MAROC
26/06/2019 17h:29 CET

Rabat: des associations manifestent devant le parlement pour l'activation de la loi sur l'avortement

L’action menée hier à Rabat n’a pas que de sympathisants, y compris dans les rangs de ceux qui prônent le droit à l’avortement.

Hanane El Arjoun/HuffPost Maroc

AVORTEMENT - Une soixantaine de manifestants pour le droit à l’avortement se sont rassemblés hier, mardi 26 juin, devant le Parlement à Rabat dans le cadre d’un sit-in initié par l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), présidée par le docteur Chafik Chraïbi et qui appelle à l’adoption du projet de loi sur l’avortement par l’institution législative. 

L’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) s’est jointe à l’AMLAC, munies de poupées dénudées sur lesquels était écrit “Article 453” au marqueur, en référence à l’article du code pénal qui punit l’avortement sauf dans le cas où la vie de la mère est en danger. Objectif? Dénoncer le retard de l’adoption du projet de loi 10.16.

Les manifestants, majoritairement des femmes, ont porté des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: “Ma mère a 15 ans et mon père est un violeur”, “800 avortements clandestins par jour au Maroc” ou encore “Ma mère a 16 ans, mon père est mon grand père”.

“Nous sommes ici pour manifester au sujet du projet de loi sur l’avortement. Ce projet qui a été adopté par le conseil de gouvernement en 2016 a duré trop longtemps, ça fait 3 ans qu’on attend qu’il soit adopté et voté au niveau du parlement, maintenant il est en cours de discussion. Ce retard est dû au fait que ce projet a été confié à la commission de la justice au lieu de la commission de la santé”, explique Chafik Chraïbi docteur et président de l’association AMLAC au HuffPost Maroc

De son côté, Fouzia Yassine, membre de l’association Printemps de la Dignité a explique que l’idéal serait de légaliser l’avortement effectué par des professionnels. “On veut que l’avortement soit autorisé dans les cas où il est fait par des vrais médecins. Il faut qu’il y ait une politique publique par rapport à cette cause, et plus d’une action de sensibilisation auprès des jeunes filles. Il faut aussi donner plus d’importance à l’éducation sexuelle et la planification familiale. Il faut que ces jeunes filles prennent leurs dispositions. Il y a des pays qui ont autorisé l’avortement et dans lesquels il y a beaucoup moins de cas d’avortement et beaucoup moins de jeunes filles qui abandonnent leurs bébés dans la rue.” 

S’il est trop tôt pour mesurer l’impact de l’action de l’association AMLAC sur le plan législatif, sur celui des idées, l’action menée hier à Rabat n’a pas que de sympathisants, y compris dans les rangs de ceux qui prônent le droit à l’avortement. 

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I.) estime ainsi que le droit d’avorter “n’a absolument rien à voir avec des poupons” et que déposer ces poupées est “tout sauf une bonne idée”. Dans un communiqué publié sur Facebook, le M.A.L.I ajoute: “l’AMLAC et ses poupons ne font que recycler le point de vue des ‘pro-vie’ ou plus exactement ‘anti-choix’ en faisant l’amalgame entre des sujets très distincts: l’urgence sanitaire d’une dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse pour mettre fin aux avortements clandestins d’une part, et la question sociétale de l’abandon d’enfant d’autre part.”

“Cette action fait ainsi l’économie d’une analyse pertinente du sujet de l’avortement, où la lumière devrait être mise sur sa non-prise en charge sous l’angle de la santé publique et/ou sur la question centrale sur les droits des femmes”, poursuit le M.A.L.I dans son communiqué.

Selon le projet de loi adopté en juin 2016 par le Conseil de gouvernement, l’avortement sera autorisé dans trois cas: lorsque la femme est victime de viol ou d’inceste après ouverture d’une enquête judiciaire, lorsqu’elle est atteinte de troubles mentaux, et en cas de malformation foetale.

Actuellement, l’avortement est toujours puni par la loi. Selon le code pénal, une femme qui s’est intentionnellement fait avorter ou a tenté de le faire, ou qui a consenti à faire usage de moyens à elle indiqués ou administrés à cet effet risque une peine de six mois à deux ans de prison et une amende de 500 à 5.000 dirhams. Si aucune statistique officielle n’existe, entre 600 et 800 avortements clandestins auraient lieu chaque jour dans le royaume selon l’AMLAC.