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03/06/2019 12h:42 CET | Actualisé 04/06/2019 13h:30 CET

Rached Ghannouchi candidat à la Présidentielle?

Ennahdha a-t-il les moyens de ne pas présenter ne serait-ce qu’un candidat? Peut-il laisser le très solitaire Hamadi Jebali se présenter “seul”?

Anadolu Agency via Getty Images

Le mois dernier, Ajmi Lourimi prévenait à qui voulait bien l’entendre que si son président Rached Ghannouchi se présente a la présidentielle « on va voir ce que l’on va voir dans les sondages ».

Il est vrai que les fluctuations très fantaisistes des sondeurs laissent à penser que, finalement, les sondages ne signifient pas grand-chose, voire… rien !

Malgré cela, tout le monde aime à les consulter comme on consulte chaque matin le bulletin météo, à les commenter et à les crédibiliser… surtout lorsqu’ils sont avantageux ! 

Néanmoins ils ont un effet réel : celui de « modifier » les alliances. Car le Tunisien a ceci de particulier : il se rapproche du plus « en vogue », nonobstant toute conviction politique et toute analyse rationnelle.

De plus, évaluer Rached Ghannouchi aux alentours des 1 % est une fumisterie et un manque de professionnalisme caractérisé.

En effet, on en oublie celui que l’ex-président Marzouki appelait « le peuple de Ennahdha », qui l’avait propulsé au second tour avec plus de 33,4 % des votants pour ensuite le gratifier de 44,3 %, avec un taux d’abstention de près de 40 %.

Donc, quand on a quelques base de mathématiques — niveau cours élémentaire suffisant —, on ne peut imaginer Rached Ghannouchi ne pas passer le 1er tour, voire le dominer, sauf à considérer que le fameux « peuple de Ennahdha » n’existerait plus. 

D’ailleurs, Ennahdha a-t-il les moyens de ne pas présenter ne serait-ce qu’un candidat à une présidentielle qui, à y regarder de plus près, n’arrangerait ni Carthage ni la Kasbah ? Peut-il laisser le très solitaire Hamadi Jebali se présenter « seul » si ce scrutin se tient bien comme prévu ?

Ce dernier cas de figure fragiliserait le Cheikh pour son congrès de 2020, car laisser le « frère Hamadi » représenter le parti sans vraiment en être serait lui donner une visibilité et une assise inespérées. De plus, quelles consignes de vote Ghannouchi pourrait-il donner dans un tel cas de figure ? Pourrait-il demander à Montplaisir de voter pour un « laïc » au détriment d’un frère, si « rebelle » soit-il ?

Alors, l’autre option pourrait être Mourou qui, avec Lotfi Zitoun, a le plus de capital sympathie en dehors d’Ennahdha. Mourou est un orateur hors-pair, cultivé, sympathique au demeurant mais surtout très... beldi.

Alors il est vrai qu’à l’intérieur d’Ennahdha, ça s’agite et que la plupart de son entourage lui déconseille de se présenter craignant une défaite et une sortie de carrière par la petite porte.

Mais c’est un argument totalement faux. Car s’ils craignent ce cas de figure, c’est que son image est au plus bas, lui leader du premier parti tunisien, et que « sa fin de carrière » restera sur une défaite présumée s’il ne se confronte pas au peuple, ce qui est l’essence même de toute carrière, de tout politique, l’essence même de la démocratie.

Alors oui, Rached Ghannouchi doit « partir en croisade », prendre ce risque, prendre son courage à deux mains, aller chercher des alliances car il détient les clés de la Kasbah qu’il peut très bien négocier pour baliser la route de Carthage, sa route vers Carthage.

Les pseudo-modernistes ne seront pas insensibles à une telle offre et tout le monde connaît et ne peut que lui reconnaître son art de la stratégie d’alliance.

De plus, par sa candidature, le Cheikh préserverait l’unité de son parti. Un parti dans lequel Rached Ghannouchi, vu l’ambiance actuelle, se doit de « siffler la fin de la récréation ». 

Car ceux-là mêmes de son entourage qui le dissuadent de se présenter sont en train de créer des liens contre-nature plus conformes à leurs ambitions qu’à la ligne du parti.

D’ailleurs, Ghannouchi à Carthage ne serait-elle pas la plus belle des images de réconciliation à envoyer au monde, et, bien loin du fiasco égyptien, ne montrerait-elle pas une Tunisie en cours d’apaisement ?

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