocat, nous avons demandé que l'affaire soit jugée en chambre criminelle près la cour d'appel, c'est à dire devant le tribunal chargé de statuer sur les crimes, puisque c'est de cela dont il s'agit", explique un membre de la famille, qui estime que "ce qui a conduit au drame du 8 novembre dernier est une chaîne de dysfonctionnements d'une gravité extrême et dont la clinique doit répondre".

Zones d'ombre

Plusieurs zones d’ombre planent en effet sur ce drame. D’une part, sur le volet des responsabilités. "Si c’est bien l’infirmer qui l’a attaché, alors qu’il ne présentait aucun signe d’agressivité, c’est qu’il s’agissait d’une pratique courante dans cette clinique", estime un membre de sa famille.

Un flou entoure aussi la cause de l’incendie. "On ignore comment l’incendie s’est déclaré, les pompiers n’ont pas été interrogés et la chambre a été repeinte dans les heures qui ont suivi afin de dissimuler les preuves, c’est pourquoi notre avocat a demandé à ce que le dossier soit traité en Chambre Criminelle et qu’une nouvelle enquête soit lancée", explique la fille du défunt.

Et d’ajouter: "Aujourd'hui, nous souhaitons que les véritables responsables de ce drame soient traduits devant la justice, afin que celle-ci fasse toute la lumière sur cette affaire. Trop de questions subsistent, et tant qu'elles subsisteront, nous ne pourrons pas faire notre deuil".

Pour la famille, "c'est un assassinat dénué de toute forme de remords de la part de la clinique, puisque celle-ci n'a pas jugé utile de nous présenter ses condoléances".

Sur les réseaux sociaux, la mobilisation s’organise. Une page Facebook baptisée "Justice pour Rachid Joundy" vient d’être lancée. En 24 heures, elle a été rejointe par plus de 6.000 personnes.

Nous étions tellement brisés que l'on ne trouvait pas les mots à mettre sur l'impensable, sur l'ignoble, sur l'horreur

"Nous ne nous étions jamais exprimés suite au drame qui s'est abattu sur notre famille le 8 novembre dernier. Nous étions tellement brisés que l'on ne trouvait pas les mots à mettre sur l'impensable, sur l'ignoble, sur l'horreur […] Cela ne nous ramènera pas Rachid Joundy, mais au moins que cela serve d'exemple pour qu'aucune autre famille ne subisse à l'avenir un tel drame", témoigne la famille.

Une audience aura lieu mercredi 17 février au tribunal de Ain Sbaa. La famille espère que le juge rende sa réponse concernant la requalification des faits.

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