18/10/2018 15h:09 CET | Actualisé 18/10/2018 17h:42 CET

Quelles opportunités et quels défis à l’ère de la disruption?

"La chaîne des événements et de leurs conséquences n’a pas fini de remettre en question les positions acquises."

A stockphoto via Getty Images

Blog publié en partenariat avec le Forum MEDays.

La disruption, concept qui en matière économique et sociale a émergé il y a deux décennies dans les milieux “tech” de la Silicon Valley, s’est peu à peu généralisé comme l’idée d’un changement et d’une innovation au sein de l’entreprise. La “révolution digitale” a obligé de nombreuses entreprises à repenser leur “business model”, leur management, adopter le “big data” ou encore passer au “tout-digital” afin de toucher de nouvelles audiences, de nouveaux consommateurs… ou même de nouveaux électeurs.

En effet, le concept de disruption investit aujourd’hui le monde politique et par ricochet le domaine des relations internationales. Une nouvelle génération de leaders émerge – y compris d’ailleurs dans les pays les moins réputés pour le renouvellement rapide de leurs élites dirigeantes. La révolution technologique qui a fait apparaitre des nouveaux géants – Apple, Amazon, Google, Facebook – bouleversant l’ordre économique avec de nouveaux modèles – mais aussi un nouveau rapport à la confidentialité des données des clients, fera-t-elle émerger un nouvel ordre mondial ou prolongera-t-elle celui existant?

Cette problématique s’illustre d’ailleurs dans les pratiques diplomatiques iconoclastes du président Trump, capable d’annoncer d’un tweet le retrait d’accords internationaux ratifiés. Derrière l’évidente rupture dans la forme, doit-on aussi y voir un retour à l’ancienne politique de “puissance”, caractéristique du grand jeu international des siècles passés?

Une certitude néanmoins: la “disruption” technologique ébranle les modèles démocratiques occidentaux. Elle n’est pas la seule cause des récentes secousses mais certains faits tendent à en montrer l’impact, à en juger la polémique sur l’utilisation des données personnelles dans les campagnes politiques, ou encore la diffusion de “fake news”, ces “intox” sophistiquées et virales destinées à agiter les passions. L’instantanéité, l’attente exacerbée, agit comme un puissant amplificateur sur fond d’effacement des idéologies. 

Cette "disruption" a initié une transformation radicale et aujourd’hui imprévisible de l’ordre établi.

En Europe, la disruption technologique pose aussi la question de l’évolution de la “démocratie sociale de marché”, modèle dominant en Europe de l’Ouest. Les évolutions politiques récentes et la montée des partis xénophobes et “anti-accueil” à l’Ouest et l’émergence de quelques “démocraties illibérales” à l’Est attestent de la profondeur de la secousse. La vague nous touche également en tant qu’africains et méditerranéens.

Cette “disruption” a initié une transformation radicale et aujourd’hui imprévisible de l’ordre établi. La chaîne des événements et de leurs conséquences n’a pas fini de remettre en question les positions acquises. C’est la raison pour laquelle nous devons regarder ce monde en face, en saisir les dangers mais aussi les opportunités. Ces dernières sont nombreuses. En matière de financement pour le développement, de nouveaux outils permettent une meilleure inclusion financière en Afrique, où des circuits commerciaux plus courts permettent peu à peu au continent de combler le “gap technologique”. Les modèles pédagogiques ou d’apprentissage peuvent eux aussi profiter des nouvelles plateformes ou des nouvelles approches pour élargir leur assise et permettre une innovation dans les méthodes d’éducation. De nouveaux métiers se créent dans lesquels les pays du Sud peuvent investir, tout en se positionnant sur les chaînes de valeur internationales traditionnelles actuellement en mutation. Les bouleversements actuels sont l’occasion de revisiter nos modèles de développement. C’est d’ailleurs dans cet esprit que SM le Roi Mohammed VI a dernièrement annoncé la création d’un Comité ad hoc qui veillera à proposer un nouveau Modèle marocain de développement, par nature inclusif et disruptif.

Nos sociétés évoluent, comme le montre la présence de plus en plus forte des femmes à la fois dans le domaine de l’entreprenariat, dans la politique ou dans la société civile organisée. Les attentes de la jeunesse et le “dividende démographique” qu’il est possible de faire fructifier sont des éléments cruciaux de cette réflexion.

Face au renouveau des projets d’intégration africaine – dont l’adhésion du Maroc à la CEDEAO en est la parfaite illustration au renforcement des relations Sud-Sud, à la mise en place de nouveaux axes d’influence ou à une gouvernance américaine du Président Trump qui met à mal le multilatéralisme, les disruptions sont réelles et palpables. Nous tenterons lors de la 11ème édition du Forum MEDays de les décrypter, d’en tirer les avantages et les points faibles. Il est impossible de revenir en arrière et réhabiliter les modèles du passé; ainsi nous proposons d’aller dans le sens de l’Histoire en repensant ensemble les contours de cette nouvelle architecture économique, diplomatique et sociale à l’échelle mondiale. Nous l’analyserons et la débattrons du 7 au 10 novembre 2018 à Tanger. Mais avant ce grand rendez-vous, nous préparerons le terrain comme l’an passé avec des analyses de nos guest speakers” qui vous offriront à travers ce blog leurs perspectives et leurs questionnements sur les thématiques qui seront abordées le mois prochain.

Ce blog a initialement été publié sur la plateforme de blogs des MEDays, qui présentera du 7 au 10 novembre à Tanger son 11e forum, dont le HuffPost Maroc est partenaire.