MAROC
10/03/2016 08h:45 CET | Actualisé 10/03/2016 08h:52 CET

Maroc: Rachid Benmokhtar défend le renforcement des langues étrangères dans l'éducation

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Rachid Benmokhtar, ministre de l'Education nationale

EDUCATION - Après trente ans d'arabisation, Rachid Benmokhtar plaide pour le renforcement des langues étrangères dans l'éducation, au grand dam des défenseurs de l'arabe classique.

"L'ouverture du système éducatif national sur les langues étrangères, notamment dans les filières scientifiques, est indispensable pour améliorer la capacité des générations montantes à accéder au marché du travail et renforcer la compétitivité du Maroc dans un monde en mutation rapide", a affirmé mercredi le ministre de l'Education nationale et de la formation professionnelle dans un long entretien accordé à l'agence MAP.

Et pour cause. "La promotion, aux côtés de l'arabe et de l'amazigh, langues officielles du royaume, des langues étrangères est de nature à augmenter les chances des élèves à intégrer facilement le marché du travail tout en leur permettant de s'ouvrir sur les sciences, ce qui est nécessaire pour conforter la position stratégique du Maroc engagé dans plusieurs accords avec des pays anglophones ou hispanophones", a estimé le ministre.

Le PJD dénonce un "lobby francophone"

En novembre dernier, le ministère de l’Education nationale avait adressé une note aux directeurs de lycées et aux inspecteurs afin que l’enseignement des matières scientifiques se fasse en français pour certaines filières qui continuaient, jusque-là, à utiliser l’arabe comme langue d’enseignement. Une décision qui avait soulevé une vive polémique, notamment chez la coalition nationale pour la langue arabe au Maroc, qui considérait cette décision comme une "menace réelle pour la sécurité pédagogique et linguistique (…) un dénigrement des valeurs des Marocains et un projet qui va à l’encontre des textes de la Constitution".

Plusieurs ténors du Parti de la justice et du développement (PJD) avaient, également, pris publiquement position contre la décision du ministre, et ont dénoncé ce qu'ils nomment l’emprise exercée sur l'éducation par le "lobby francophone", expression à connotation péjorative largement utilisée par les défenseurs de la langue arabe.

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Le chef du gouvernement et secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane est même allé jusqu'à désavouer son ministre, en annulant la note adressée quelques semaines plus tôt aux directeurs de lycées et aux inspecteurs.

"L'enseignement des langues étrangères n'aura aucun impact négatif sur l'arabe"

Dans une approche visiblement consensuelle, comme pour rassurer les défenseurs invétérés de langue de Sibawayh, Benmokhtar a toutefois assuré que "l'enseignement des langues étrangères n'aura aucun impact négatif s'agissant du positionnement de la langue arabe, dont l'enseignement sera renforcé notamment sur le plan qualitatif".

Et le ministre d'ajouter qu'"il faut faire la distinction entre l'arabe, en tant que langue d'apprentissage. (...) L'arabe restera, en vertu de la vision stratégique de l'éducation et la formation 2015-2030, une langue fondamentale dans le primaire, le collège et le lycée, avec une tendance à renforcer les langues étrangères notamment dans les filières scientifiques et technologiques, et en général toutes les matières adaptées aux besoins du marché du travail".

Pour ce faire, "outre l'introduction progressive du français dans l'enseignement de certaines matières du niveau collégial et secondaire, de nouveaux procédés d'apprentissage de cette langue seront adoptés pour améliorer la capacité des élèves de suivre les cours dispensés en français".

L'enseignement de l'anglais, qui débutera à partir de la 4e année du primaire aura, "une importance particulière dans le système éducatif", a noté le ministre, qui se félicite des résultats du programme "Access" pour l'apprentissage de l'anglais au collège, une expérience pilote qui sera élargie à plusieurs établissements de l'enseignement collégial.

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