TUNISIE
08/08/2018 11h:22 CET | Actualisé 08/08/2018 11h:23 CET

Rached Ghannouchi a refusé de rencontrer les membres de la Colibe affirme Bochra Bel Haj Hmida

Elle a estimé cette réaction de "prévisible"

Invitée mardi de la radio Diwan Fm, la députée et présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe),  Bochra Bel Haj Hmida a affirmé que le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, a refusé de rencontrer les membres de la Colibe, estimant cette réaction “prévisible”.

“Nous avons contacté tous les partis. Tous ont accepté. Mais vu qu’un parti a refusé, on a décidé d’annuler les rencontres avec les autres” a-t-elle expliqué, regrettant cependant l’absence de prise de position de ces derniers face au rapport: ″À ce jour, ni Nidaa Tounes, ni Ennahdha, ni le Front populaire n’a pris de position”. 

“Parfois, il arrive qu’un rejet total de certaines propositions puisse avoir lieu (...) Tout ce que je demande, c’est que ceux qui acceptent tout comme ceux qui rejettent nos propositions les comprennent” a-t-elle précisé.

 

Quant aux intimidations subies par les membres de la Colibe, Bochra Bel Haj Hmida explique: “Il faut comprendre que 23 ans de violences, de répressions, ont laissé les Tunisiens avoir une nostalgie pour le passé, une grande violence qui ressort”.

Face à la pression subie personnellement, elle affirme assumer: “Vous n’imaginez pas combien je suis contente de ce que j’ai accompli (...)”, cependant “toute cette haine, cette rancune me désole, surtout venant de la part des jeunes”. Mais cela ne la décontenance pas puisque “après des discussions avec eux, le soufflet retombe”.

Interrogée sur l’absence de soutien officiel du président de la République après la publication du rapport, Bochra Bel Haj Hmida ménage Béji Caid Essebsi en rappelant que “le président à dit que ‘ce rapport est votre rapport. Vous êtes libres de le publier ou non’ ”.

Elle affirme qu’à travers cette initiative, le président de la République a voulu mettre en application la Constitution ”à travers notre prisme d’hommes et de femmes de droit”.

“Il va y avoir une initiative législative sur l’égalité dans l’héritage de la part du président de la République, parce que ça, c’est un projet qui le tient à coeur” analyse-t-elle, précisant qu’il s’agit d’une lecture personnelle des différents discours de Béji Caid Essebsi et non d’une information.

Concernant les autres propositions du rapport, Bochra Bel Haj Hmida pense qu’il “n’y aura pas d’initiative législative. Peut-être que ce sera proposé à des ministères ou à d’autres commissions”.

 

Questionnée sur l’éventualité de faire passer le rapport via référendum, la présidente de la Colibe refuse: “Si nous étions réellement un pays démocratique, où il existe une telle culture et qu’on ne joue pas avec les pensées des gens, peut-être. En France, qui est un pays démocratique et qui respecte les institutions, la loi sur l’abolition de la peine de mort est passée directement à l’Assemblée et pas par référendum, alors que dire de nous qui sommes encore en train d’apprendre la culture des Droits de l’Homme”.

“Je veux qu’un dialogue ait lieu à l’intérieur de l’Assemblée des Représentants du Peuple et que les Tunisiens y participent via les médias avec de véritables dialogues” a-t-elle conclu.

 

Le rapport au coeur d’une rencontre entre Béji Caid Essebsi et Rached Ghannouchi

Dans une intervention sur la radio Mosaïque FM, le porte-parole du parti Ennahdha Imed Khemiri a confirmé qu’une réunion s’est tenue entre le président de la République et le président d’Ennahdha au Palais de Carthage où il a beaucoup été question du rapport de la Colibe.

“Le président d’Ennahdha a présenté sa vision des choses au président de la République, mais il a également écouté la position et l’approche du président par rapport aux questions de l’égalité dans l’héritage et des libertés individuelles” a affirmé le porte-parole d’Ennahdha.

Remis au président de la République le 8 juin, le rapport de la Colibe propose une panoplie de mesures visant à concrétiser les libertés individuelles et l’égalité consacrées dans la Constitution tunisienne. Les propositions englobent plusieurs aspects: l’homosexualité, l’égalité dans l’héritage, les inégalités hommes-femmes au sein de la famille, etc. 

Depuis sa publication, le rapport de la Colibe soulève le débat. Ainsi, si pour certain, ce rapport semble aller trop loin en terme de droits et libertés individuelles en s’attaquant aux principes fondamentales de l’Islam. D’autres estiment que la Tunisie a osé toucher à des tabous et réussi à prendre des décisions révolutionnaires, en phase avec la modernité tout en respectant le texte sacré.  

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