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08/03/2019 11h:09 CET | Actualisé 08/03/2019 11h:11 CET

Quelle place pour les femmes dans l'aménagement des villes marocaines?

"La majorité écrasante des nouveaux équipements de proximité ont un dénominateur commun: terrains de football pour garçons."

Youssef Boudlal / Reuters

URBANISME - Depuis 1977, la communauté internationale commémore, chaque 8 mars, la journée mondiale de la femme. Voulue comme une occasion pour mettre en avant les droits des femmes, cette journée internationale doit être un aggiornamento des politiques publiques en général, et celles urbaines en particulier, pour prendre en compte la question genre dans l’aménagement des villes.

La présente contribution est au croisement de questionnements sur la place de la femme dans la gouvernance urbaine, et l’intégration de la question genre dans les politiques publiques urbaines. Décryptage en deux points.

Gouvernance locale: une représentation des femmes insignifiante

Pour faire valoir ses droits et attentes, la femme doit être aux commandes des villes et régions. Or le chemin est loin d’être balisé, bien que le Maroc ait adopté le principe de discrimination positive dans son code électoral permettant une entrée des femmes au sein des instances élues municipales et législatives. En effet, le taux de gouvernance des villes par des femmes ne dépasse pas 12%, seules 21 femmes sont aux commandes de communes, en majorité rurales, sur un total de 1.538, et aucune grande ville n’est gérée par une femme. S’agissant des instances législatives, seules 10 femmes sur un total de 81 députées ont été élues au titre des circonscriptions locales en 2016.

Ainsi, face à la faiblesse quantitative de la représentativité des femmes dans les instances de décision communales et législatives, il s’avère nécessaire d’implémenter des programmes de renforcement des capacités pour aider le peu de femmes-élues à défendre leurs positions. Aussi est-il important de souligner qu’une participation active des femmes par toutes les formes d’expression possibles (sociale, littéraire, scientifique, sportive, etc.) crée un fondement pour une citoyenneté substantielle à même de faire entendre la voix des femmes au niveau local et national.

De la nécessité d’intégrer la question genre

Une politique urbaine est au service de l’avenir de la ville, et par conséquent, elle doit apporter des réponses aux mutations sociétales générées par deux phénomènes: l’urbanisation et la globalisation.

Ainsi, dans un contexte marqué par la présence de la femme dans le marché du travail, la féminisation d’une panoplie de métiers, la scolarisation croissante des filles dans le milieu rural et l’entreprenariat au féminin, la politique publique urbaine n’est inclusive que si elle répond aux attentes des femmes et filles dans leur vie quotidienne. La couverture en transport scolaire en milieu urbain ou rural, la réalisation des équipements socio-éducatifs et sportifs dédiés (sanitaires dans les écoles, centres de langues, gymnases, piscines, courts de tennis, etc.), la desserte en services (eau, électricité, assainissement, internet), et l’aménagement d’espaces publics, parcs et jardins sont les principales ouvertures pour l’intégration de la question genre.

La politique publique urbaine inclusive n’a de nom que si elle est porteuse de réponses à des questions de mobilité urbaine, de logement, d’employabilité, d’accessibilité à des équipements socioculturels de proximité, en d’autres termes, des lieux et services favorisant le lien social et tenant compte des besoins spécifiques des femmes, des enfants et personnes âgées.

Pour cela, elle doit tenir compte, en amont de la planification urbaine et lors de la territorialisation des options stratégiques, des effets conjugués des différentes discriminations sur les femmes et filles. Pour preuve, si la mise à niveau urbaine a permis d’injecter des centaines de terrains de proximité dans les villes marocaines, le constat fait ressortir que la majorité écrasante de ces équipements de proximité ont un dénominateur commun: terrains de football pour garçons. Et par conséquent, on peut se demander quelle place pour la fille dans ce programme d’équipements de proximité?

Aussi, le transport urbain reste-t-il l’espace où la femme subit toutes les formes d’incivilités. Si des villes comme Rabat et Casablanca ont apporté une solution intégrée sur le plan social à travers la mise en service du tramway respectivement en 2011 et 2012, il est aisé de constater que cette question est loin d’être résolue dans la plupart des villes. Il n’est pas à démontrer qu’un transport de masse comme le tramway joue un rôle incontournable dans la cohésion sociale au sein de la ville.

Pour conclure, il importe de souligner que, bien pensées et exécutées, les politiques publiques urbaines nous apprennent comment agir par l’urbain sur nombre de questions sociétales, économiques et spatiales. Les politiques urbaines sont en première ligne pour apporter des réponses à la question genre, aussi bien en termes d’aménagement urbain que de desserte en services urbains à même de répondre aux attentes des femmes et filles.