MAROC
02/10/2019 23h:54 CET | Actualisé 03/10/2019 11h:55 CET

Rabat: Associations et militants manifestent en soutien à Hajar Raissouni

Des centaines de militants ont observé un sit-in, ce mercredi, devant le parlement.

Hanane El Arjoun / HuffPost Maroc
sit-in Hajar Raissouni

SIT-IN - Mercredi 2 octobre, 17h30. À Rabat, devant le parlement, des centaines de personnes ont répondu à l’appel au sit-in lancé par plusieurs associations pour dénoncer la condamnation, lundi 30 septembre, de la journaliste Hajar Raissouni à un an de prison ferme par le tribunal de première instance de Rabat pour “avortement illégal” et “relations sexuelles hors mariage”. 

Hanane El Arjoun / HuffPost Maroc
sit-in Hajar Raissouni

“Libérez Hajar Raissouni”, “Mon corps est mon choix”, “Non à la violation des droits individuels”, “Aux yeux de mon pays, je suis une ‘hors-la-loi’ puisque je défends mes libertés individuelles”... Sur les pancartes levées, les manifestants ont fait de leurs slogans un cri du cœur. D’une seule voix, ils réclament la liberté pour Hajar dont la condamnation traduit, pour eux, “un non respect des droits individuels et une injustice”. En tête du cortège, les manifestants affichent une grande banderole sur laquelle cette inscription en langue arabe “Liberté pour Hajar et tous ceux qui sont avec elle” est illustrée d’une photo de la journaliste.

Aux premiers rangs du sit-in, la famille du gynécologue Jamal Belkziz qui a écopé, dans ce procès, de deux ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 dirhams. Il a aussi été condamné à deux ans d’interdiction d’exercice de ses fonctions à partir de la fin de sa peine de prison. Au HuffPost Maroc, l’un de ses fils, M’hammed Belkziz, ne cache pas le choc que cette condamnation a suscitée au sein de sa famille. “C’est injuste! J’espère que ça va s’arranger rapidement pour que je puisse retrouver mon père. Je suis là pour lui”, nous confie-t-il.

Hanane El Arjoun / HuffPost Maroc
sit-in Hajar Raissouni

“La loi est répressive”, dénoncent les associations et syndicats à haute voix devant le parlement. Un avis que partage le sociologue Mehdi Alioua, farouche défenseur des droits humains. “On est face à quelque chose d’assez terrifiant, parce que cela ne concerne pas seulement la question de la justice, mais surtout la liberté d’expression et de la presse”, souligne-t-il au HuffPost Maroc. “On ne peut s’empêcher d’émettre l’hypothèse que ce soit quelque chose d’orchestré”, pense-t-il, estimant que la liberté individuelle doit toujours être préservée. “Hajar Raissouni a subi un examen intrusif qu’on peut considérer comme un viol ou une torture”, soutient-il, soulignant que “des articles de loi sont complètement archaïques et ne dépendent pas que de l’Etat mais aussi la société”.

Hanane El Arjoun
sit-in Hajar Raissouni

La porte-parole du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I), Betty Lachgar, est au rendez-vous, comme à l’accoutumée. Sur sa pancarte, elle a écrit: “Oui, j’ai des relations sexuelles et j’ai déjà avorté”. “En tant que mouvement féministe, nous menons un combat en faveur des femmes pour qu’elles puissent disposer de leur corps, de leur liberté sexuelle et du droit à l’avortement pour toutes”, rappelle-t-elle, brandissant sa pancarte.  

Également militante, Badia Raghaye, membre de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC) participe au sit-in pour, dit-elle, “dénoncer ce que n’importe quelle femme marocaine pourrait vivre dans notre pays”. “Je suis là, aujourd’hui, en tant que femme marocaine, pour revendiquer d’abord la liberté de Hajar Raissouni. Scientifiquement, beaucoup de preuves montrent que cet avortement n’a pas eu lieu. Sur ma pancarte, j’ai écrit ‘Au yeux de mon pays je suis une ‘hors-la-loi’ puisque je défends mes libertés individuelles’”, déclare-t-elle au HuffPost Maroc, en brandissant sa pancarte. Pour elle, aucune femme n’est à l’abri de ce qui est arrivé à Hajar. “Je pourrais risquer aussi la même chose que ce soit par rapport à l’avortement ou à n’importe quelle autre liberté individuelle”.

Des touristes de passage à Rabat ont aussi rejoint les rangs des militants, ce mercredi. Venue de Suisse, Lucia, la vingtaine, confie au HuffPost Maroc qu’elle a entendu parler du procès de Hajar Raissouni et a décidé spontanément de rallier ce mouvement de soutien. “Je suis ici avec une amie marocaine qui m’a parlé de cette affaire. J’ai passé toute ma vie en Suisse. J’avoue que je ne peux pas vivre dans un pays avec des lois pareilles... C’est impossible, pour moi!” s’exclame-t-elle. 

Antonella, elle, est une touriste italienne âgée de 39 ans. Elle a pris place dans la foule. “Personnellement, je crois que les libertés individuelles doivent être universelles. Aucun Etat ne doit se permettre d’interdire à ses citoyens d’avoir de relations sexuelles et encore moins d’avorter. Avoir un enfant ou pas reste un choix”, soutient-elle. En visite à Rabat pour un court séjour, Antonella veut, dit-elle, joindre sa voix à celle des militants et militantes marocains. Pour elle, cette cause est avant tout “universelle”.