TUNISIE
09/05/2018 20h:10 CET | Actualisé 15/05/2018 11h:31 CET

Meher Khelifi, ce jeune tunisien qui veut instaurer la microassurance par son projet "Ahmini"

À l’image de Muhamed Yunus, considéré comme le père du microcrédit contemporain, Meher Khelifi envisage de faire de son projet “Ahmini” un nouveau point de départ pour instaurer la culture de microassurrance.

meher khelifi

Rien n’est impossible. Il suffit d’un brin d’espoir et beaucoup de volonté pour voir son rêve se réaliser. C’est le cas de Meher Khelifi, un des neuf lauréats de la compétition Bloommasters, le plus grand concours de l’entrepreneuriat en Tunisie.

Premier prix social de la compétition, le jeune Meher n’attendait pas à une telle admiration pour son projet “Ahmini” (protège-moi). C’est “un coup de coeur du jury”, terriblement touché par son incroyable parcours et sa persévérance à vouloir concrétiser son idée de projet dédié aux femmes rurales.

L’histoire derrière le projet 

Originaire de Kairouan, Meher semble très touché par les conditions sévères des ouvrières dans les milieux ruraux. 

“Sous une pluie battante ou sous un soleil de plomb, la femme rurale résiste et part travailler dans les champs pour nourrir sa famille et élever ses enfants” raconte-t-il au HuffPost Tunisie. “Sa santé est le dernier de ses soucis” ajoute-t-il en évoquant le fait que 90% des femmes rurales n’ont pas de couverture sociale. Un chiffre parlant qui met la lumière sur l’ampleur de ce phénomène. 

Philippe Lissac via Getty Images

C’est peut-être le manque de moyens et l’absence de sensibilisation qui font d’elles une proie à des problèmes de santé grave. Tel est le cas de sa mère qui avait succombé à une maladie grave, confie-t-il. 

Emporté par l’émotion, Meher raconte ses souvenirs d’enfance, son étroite relation avec sa mère et son attachement exemplaire à sa région. Il décrit, ainsi, une mère combattante, généreuse et énergique. Mais touchée par la maladie, sa mère s’est affaiblie et perdu goût à la vie.

Malheureusement, sa maladie a été découverte à un stade avancé. “Elle a passé près de dix ans à supporter la douleur sans avoir le moindre réflexe, voir un médecin et se faire diagnostiquer”, poursuit-t-il. D’après lui, son comportement reflète une mentalité enracinée dans les zones rurales. 

“Un projet qui me tient à coeur”

Une licence en informatique en poche, Meher a travaillé dans une cimenterie avant d’être embauché en 2015 à l’armée. Mais avec la dégradation de l’état de santé de sa mère, il a décidé de tout laisser tomber et rester à son chevet.

Le 13 septembre 2016, sa mère a rendu son dernier souffle et la vie de Meher a totalement basculé. “Elle m’a laissé seul“ soupire-t-il. 

Pourtant absorbé par le chagrin, Meher voyait en lui, qu’il pouvait changer les choses. Une volonté intérieure le pousse à avancer. Il dit avoir toujours en tête cette sensation de vouloir aider les ouvrières souffrantes et de trouver une solution pour améliorer leur quotidien. Et petit à petit, l’idée de la microassurrance chemine dans son esprit.

 Une nouvelle vie qui commence 

Son premier pas était de participer à l’initiative “EmpowerHer”, un programme lancé par la Banque mondiale en faveur des femmes des régions en Tunisie.

Au début du hackathon, l’idée de la microassurance n’a pas fait l’unanimité. Certains l’ont jugé utopique. “A cette époque, plusieurs n’étaient pas vraiment emballés par l’idée”, estime-t-il. 

meher khelifi

Mais malgré les critiques, Meher n’a pas abandonné. Il a voulu convaincre à tout prix l’utilité et l’importance d’une telle initiative pour contribuer à améliorer les conditions de vie des femmes des régions. Il a, donc, fait de son projet le sens de sa vie. Considéré comme un devoir, Meher a sacrifié son temps et son énergie et a travaillé sans relâche pour défendre son projet. 

Il a, d’ailleurs, réussi à séduire au final les membres du jury de ladite compétition qui lui ont même décerné “le prix spécial du jury”. Et depuis ce “coup de coeur”, la Banque mondiale ne l’a laissé jamais seul. Elle continue, jusqu’à aujourd’hui, à le soutenir et à l’encadrer pour mettre en oeuvre son projet.  

meher khelifi

C’est un sacré challenge pour ce jeune homme de 33 ans. “J’ai dû dormir à la belle étoile pour pouvoir rencontrer un responsable” se souvient-t-il.

Très vite, une poignée d’amis se joint à lui et partage son rêve. “Nous faisons le tour des zones reculées pour rencontrer les travailleuses et leur parler de son idée” révèle-t-il. 

Même avec si peu de moyens, Meher ne manque pas de ferveur pour parler de son projet qu’il a vu grandir.

Puis vient son exploit en 2017 en étant le meilleur projet social en Afrique dans le cadre du Social Business Bootcamps, ALINOV, en Algérie. Peu de temps après, il a gagné le concours de Andi Fekra, en décembre 2017 avant d’être lauréat à Bloommasters. 

global young leaders

Lui qui ne parlait pas anglais, qui ne comprenait rien en business plan et procédures de marketing a réussi grâce à son enthousiasme et sa volonté à attirer l’attention du jury du bloomaster et de se démarquer parmi les milliers de candidats.  

Son projet Ahmini adopté par l’État

Avec son principe simple qui consiste à faciliter l’intégration des travailleuses des zones rurales dans le système de sécurité sociale, le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées a formulé son intérêt pour adopter son projet. Grâce à sa plateforme de microassurrance, Ahmini, Maher pourrait toucher les zones les plus reculées du pays. 

En effet, le principe de Ahmini se résume dans le fait que les ouvrières peuvent verser leurs cotisations à distance à travers le téléphone portable. Les abonnements seront par la suite envoyés à la poste tunisienne qui les transmettra, à son tour, aux services de la CNSS et à la caisse nationale d’assurance maladie. “Elle deviennent ainsi affiliées, et ce sans se déplacer” précise-t-il en ajoutant que le versement peut se faire chez une épicerie partenaire.

Ce projet devra cibler plus de 500 mille femmes en milieu rural à la fin de 2020.

À l’image de Muhamed Yunus, considéré comme le père du microcrédit contemporain, Meher Khelifi envisage de faire de son projet “Ahmini” un nouveau point de départ pour instaurer la culture de microassurrance. “Comme la micro finance a été lancée du Bangladesh, la microassurrance sera lancée de la Tunisie” conclut-t-il.  

Ainsi, c’est grâce à sa volonté et sa ténacité qu’il a réussi à faire son chemin. 

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