LES BLOGS
11/01/2019 14h:17 CET | Actualisé 11/01/2019 14h:17 CET

Quelques mots pour comprendre le Yémen

"Le destin a fait que j’ai du travailler dans la région du nord-est, à quelques kilomètres de plusieurs zones de front..."

Mohammed Hamoud via Getty Images
Un enfant yéménite porte de l'eau pour arroser les tombes de ses proches à Sanaa, au Yémen, décembre 2018.

INTERNATIONAL - Essayer de comprendre ce qui se passe au Yémen et surtout comment ce pays en est arrivé à une situation bloquée politiquement et nuisible durablement pour sa population est une affaire très délicate.

Pour simplifier, dans un monde des réseaux sociaux et de la situation binaire, les gens voient, d’une part, une rébellion qui a son foyer dans le nord-ouest, longtemps marginalisée, qui s’est emparée du pouvoir dans un coup d’État militaire, profitant des soubresauts qui ont suivi le “printemps arabe” pour s’accaparer la capitale Sanaa et les principales villes du pays hormis Aden. Et d’autre part, un gouvernement en perte de vitesse qui a transféré sa capitale de facto sur Aden et entamé une guerre de récupération de la légitimité avec l’aide logistique militaire et aérienne d’une coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis depuis mars 2015.

En ce début 2019, force est de constater que la coalition s’enlise dans une guerre où les principaux perdants sont la population civile du Yémen et ses enfants cachectiques qui peuplent les réseaux sociaux, faisant monter d’un cran la colère de la population mondiale contre l’Arabie saoudite et son prince mis au devant de la scène.

Il est vrai qu’en passant presque un mois dans le pays et en discutant avec un certain nombre de personnes pour affiner la compréhension, on découvre que cette représentation est tronquée et que la situation est beaucoup plus complexe que cela. Qu’il est impossible de séparer le mal yéménite entre les bons faibles et les méchants forts. Que les protagonistes jouent un jeu d’influence beaucoup plus sournois.

Le destin a fait que j’ai du travailler dans la région du nord-est, à quelques kilomètres de plusieurs zones de front entre armée dite régulière et les combattants houthis ou ceux qui leur ont prêté allégeance. J’ai rencontré plusieurs médecins et autres intellectuels et marchands qui ont fui leurs villes et villages désormais sous domination houthie, surtout Sanaa et Taez, encerclées et bombardées. J’ai soigné également beaucoup de femmes déplacées avec leurs familles de ces zones principalement vers la ville de Maarib, qui jadis était délaissée et qui s’est retrouvée en pleine effervescence de constructions et de commerces. Une grande université est même en train de sortir de terre. Tout donne l’impression, non d’un repli en attendant un accord politique entre le pouvoir, qui demeure le seul reconnu internationalement, et les rebelles, mais d’une installation dans la durée. Sous la direction des indésirables par tous, la branche des frères musulmans du Yémen du parti de Islah.

Et justement, on m’explique que sans le vouloir, c’est peut-être l’Islah le responsable des malheurs récents du pays. Une explication invraisemblable mais intelligible dans un monde d’intérêts de changements d’alliances au gré des situations. Il paraît que ce sont les Saoudiens et Émiratis qui ont encouragé les Houthis, à coups de millions de dollars et de matériel de guerre, pour qu’ils avancent vers Sanaa, le but étant de mettre au pas les éléments du parti Islah, mieux organisé et sorti vainqueur de la démocratie qui a suivi le départ du président déchu Abdallah Saleh, suite au “printemps arabe”.

Les milices houthies sont arrivées et les combats menés par les commandants de l’armée régulière dont les éléments étaient presque tous de la tribu d’Abdallah Saleh ont été nombreux. Ce dernier, caressant ainsi un retour aux commandes du pays, a réalisé une alliance contre nature avec ses ennemis de toujours, les Houthis.

Le parti Islah, qui aurait une branche combattante, a livré quelques combats au début de l’offensive houthie, se voyant abandonné par un nombre important des éléments de l’armée régulière qui a laissé ses positions ou carrément changé de camp en quittant les habits militaires pour des habits civils, tout en gardant les armes, dans un pays où le port d’arme est une tradition.

A suivre…