TUNISIE
01/11/2018 15h:05 CET

Quelles sont les répercussions de l’attentat-suicide sur l'avenue Bourguiba? Crisis Group décortique les conséquences

Selon, Michael B. Ayari, cette attaque renforce le clivage et la polarisation politique en Tunisie

FETHI BELAID/AFP/Getty Images

L’attentat-suicide survenu le 29 octobre courant sur l’avenue Habib Bourguiba a fait l’objet d’une publication de la part de l’International Crisis Group, qui est revenu sur les conséquences que pourraient laisser cet attentat.

Même si aucune perte humaine n’a été enregistrée, les séquelles de cet attentat risquent d’être douloureuses. En effet, si pour certains cette attaque met en lumière les défaillances de l’appareil sécuritaire en Tunisie, l’analyste de Crisis Group Michael Béchir Ayari voit les choses sous un autre angle.

A ses yeux, le système sécuritaire tunisien a connu une embellie au cours de ces deux dernières années. Un constat qui selon lui met à l’écart la faiblesse et “le vide sécuritaire qui prévalait après le soulèvement de 2011”.

Pour lui, “l’impact le plus important risque d’être politique”. Il estime que “l’attaque survient à un moment où la politique tunisienne semble de plus en plus prise en otage par un différend entre le président Béji Caïd Essebsi et le Chef du gouvernement Youssef Chahed, et où la polarisation entre islamistes et anti-islamistes de 2013 revient en force”.

Plongée dans une crise politique sans précédent, la Tunisie trouve des difficultés à gérer ses chantiers prioritaires dont le plus brûlant est celui de la lutte contre le terrorisme et la sécurité du pays. 

“La première déclaration du président Essebsi sur l’explosion était révélatrice” note-t-il. “Il y a un climat politique pourri en ce moment (...) Nous attachons trop d’importance aux positions et aux rivalités, et nous oublions l’essentiel: la sécurité de la population”, explique-t-il.

Pour étayer son idée, l’analyste de Crisis Group s’est attardé sur la morosité politique et le frémissement économique qui enveloppent le pays, en proie à une certaine fébrilité depuis quelques années.

“En toile de fond, les élections -législative et présidentielle- de 2019, les profondes divisions au sein du parti Nidaa Tounes entre les partisans du président Essebsi et ceux du chef du gouvernement Chahed, l’avenir du consensus entre islamistes et non-islamistes, qu’Essebsi et le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, avaient permis d’instaurer en 2014 jouent un rôle” affirme-t-il. 

Selon Ayari, cette attaque terroriste ne fait que renforcer la forte polarisation et creuser les divisons politiques. “Une forte polarisation n’a pas tardé à se faire sentir, y compris à travers des accusations explosives du parti d’extrême-gauche Front populaire selon lesquelles Ennahdha disposerait d’une branche militaire secrète et aurait été impliquée dans les assassinats politiques perpétrés par des groupes jihadistes en 2013” réplique-t-il.

Les risques sont, selon lui, inéluctables.“La crise politique paralyse la Tunisie. Le pays semble incapable de prendre les décisions difficiles nécessaires pour faire face à une crise économique persistante” déplore-t-il.

Dans ce champ politique verrouillé, les défis à soulever sont majeurs et les pas à franchir sont cruciaux. “Le temps presse pour nommer les membres de la commission électorale qui supervisera les élections en 2019 (...) les membres de la Cour constitutionnelle, une institution essentielle créée par la Constitution de 2014 (largement saluée comme la plus libérale du monde arabe)...” rappelle-t-il.

Selon lui, “la polarisation politique croissante complique la tâche du Parlement pour franchir ces étapes cruciales, et jette le discrédit sur la classe politique parmi les Tunisiens ordinaires, confrontés à une augmentation du coût de la vie”. Tout est ainsi lié selon cette analyse.

Ayari dépeint un blocage politique qui persiste dans le pays faisant craindre à un enlisement de la crise. ”La Tunisie ne peut pas se passer d’une gouvernance efficace ni se permettre de bâcler les préparatifs des secondes élections législatives et présidentielle démocratiques de son histoire” lance-t-il.

D’autant plus que “la fin du consensus annoncée par le président Essebsi semble avoir éliminé les garde-fous politiques qui limitaient le renforcement de la polarisation”. 

Selon Ayari, cette attaque terroriste est aux multiples facettes. “Il est frappant de constater que de nombreux citoyens ordinaires à qui j’ai parlé n’étaient pas vraiment surpris de l’attaque d’hier, la considérant quasiment comme une conséquence de la crise politique. Les détracteurs d’Ennahdha l’ont interprétée comme un coup de semonce du parti islamiste. Les sympathisants d’Ennahdha l’ont perçue comme une opération sous fausse bannière perpétrée par les forces de la sécurité et le camp laïc radical pour justifier une nouvelle répression contre les islamistes. Enfin, les membres des forces de sécurité et leurs soutiens profitent de cette attaque pour raviver un projet de loi sur la ‘protection des forces armées’ qui, du moins dans sa dernière version, semble accorder de vastes pouvoirs et une impunité aux forces policières et a été largement condamné par des groupes de la société civile” conclut-il.

 
 

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.