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02/11/2018 17h:57 CET | Actualisé 02/11/2018 17h:57 CET

Quitter la Tunisie, une terre vouée à l’échec?

"Ne vous demandez pas pourquoi les cerveaux partent, mais plutôt pourquoi est-ce qu’ils resteraient alors que leur avenir à l’étranger est plus prometteur. Les jeunes ne se sentent pas écoutés, se sentent rabaissés, exploités, et ne peuvent plus rêver"

Zohra Bensemra / Reuters

Vous avez de l’ambition, vous êtes optimistes, vous cherchez la liberté, vous voulez vivre dans la sérénité la plus totale, vous voulez être réellement heureux une fois dans vos vies, un seul conseil, quittez la Tunisie. Ce pays, qualifié de “beau pays”, simplement pour ces belles plages, ces montagnes, et son histoire représente actuellement un frein pour toute personne voulant évoluer dans ce monde. Certes la vie à l’étranger est difficile, mais vos droits sont respectés, vous pouvez vivre sans un stress constant, sans le sentiment d’avoir une épée de Damoclès suspendue sur vos têtes et qui peut s’abattre sur vous à tout moment. Ailleurs, vous pouvez être sûr que vous serez traités à votre juste valeur, comme un être humain, comme une personne. Ailleurs, vous aurez affaire à des personnes civilisées, des gens qui vous respectent, qui vous valorisent, des gens qui vous poussent vers le haut et qui n’essaient pas de vous mettre des bâtons dans les roues à longueur de journées. Ailleurs, le peuple respecte les autorités, et n’en a pas peur, il se sent en sécurité, et protégé.

Qu’attendons-nous de ce pays qui sombre dans la décadence de jour en jour et qui n’a aucune envie de se relever?

Qu’attendons-nous d’un pays qui nous pousse à douter de tout, de son avenir, de ses compétences et finalement de soi même!

Ce n’est qu’en quittant la Tunisie que j’ai compris que j’avais une place essentielle sur cette Terre, que je servais véritablement à quelque chose, que je pouvais contribuer à faire évoluer le monde par mon unicité, et chacun est unique, chacun peut réaliser de grandes choses, peut laisser son empreinte sur Terre si on lui en laisse l’occasion, si on le valorise, et si on lui montre qu’il est capable de réaliser ses rêves. Dans ce pays, les obstacles à la bonne volonté sont infinis: au niveau des autorités, des libertés, des administrations et j’en passe. Ce qui pourrait être fait en un jour, se fait en une durée indéterminée, de manière compliquée, et très souvent de manière détournée. Nous nous retrouvons rapidement dans un cercle vicieux, et dans une spirale infernale qui nous mène vers la médiocrité. Et le problème devient sociétal, nous nous transmettons de fausses valeurs qui poussent tout un pays à la situation actuelle. Nous nous limitons trop au superficiel, au futile. Nous nous rabaissons les uns les autres même sans le vouloir, sans s’en apercevoir, par nos discussions sans fins qui tournent essentiellement autour des paris sportifs, du football, des soirées, et des ragots. Nous nous réfugions soit dans l’alcool et les soirées en pensant atteindre un but et des objectifs, soit dans la religion et les limites qu’elle impose et nous ne prenons plus le temps d’apprécier les choses à leur vraie valeur.

Ces mots sont le témoignage d’une personne trahie, mécontente, déçue par son propre pays. Ceci est un constat triste, et horrifiant, mais vrai. Nous avons tous envie de quitter ce bled, envie d’une autre nationalité pour avoir une issue de secours, se sentir en sécurité, être apprécié à sa juste valeur, et s’imaginer un avenir stable. Combien de jeunes périssent à cause d’un système qui réduit les ambitions à néant. Ce texte ne représente pas la vision d’une personne isolée, mais d’une partie de la population qui est censé être l’avenir du pays. Ne vous demandez pas pourquoi les cerveaux partent, mais plutôt pourquoi est-ce qu’ils resteraient alors que leur avenir à l’étranger est plus prometteur. Les jeunes ne se sentent pas écoutés, se sentent rabaissés, exploités, et ne peuvent plus rêver d’une vie paisible. Ils ne savent pas par quels moyens ils pourraient vivre de manière indépendante, fonder une famille, gravir les échelons, et rien que d’y penser ils abandonnent tout espoir et se disent que même avec toute la bonne volonté du monde “je ne pourrais pas vivre la vie que mes parents m’ont offerte”. “A quoi bon? Je suis bien comme je suis, pas la peine de faire davantage, le résultat sera le même”.

Les vraies valeurs ne sont plus respectées, les gens n’ont plus le sens du civisme, chacun réfléchit de manière égoïste, ils se disputent sans cesse, se crient dessus, s’insultent, s’occupent des affaires des autres, ne respectent plus les rendez-vous, n’ont aucune volonté de travailler, ni d’évoluer. Le pire des sentiments pour une personne ambitieuse, c’est de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir, et donc la seule issue possible pour ne pas tomber dans le dépression c’est de vivre au jour le jour.

RAS-LE-BOL!! Donnez la chance aux jeunes sinon le pays ne va jamais s’en remettre. Changez les mentalités, les autres sont à des années lumière, ils évoluent et nous régressons. Il faut commencer petit à petit. Avant de vous occuper de la politique, de l’économie, du tourisme, et avant de former des ingénieurs, des médecins, et des avocats, occupez-vous des techniques d’enseignement, de la pédagogie, et surtout de l’éducation. Apprenez à vos enfants les bonnes manières, inculquer-leurs les valeurs essentielles de la vie: la politesse, le travail, le respect, les droits de l’homme, la liberté, le civisme, l’ouverture sur le monde. Aidez-les à rêver, à réfléchir, à se poser des questions existentielles. Montrez-nous la voie, partagez votre expérience, les études ne représentent rien devant tout le côté empirique des choses. Soyez patients avec nous: si nous faisons les choses biens faites-le nous savoir, sinon apprenez-nous à bien le faire. Ne gardez pas le secret de votre réussite, nous aussi nous voulons réussir, et si vous nous montrez comment le faire tout le monde ira bien. Formez-nous à la vie, pas seulement aux études, dites-nous ce qui nous attend, ne nous laissez pas foncer droit dans le mur, nous n’avons pas vécu une autre vie, nous sommes en train de découvrir et d’apprendre sur le tas, il ne tient qu’à vous de nous aider à franchir haut la main les étapes de la vie. Par vous, j’insinue toute personne ayant une expérience de vie, tous nos aînés, nos professeurs, nos parents, nos familles, nos voisins. La jeunesse souffre, vous ne le savez pas car dans notre mentalité nous ne parlons pas de sujets aussi profonds, mais je vous le dis, nous vivons un mal être quotidien. Peu importe le statut social, la richesse, le niveau intellectuel, scolaire, universitaire, nous sommes tous concernés, et nous évacuons tous ce mal être d’une manière différente.

Dans mon cas, je suis diplômé en architecture avec un bac +8, j’étudie encore actuellement, j’ai une expérience professionnelle assez diversifiée dans plusieurs domaines: la restauration, l’événementiel, le développement informatique, le montage de société, le monde du digital et du graphique, ainsi que la vente, et la relation publique. Je suis un jeune motivé, qui veut évoluer, travailler, garantir son avenir, et faire du mieux qu’il peut pour laisser une trace de son passage sur Terre. Mais malheureusement une succession de mauvaises expériences, aussi bien au niveau professionnel que personnel, m’ont poussé à me dire qu’il n’était pas possible de réaliser mes objectifs dans mon pays natal, tout cela combiné à l’accueil d’un pays tel que le Canada, qui en 6 mois m’a permis de vivre un bien-être que je n’ai jamais connu depuis que j’ai atteins l’âge adulte. Ce pays m’a fait sentir en un court laps de temps que je pouvais atteindre n’importe quel objectif tant que j’en ai la volonté. Dans mon cas, je ne peux imaginer actuellement ma vie future en Tunisie, sans qu’il y ait du changement ou ne serait-ce qu’une volonté d’évoluer, et à ce moment-là je me donnerais corps et âme à ma patrie. J’aurais tant aimé dire que je suis un cas isolé, mais mon cas se généralise de plus en plus et de manière exponentielle. Dieu seul sait quand est-ce que la situation commencera enfin à évoluer et à changer positivement, la qualité de la vie se détériore de jour en jour, les personnes ambitieuses quittent le navire, le taux de change augmente, la criminalité augmente, les services sont de plus en plus déplorables, les autorités font de plus en plus d’erreurs, la violence et l’impolitesse règnent, le peuple n’a plus d’identité réelle, il ne sait plus si il est fêtard ou religieux, le taux de chômage augmente, et la liste est longue mais nous la connaissons tous.

Pauvre Tunisie, “win kont, win wallit”!

Tunisie,

pays de ma jeunesse.

Je sens en toi de la détresse,

Mais aussi beaucoup de paresse.

Certes tu es belle !

Mais tu adores les querelles

et les histoires cruelles.

Je ne sais plus quoi penser de toi ?

On vit ici comme des rois,

Ensuite tu nous prives de nos droits !

Je pense que je n’ai plus le choix.

Je ne me sens plus chez moi,

Je pars rejoindre le pays du froid.

Je m’en vais faire un tour,

et je reviendrais un jour,

retrouver tout cet amour,

d’un pays qui m’a bercé,

d’un pays tant apprécié,

d’un pays qui m’a marqué.

Aujourd’hui je broie du noir,

Mais je ne perdrais pas espoir,

de revenir un jour te voir,

Au revoir

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