ALGÉRIE
01/06/2018 16h:05 CET

Quand M.Ouyahia appelle les exportateurs à se tourner vers les Pieds noirs d’Algérie

De mémoire d'Algérien aucun responsable n'avait jamais fait appel aux "Pieds-Noirs"

Antoine Gyori - Corbis via Getty Images

Exporter est devenu un mot d’ordre impérieux endossé par le Premier ministre Ahmed Ouyahia qui est allé jusqu’à appeler les exportateurs à aller vers “les communautés des anciens d’Algérie” qui, selon lui, “peuvent ouvrir des portes pour approcher des marchés extérieurs”. 

Ces “communautés des anciens d’Algérie” sont clairement identifiées dans un discours prononcé la nuit dernière devant les opérateurs économiques à l’occasion de la remise du “Trophée Export 2017”. 

Ahmed Ouyahia a ainsi déclaré qu’il savait “très bien que pèsent ces communautés, les Pieds Noirs comme on dit, poursuit-il pour vous “ouvrir des portes.”  

C’est la première fois, ainsi que le soulignent nombre d’observateurs de la scène politique algérienne, qu’un officiel algérien fait des “anciens d’Algérie” une cible commerciale potentielle pour les produits algériens.

“De mémoire d’homme, c’est sans précédent, aucun responsable algérien n’a sollicité par le passé les Pieds Noirs” souligne un ancien journaliste.

Le sort de Pieds Noirs pour rappel avait été fixé dans les accords d’Evian qui leurs permettaient de rester en Algérie avec la possibilité de choisir la nationalité algérienne ou de conserver la nationalité française.

Qui sont les “anciens d’Algérie”

Mais la politique de la terre brûlée menée par l’OAS à la veille de l’indépendance a poussé la plupart d’entre eux à quitter l’Algérie. De ce fait, les “anciens d’Algérie”, ce sont les populations d’origine européennes dites Pieds Noirs ainsi que les juifs d’Algérie, naturalisés français, en vertu du décret Crémieux de 1870.

Des Pieds Noirs font régulièrement des visites de souvenirs en Algérie sans aucune difficulté. Le cas Enrico Macias qui avait des exigences jugées démesurées par les autorités algériennes ne doit pas masquer le fait que de nombreux “anciens d’Algérie” sont venus au pays en touristes. 

Cependant, c’est la première fois qu’un officiel algérien évoque les Pieds Noirs comme de potentiels soutiens aux exportations algériennes. Un argument qui, d’ailleurs, laisse perplexe un observateur de la vie économique qui estime que les contraintes à l’exportation sont d’abord liées à une législation nationale rigide (la législation de change notamment) et un problème de mise à niveau au plan des normes et de la qualité.

“Un pari hasardeux”

“Mais d’une manière générale, les autorités algériennes n’ont jamais encouragé des activités de lobbying commercial de la communauté algérienne en Europe et notamment en France. Quand à saisir les Pieds Noirs -dont une bonne partie sont des nostalgériques installés dans la région PACA qui votent en général pour l’extrême-droite- cela semble encore plus irréaliste, un pari bien hasardeux”, précise encore notre interlocuteur.

La conquête des marchés à l’extérieur, s’accordent à dire les économistes, est avant tout une bataille pour la qualité et une adaptation d’une législation algérienne plus centrée vers la “gestion” des importations qu’à l’encouragement les exportations. Ce qui explique que l’Algérie n’exporte pratiquement que des hydrocarbures et importe pratiquement tout.

Mais, note notre interlocuteur, “il se peut que l’évocation des Pieds Noirs par Ouyahia ne soit  qu’une clause de style pour dire qu’il faut à tout prix se mettre à exporter pour sortir du modèle qui prévaut depuis l’indépendance. Mieux vaut tard que jamais”.

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