MAROC
29/08/2018 18h:58 CET | Actualisé 30/08/2018 09h:37 CET

Qui est Israa al-Ghomgham, première femme saoudienne à risquer la décapitation publique pour son activisme?

Son sort sera bientôt scellé lors d'un procès.

Jamal Saidi / Reuters

ARABIE SAOUDITE - Malgré l’apparente volonté de moderniser le pays via une vague de réformes qui ont récemment octroyé aux femmes le droit de conduire et d’exercer des métiers jusque-là réservés aux hommes, celles qui militent au royaume des Saoud se voient réserver un tout autre sort. Israa al-Ghomgham, jeune activiste de 29 ans sera, à la demande du procureur public saoudien, exécutée pour son engagement en faveur des libertés individuelles. 

Certains l’avaient annoncée morte, suite au partage sur les réseaux d’une vidéo virale et violente où l’on aperçoit une femme se faire découronner. Elle est toujours vivante et, avec quatre autres militants, sous la menace d’une peine capitale. Selon Human Rights Watch, leur sort sera confirmé à l’issue d’un procès le 28 octobre prochain au Tribunal pénal spécialisé d’Arabie Saoudite, créé en 2008 pour juger les affaires de terrorisme mais qui traite surtout du cas des opposants au régime. Si le tribunal suit la réquisition du procureur, c’est le roi Salman qui aura ensuite leur destin entre les mains, précise l’AFP.

Pour Riyad, le cas d’Israa pourrait devenir un exemple: celui d’un comportement à ne pas reproduire sous peine de se voir condamner à la mort dans un pays où seules celles qui commettent l’adultère ou un meurtre connaissent une fin tragique. La sentence est d’autant plus surprenante qu’au royaume wahhabite, la décapitation est réservée aux hommes. Les femmes écopent généralement d’une balle dans la tête, ou subissent, dans certaines régions, la lapidation. 

Emprisonnée avec son mari Moussa Al-Hashem depuis 2015 et sans avocat, Israa al-Ghomgham pourrait ainsi devenir la première femme à être décapitée pour militantisme. Elle avait appelé à la libération de prisonniers politiques et aurait, selon Middle East Eye, été la principale instigatrice, en 2011, de manifestations (interdites dans le pays) qui accusaient la monarchie sunnite de discriminer les minorités chiites, au lendemain d’un “printemps arabe” réprimé par des tirs à balles réelles dans la province de Qatif.

A la tête d’un réseau de femmes militantes, très active sur les réseaux et dans les médias, la jeune femme est devenue, crescendo, une figure de proue de la communauté chiite, particulièrement présente dans cette région à l’est du pays, stratégique car riche en hydrocarbures.

Selon Amnesty International, qui s’est procuré les documents judiciaires suite à son arrestation, les chefs d’inculpation sont multiples: violation du décret royal 44/A pour participation à des manifestations, documentation de ces mouvements de contestation sur les réseaux sociaux, soutien moral aux manifestants, utilisation d’une fausse photo de profil sur son compte Facebook et violation de l’article 6 de la loi anti-cybercriminalité en publiant des photos et vidéos de manifestations sur le même réseau. 

Les réseaux sociaux appellent à la clémence

Sur Twitter et Facebook, la mobilisation est forte. Internautes et ONG militent activement pour tenter d’alerter sur la situation de la jeune femme et critiquent au passage la politique du prince héritier, Mohamed Bin Salman:

#amnesty répond à l’Arabie Saoudite quant au plan d’exécution d’une activiste féminine: “La condamnation de Isra al-Ghomgam à la mort enverrait un message terrible signifiant que d’autres militants pourraient être ciblés de la même manière pour leur protestation pacifique et leur militantisme en faveur des droits de l’homme”.

“Libération immédiate et sans conditions pour Israa al-Ghomgham”

 “L’Arabie saoudite, qui décapite plus de gens que l’État islamique, en appelle maintenant à la décapitation de la jeune activiste des droits humains Israa Al-Ghomgham. Et pourtant, la rhétorique des médias indiquant que Muhammad Bin Salman est un grand réformateur persiste encore.”

 “Horrible. Pour la première fois, l’Arabie Saoudite va décapiter une femme militante des droits humains, Israa Al-Ghomgham, pour avoir participé à des manifestations pacifiques. Elle apporte sa part de “droits de l’homme” au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.” 

Un compte Twitter en soutien à Israa, qui relaye des informations et messages, a récemment précisé que les photos qui circulent dans les médias ne sont pas celles de la jeune femme mais d’une autre activiste emprisonnée. Le seul portrait d’elle disponible date de son enfance. 

La répression des droits humains mine les réformes de MBS 

Depuis 2015, avec l’ascension du roi Salman au trône, le taux d’exécutions a considérablement augmenté et a fait de l’Arabie Saoudite le troisième pays au monde commettant le plus d’exécutions. Selon Newsweek, qui reprend des chiffres de l’Organisation européenne-saoudienne de défense des droits de l’homme, près de 58 personnes se trouvent actuellement dans le couloir de la mort au royaume. 

Alors que le jeune prince héritier MBS tente de changer l’image du régime en se présentant comme un réformateur moderne en assouplissant les lois et libérant progressivement les moeurs de cette monarchie du Golfe ultra-conservatrice, l’exécution d’Israa al-Ghomgham saperait tous les efforts récents en matière d’avancée pour les droits des femmes et pour les droits sociaux.