TUNISIE
14/12/2018 15h:12 CET

Quand l'immigration clandestine se convertit au luxe

Des yachts luxueux sont utilisés pour faire passer les immigrants clandestins tunisiens vers l'Europe.

PaulVinten via Getty Images

Qui dit immigration clandestine dit des embarcations de fortune, de longues journées de calvaire en pleine mer, des jeunes désespérés qui mettent leur propre vie en péril pour rejoindre l’autre rive... Bref, un périple parsemé d’embûches qui finit le plus souvent mal.

Mais loin de ces scénarios qui frôlent souvent la mort, une nouvelle modalité d’immigration clandestine a vu le jour.   

Des immigrants clandestins ont changé de stratégie et ont trouvé une nouvelle échappatoire pour s’épargner ces galères. En moins de deux heures, ils pourraient traverser la Méditerranée en toute tranquillité à bord de vedettes ou de yachts de luxe sans aucun risque et avec tous le confort à bord.

“C’est avec des yachts rapides avec des moteurs hyper puissants de plus de 500 chevaux qu’ils font le trajet”, confie un passeur dans le reportage de l’émission hebdomadaire “Les quatre vérités”, diffusée le 13 décembre 2018 sur El Hiwar Ettounsi.   

Pour payer ce luxe, ces immigrants sont prêts à débourser près de 25 mille dinars. Un montant assez élevé qui s’explique par des services haut de gamme: ponctualité, confort... et même un chauffeur pour l’emmener à destination.  

Ces immigrants rejoignent l’Italie en toute discrétion, sans attirer beaucoup d’attention. Ils sont le plus souvent des personnes aisées et notamment recherchées dans des affaires de chèques sans provisions, selon ses dires. 

Selon l’avocat Anis Zine, ces traversées sont sans risques. “Impossible de les traquer en mer” souligne-t-il en précisant que ces yachts empruntent des  itinéraires peu classiques afin d’échapper aux radars et aux contrôles de la garde nationale. 

Des trafics de cigarettes et de produits de contrebande se déroulent également au cours de ces traversées de luxe.  

Avant la révolution de 2011, 30% des Tunisiens de moins de 35 ans exprimaient le désir d’immigrer illégalement vers l’Europe, selon une étude du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). Avec la stagnation économique, de l’inflation et d’un taux de chômage élevé, ce chiffre a grimpé à 40% en 2016.

67% des personnes qui ont quitté le sol tunisien de façon non réglementaire étaient âgées entre 20 et 30 ans. La plupart d’entre elles étaient des jeunes non diplômés, au chômage ou avec des emplois précaires.

Pour mettre fin à ce fléau, le président du FTDES avait souligné l’importance de mobiliser les sociologues et les psychologues afin d’examiner les moyens de faire sortir les jeunes du désespoir et a appelé également les politiciens à créer des mécanismes pouvant attirer les jeunes et les aider à réhabiliter leur confiance en un avenir meilleur dans leur pays.

Dans ce contexte, il avait fait remarquer que l’abandon scolaire et l’absence de perspectives poussent les jeunes non seulement à la migration mais aussi au suicide et à l’adhésion aux groupes terroristes.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.