MAROC
02/07/2018 11h:50 CET

Mexique: Qui est Lopez Obrador, premier président à installer la gauche au pouvoir

Élu ce dimanche, on le présente comme un indigné en quête d'équité (et un anti-Donald Trump).

PEDRO PARDO via Getty Images

INTERNATIONAL - Le candidat de la gauche Andrés Manuel Lopez Obrador a remporté une victoire historique ce dimanche 1er juillet, à l’élection présidentielle mexicaine, face aux partis de la droite et du centre, sanctionnés après 70 ans de pouvoir à cause d’une succession de scandales de corruption qui ont pesé lourdement sur les élections.

“Je suis têtu, c’est connu”, avait-il admis au début de sa campagne. “Avec cette même conviction, j’agirai en tant que président de la République, de manière entêtée, idiote, persévérante, avec un aveuglement presque fou: je vais en finir avec la corruption”, a-t-il lancé quand son parti Morena l’avait désigné candidat. Pour ce faire, celui que l’on surnomme AMLO, a su jouer sur la fibre sensible des électeurs en tenant lors de ses multiples meetings et rencontres un discours rassurant et bien rodé axé sur les grands maux du pays : l’insécurité, la corruption, la pauvreté et le chômage.

“La corruption est la principale cause de la pauvreté”, a estimé le candidat de gauche de 64 ans qui a promis que “les instituteurs, les infirmières et les médecins vont gagner plus”. Et le favori des sondages d’argumenter lors du dernier débat télévisé qu’il parviendrait à financer ces dépenses par la réduction de la corruption dans le pays.

Un indigné à la tête du Mexique

Alors que ses rivaux de la droite et du centre ont aligné les propositions, ce professionnel de la politique qui privilégie l’écoute et la rencontre s’est lancé dans un marathon de meetings pour approcher les électeurs de chacune des 2446 municipalités que compte le pays. 

Le professeur de sciences politiques à l’Université des Amériques, Mohamed Badine El Yattioui, dresse à la MAP un portrait du candidat en soulignant que Lopez Obrador est un vieux routier de la politique mexicaine, (ancien membre du PRI) originaire d’un milieu modeste qui se caractérise par sa défiance envers la classe politique au pouvoir et son soutien aux mouvements sociaux.

Diplômé en sciences politiques, Lopez Obrador représente cette moitié du Mexique “indignée” par la pauvreté, contre laquelle il présente un programme d’investissements massifs dans le social, quitte à ce que cela fasse repartir les déficits publics au sommet.

C’est pour cela que l’ancien maire de Mexico, qui a commencé à militer au centre avant de bifurquer à gauche, s’est attiré les critiques des milieux d’affaires en affichant sa volonté de revoir des contrats pétroliers et de réexaminer le nouveau projet d’aéroport en chantier dans la capitale fédérale.

Pendant ses meetings, Lopez Obrador manipulait avec aisance des sujets bateaux qui galvanisent la foule, attaquant ce qu’il a baptisé “la mafia du pouvoir”.

Ainsi, la professeur des sciences politiques à l’Université des Amériques, Claudia Barona Castaneda, a fait observer que le candidat de gauche, qui s’est lancé dans un marathon de meetings pour approcher les électeurs de toutes les communautés du pays, “a bien compris la réalité sociale et politique du moment et su profiter de la défiance des citoyens à l’égard des élites politiques au pouvoir”.

Pour lui, c’est “l’énorme malhonnêteté de la période néolibérale”, depuis 1983, qui est la cause de tous les maux de l’économie mexicaine: la faible croissance (environ 2% par an depuis 2000), la chute du pouvoir d’achat et l’établissement d’une ”économie d’élites”.

“Certaines réformes structurelles mises en place par le gouvernement actuel sont impopulaires, comme l’augmentation du prix du carburant (qui est passé de 11 à 20 pesos soit un euro le litre), alors que le salaire minimum est à peine de quatre euros pour une journée de huit heures et que le Mexique est un pays pétrolier”, a relevé M. El Yattioui.

Vers un gouvernement “radical”

Ses adversaires lui reprochent un “castro-chavisme” qu’il nie, et agitent le spectre du Venezuela en crise, sur la voie duquel AMLO “risque” selon eux d’emmener le pays. “Nous avons été inspirés par le meilleur de notre histoire nationale, ni le chavisme ni le trumpisme”, a-t-il récemment répondu dans une vidéo.

Dans son dernier discours prononcé dans un stade où s’étaient massés des dizaines de milliers de partisans, Lopez Obrador a promis l’avènement d’un gouvernement “radical” qui mettra fin aux privilèges indus, en finira avec l’impunité et mettra à l’honneur une “autorité morale”.

“Le pays sera nettoyé!”, a-t-il clamé dans l’Azteca Stadium, qui compte 87.000 sièges et était pratiquement plein. “Il s’agira d’une transformation pacifique, en bon ordre, mais d’une transformation profonde”, a-t-il assuré.

Au niveau des relations mexico-américaines, une grande transformation dans la politique étrangère du Mexique vis-à-vis de son voisin n’est pas attendue, car la relation avec les États-Unis est “structurellement asymétrique”, a expliqué l’analyste politique Gerardo Rodriguez Sanchez Lara, professeur à l’Université des Amériques.

Ainsi, Lopez Obrador avait déclaré vouloir parvenir à un accord avec le président américain Donald Trump pour lutter contre l’immigration clandestine grâce au développement économique et non à la construction d’un mur à la frontière.

Le nouveau président mexicain avait partagé en avril dernier une vidéo, dans laquelle il interpellait son désormais homologue américain, lui offrant de lui vendre l’avion présidentiel mexicain, un Boeing Dreamliner, acheté par le gouvernement précédent, un achat considéré comme superflu, comme le rapporte l’AFP.

L’agence rappelle que López Obrador est également l’auteur d’un livre intitulé “Oye, Trump” (“Ecoute, Trump”), qui condamne les plans du président américain de construire un mur à la frontière mexicaine. “Le Mexique ne sera jamais la piñata d’aucun gouvernement étranger”, avait-il déclaré durant sa campagne.

Le président américain a félicité ce 2 juillet Lopez Obrador pour sa victoire à l’élection présidentielle au Mexique, se disant “prêt à travailler avec lui”. “Il y a beaucoup à faire pour le bien à la fois des Etats-Unis et du Mexique”, a ajouté Donald Trump sur son compte Twitter.