TUNISIE
15/03/2019 14h:53 CET

Qui est Ibn Arabi dont l'enseigne a été retirée au profit de la "Rue de Serbie" ?

"Ce changement est d'une incongruité, d'une indécence et d'une grossièreté peu communes."

La municipalité de Tunis vient de retirer l’enseigne de la rue d’Ibn Arabi dans l’arrondissement d’El Menzah, pour la remplacer par “Rue de Serbie”.

La décision de rebaptiser la rue a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, et n’a pas manqué de faire réagir la municipalité de la ville de Tunis.

Celle-ci explique dans un communiqué rendu public, que la décision rentre dans le cadre du renforcement des relations de coopération internationale entre les villes, et le concept de jumelage des villes, citant comme exemple l’échange d’appellation entre la ville de Tunis et la ville italienne de Florence.

Selon la municipalité, l’accord sur cet échange d’enseignes datait de 2013, et s’est concrétisé en présence du ministre serbe des Affaires étrangères, et du secrétaire d’État aux Affaires étrangères tunisien.

La municipalité explique également que le choix s’est porté sur la rue Ibn Arabi à cause de la répétition de cette appellation dans plusieurs rues des arrondissements de la Cité El Khadra et d’El Menzah.

“Le nom de rue Ibn Arabi n’a donc pas été supprimé, comme il a été véhiculé, puisqu’il existe encore dans l’arrondissement de la Khadra” indique la municipalité de Tunis.

 

“La municipalité de Tunis s’efforce toujours de commémorer les noms et l’histoire des personnalités distinguées, qu’elles soient tunisiennes, arabes ou étrangères, en baptisant des places ou des rues à leurs noms” conclut la municipalité.

Selon l’Union des Serbes de France, la “Rue de Tunis” sera inaugurée à Belgrade, la capitale serbe, en mai prochain.

Tollé général

Mais la décision ne passe pas et les internautes l’ont fortement critiqué, évoquant “une décision d’une incongruité, d’une indécence et d’une grossièreté peu communes”.

 

Qui est Ibn Arabi ? 

On l’appelait “Al-Cheikh al-Akbar” (le grand maître), ou encore le fils de Platon, Ibn Arabi était un philosophe andalou de grande renommée.

Soufi, poète, théologien, juriste, ou encore métaphysicien, Ibn Arabi est considéré comme le pivot de la pensée métaphysique de l’islam. Au cours du 13ème siècle, il fût un des plus grand ouléma de la pensée islamique, à travers plus de 800 ouvrages.

Marqué depuis l’âge de 14 ans par sa rencontre avec le philosophe Ibn Rochd (Averroès), il s’était engoué pour les sciences islamiques et s’était auto instruit en lisant les plus grands penseurs de l’époque.

Après une maladie qui a failli l’emporter, Ibn Arabi, qui menait à l’époque une carrière politique, a laissé tombé sa vie de politicien pour se consacrer à la spiritualité.

Dans sa quête, il a entamé un long voyage de plus de 20 ans, au cours duquel il avait présenté le voyage comme un moyen d’initiation et de méditation spirituelles, à travers son ouvrage Le Dévoilement des effets du voyage.

Après ses nombreux périples qui l’ont mené dans plusieurs villes arabes, Ibn Arabi s’était établi à Damas en Syrie, pour y mourir à l’âge de 75 ans.

Il laisse derrière lui toute une pensée philosophique représentant le sommet de l’ésotérisme islamique. À travers ses ouvrages  il avait influencé de nombreux penseurs occidentaux, à l’instar de René Guénon ou encore Frithjof Schuon.

Le professeur Roger Deladrière, agrégé d’arabe et docteur d’Etat en études arabes et islamiques, l’avait considéré comme l’auteur de “l’œuvre théologique, mystique et métaphysique la plus considérable qu’aucun homme ait jamais réalisé”.

Encore une polémique pour la maire de Tunis

Il ne s’agit pas de la première polémique provoquée par la municipalité de Tunis.

En janvier 2019, le conseil municipal de Tunis, et notamment sa présidente Souad Abderrahim, s’était présenté comme un défenseur de l’identité arabe, décidant d’imposer l’inclusion de l’arabe dans toutes les enseignes des commerces de la capitale.

L’initiative se voulait préservatrice de l’ “identité nationale”, comme l’avait indiqué un élu au conseil municipal, qui avait estimé que la Tunisie a combattu le colonialisme dans toutes ses formes, mais n’a pas vraiment réussi à obtenir son indépendance culturelle.

La décision de l’arabisation des enseignes commerciales avait fait polémique, notamment à cause de l’absurdité que pourraient donner certaines traductions.

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