ALGÉRIE
29/11/2018 15h:51 CET | Actualisé 29/11/2018 15h:51 CET

Que voulons-nous au juste ?

Facebook/Ministère-de-lIntérieur-Algérie

“Ce que nous avons accompli jusqu’à présent n’est qu’une étape dans un long processus. Oui, de nombreux défis nous attendent et nous ne pouvons, après toutes ces réalisations, nous attarder sur des thèses pessimistes et défaitistes, qui n’ont d’objectif que de freiner notre marche”. C’est le principal passage que j’ai pu retenir du dernier message de Bouteflika lu au walis au Palais des Nations ce 28 novembre, et au peuple au JT de 20h. Intégralement !

Un très long message qu’il est difficile de croire que c’est le Président qui l’a rédigé vu son état de santé actuel. Et il n’est pas impossible que lui-même, ne connaît pas la teneur de ce message. On ne saura jamais qui sont les “Nous” de “Ce que nous avons accompli jusqu’à présent n’est qu’une étape dans un long processus”. Ce passage laisse donc supposer que ces “Nous” vont continuer leurs réalisations en dépit des freins sur lesquels ils ne peuvent pas s’attarder…

De quels freins parlent-ils ? De quelle opposition officielle ? Sont-ils à l’écoute de cette opposition invisible faite d’individus et d’organisations à faible audience médiatique ?* Serait-ce une annonce dissimulée pour un éventuel 5e mandat qui se profile à l’horizon ? Ce serait le pire des scénarios qui puisse arriver à ce pays si malmené par les clans qui se disputent le pouvoir.

Nous aussi, on ne s’attardera pas sur les réserves que l’on peut légitimement avoir quant à la candidature du Président pour un 5e mandat. Déjà avec le 4e mandat, Bouteflika a battu tous les records de longévité au pouvoir. Il est Président depuis presque 20 ans devançant déjà les mandats de Boumediene resté 13 ans et demi au pouvoir et Chadli avec ses presque 13 ans.

De candidat indépendant à ses premiers mandats, Bouteflika est devenu le candidat officiel du FLN dans des conditions obscures et avec une inversion des rôles propre à nous : ce sont les partis présidentiels qui s’inspirent du “programme du Président et de ses orientations” et non l’inverse. Ce “programme du Président et de ses orientations” est rappelé quasiment tous les jours dans les médias.

Aucun ministre ou Wali ne peut présenter son action sans rappeler qu’elle rentre dans le cadre du “programme du Président et de ses orientations” ! A cinq mois des élections présidentielles, personne n’est capable d’imaginer le scénario concocté pour le peuple par ceux qui nous gouvernent. On peut aisément imaginer les discussions en haut lieu pour nous sortir de cette léthargie institutionnelle.

L’opposition officielle se terre dans l’attente, comme le reste de la population, des décisions du pouvoir. En attendant certains médias nourrissent le peuple par les grandes réalisations de Bouteflika le rendant seul héros, le seul guide, le seul visionnaire du pays. Jusqu’à atteindre le ridicule. En dépit de l’extrait du message cité plus haut, il reste encore une probabilité, si les clans trouvent un compromis entre eux, que Bouteflika ne se représente pas.

Quoi qu’il en soit, les défis qui attendent le futur Président sont innombrables à commencer par notre dépendance excessive de notre seule ressource énergétique qui a permis, jusque-là, un semblant de paix sociale qui peut être remise en cause du jour au lendemain ce d’autant que nos réserves en devises ont chuté de manière spectaculaire ces dernières années.

Viennent ensuite pèle-mêle, et sans aborder les détails : - le pouvoir d’achat du citoyen malmené par un DA affaibli, - les inégalités sociales et régionales qui se creusent de plus en plus - une agriculture, qui, même si des progrès ont été réalisés dans ce domaine, reste encore sous productive compte tenu de nos potentiels naturels, - un système éducatif sinistré qui mérite d’être reformé de fond en comble du primaire jusqu’au supérieur - un système de santé publique dont on déplore son inefficacité, - un tissu industriel menacé par ces licences d’importation accordées dans une opacité la plus totale, - une réforme du système bancaire moyenâgeux indispensable si on veut développer l’investissement et/ou l’exportation.

A cela s’ajoute l’indispensable respect des libertés publiques et des opinions. Ces derniers mois ont été marqués par de nombreuses arrestations, parfois rocambolesques, de journalistes, d’artistes ou de simples citoyens uniquement pour leurs idées. La libération de certains d’entre eux, tout aussi guignolesques, laisse supposer, que le pouvoir semble tester l’opinion publique quant à ses capacités de répression avec une communication grotesque.

Et le peuple dans tout cela ? C’est Hervé COLLET qui disait qu’“Il conviendrait d’abord de se poser la question philosophique de base : “Que voulons-nous au juste ?”, et, avant d’y répondre, de se rappeler que lorsqu’on ne désire rien, on se contente de tout, et donc que, plus petits sont les désirs, plus grand est le contentement ».

PS. * Amir Dz, “l’activiste anti-pouvoir”, appelle régulièrement ses fans à aimer et à commenter ses pages facebook et youtube. Et les réponses de ses fans laissent sans voix par leur nombre et surtout par leur rapidité. Sauf que rares sont ceux qui connaissent les sources d’information de cet exilé suivis par des milliers de jeunes. Un phénomène médiatique qui mérite peut être une analyse par nos spécialistes des médias.