TUNISIE
29/05/2018 17h:34 CET | Actualisé 29/05/2018 18h:12 CET

Qui était Mustapha Khaznadar? Un esclave grec devenu grand vizir

Un personnage controversé qui a marqué la monarchie beylicale.

Charles-Philippe Lariviere/ LEveil dune nation

Né Giorgios Kalkias Stravelakis, Mustapha Khaznadar est originaire de Kardamila sur l’île de Chios. Son père Stephanis Kalkias Stravelakis a été tué en marge du massacre de Chios en 1822. Il est capturé avec son frère Yannis. Mustapha Khaznadar a été envoyé à Izmir puis Constantinople, où un envoyé du Bey de Tunis l’avait acheté comme esclave.  

Il a été élevé au sein de la famille beylicale par Mustapha Bey, aux côtés de Ahmed 1er, devenu le Bey de Tunis plus tard. Il s’est marié à la princesse Lalla Kalthoum en 1839. Il parvient à graver les échelons en devenant à la fois lieutenant-général de l’armée beylicale et ministre des Finances d’Ahmed Ier Bey en 1837, puis président du Grand Conseil consultatif de 1862 à 1878 et grand vizir de Mohammed Bey et de son frère Sadok Bey en 1855.

Mustapha Khaznadar est connu surtout pour sa gestion de la trésorerie de la monarchie. 

Son époque était marquée par les difficultés financières de la régence dues aux dépenses octroyées pour la création de l’armée beylicale tunisienne et de l’École militaire du Bardo, ainsi qu’aux crises des secteurs de l’agriculture et du commerce. 

Malgré ces difficultés financières, les dépenses ne diminuent pas. Mustapha Khaznadar lance lui aussi des chantiers, à savoir le grand aqueduc de Zaghouan, la rénovation de certains mausolées comme celui de Sidi Belhassen Chedli ou Sidi Mahrez. Il bâtit également le somptueux palais Khaznader à Halfouine.  

La corruption 

Khaznader est réputé pour sa politique fiscale jugée désastreuse. Entouré de Mahmoud Ben Ayed, de Mohamed Baccouche et le Caïd Nessim Samama, Khaznader contracte des emprunts risqués auprès de la France notamment. Lors de son règne, des impôts lourds étaient imposés à la population.

Le ras-le-bol de la population a animé l’insurrection menée par Ali Ben Ghedhahem en 1864 depuis le Sahel, et qui avait comme slogan “Plus de constitution! Plus de taxes! Plus de mamelouks!”. Le Bey craint le siège de Tunis et ordonne sous le conseil de Mustapha Khaznadar de réprimer violemment la révolte. La Constitution de 1861 a été suspendue, les taxes allégées de moitié, mais Mustapha Khaznadar parvient à se maintenir au pouvoir, perçu comme étant l’un des sauveurs du régime. 

La crise ne s’arrête pourtant pas, la sécheresse frappe le pays entraînant misère et maladie. En 1867, 100 à 150 personnes meurent chaque jour de famine ou du typhus.

En face, Mustapha Khaznadar spolie le trésor de l’État, en profitant notamment des recettes municipales. C’est Kheireddine Pacha en tant que président de la commission financière internationale qui conduit à la chute de Mustapha Khaznadar, qui était aussi son gendre, marié à Lella Kebira Khaznadar.

En 1869, Kheireddine fournit au Bey un rapport détaillé prouvant les détournements de Khaznadar. Ce dernier, ne le nie pas et présente sa démission. C’est Kheireddine Pacha qui lui succèdera au poste du premier ministre. 

Sa chute a donné lieu à des scènes de liesse à Tunis. Il est considéré comme celui qui a précipité l’effondrement de la monarchie beylicale. Khaznadar termine sa vie en disgrâce. Isolé, il meurt en 1878. Il a été inhumé au Tourbet El Bey à la médina de Tunis.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.