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15/08/2018 12h:42 CET | Actualisé 15/08/2018 12h:42 CET

Quelques clés pour comprendre le désintérêt des jeunes pour la politique au Maroc

"La foi des jeunes d’aujourd’hui en la politique est en perdition car ils sont les premiers touchés par la précarité".

FADEL SENNA via Getty Images

POLITIQUE - “Le peuple s’intéressera à la politique quand la politique s’intéressera à lui”. Cette maxime peut résumer l’essence du ressenti des jeunes Marocains du 21ème siècle. Ce concept de jeunesse apolitique n’est pas sorti de nulle part, mais il est le fruit mûr de plusieurs enchevêtrements d’actions et de prises de positions qui ont repoussé les jeunes de la politique.

Pire encore, ceux qui osent franchir le pas se retrouvent enclavés dans des “chabibas” ou d’autres organismes parallèles qui réduisent considérablement leur contribution aux débats de fond - s’ils existent - au niveau central des partis, qui les voient plus comme de la chair à caméras mû par l’homo-économicus de Taylor.

Ce sont, sans nul doute, les Hommes politiques qui se sont désintéressés des jeunes d’aujourd’hui, voyant en eux des individus frivoles qui veulent arriver au sommet sans peine et qui ont perdu la patience et le dévouement dus à leurs aînés.

Ceci amène ces responsables à inciter vivement les jeunes à ravaler leur ambition et à ne pas être trop optimistes quant à leurs perspectives d’évolution, car il faut faire “ses preuves” d’abord, nonobstant le fait que le népotisme pullule au sein de ces partis et que la démocratie interne est verrouillée.

L’article 7 de la constitution marocaine stipule entre autres que les partis se doivent d’encadrer et de former politiquement les citoyens de ce pays ainsi que de promouvoir leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. Les jeunes de 15 à 24 ans constituant près du cinquième de la population marocaine, leur effectif est estimé en 2011 à près de 6,3 millions de personnes, dont 50,6% sont des garçons et 49,4% des filles.

Par milieu de résidence, 55,7% des jeunes de cette tranche d’âge vivent dans les villes, représentant ainsi 18,3% de la population citadine (contre 21,2% en milieu rural) [Source Notice du HCP] mais force est de constater que la plupart des évènements majeurs de certains partis politiques marocains s’éloignent le plus possible du monde rural et de ses jeunes.

Ces jeunes n’ont-ils pas le droit de contribuer à la gestion des affaires publiques? Ou sont-ils juste un distributeur de voix permettant à certains fricoteurs d’accéder au pouvoir et d’aller défendre la cause de jeunes dont ils ne connaissent ni les besoins ni le contexte socio-économique réel?

La foi des jeunes d’aujourd’hui en la politique est en perdition car ils sont les premiers touchés par la précarité: ce qui expliquerait leur méfiance vis-à-vis des Hommes politiques et de l’Etat en général.

Moins politisés et plus protestataires, ce désengagement ne signifie pas désintérêt. Les jeunes Marocains s’intéressent à la politique mais s’engagent peu, et pour cause: le manque d’attrait de nos partis et leurs structures, rapports hiérarchiques et méthodes d’un siècle révolu.

Et comme l’affirment si bien les mots de Monsieur Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies: “Personne ne naît bon citoyen, aucune nation ne naît démocratique. Mais pour tous deux, il s’agit plutôt d’un processus en constante évolution. Les jeunes doivent être inclus dès leur naissance. Une société qui se coupe de sa jeunesse est une société qui se coupe de sa source de vie et se condamne à mort.”