MAROC
17/05/2019 18h:14 CET | Actualisé 17/05/2019 18h:15 CET

L'émission française "Clit Revolution" parle de l'avortement au Maroc

Une émission diffusée alors que le débat autour de l'avortement fait rage.

Youtube/Clit Revolution

AVORTEMENT - Il y a quelques jours, l’État de l’Alabama adoptait une des lois les plus restrictives sur l’avortement aux Etats-Unis. Cette mesure a relancé dans ce pays, et plusieurs autres États, le débat autour de l’avortement.

C’est dans ce contexte que l’émission de web-documentaire féministe, “Clit-Revolution”, a publié hier un nouvel épisode consacré à cette thématique, en partie tourné au Maroc.

À cette occasion, les militantes féministes et créatrices de “Clit Revolution”, Elvire Duvelle-Charles et Sarah Constantin, se sont rendues à Rabat où elles sont allées à la rencontre de Betty Lachgar, porte-parole du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I) et militante féministe.

“Pourquoi les pays du nord seraient plus avancés?”

Cette dernière est ainsi revenue sur la législation sur l’avortement au Maroc ainsi que les initiatives prises par le mouvement pour aider les femmes souhaitant avorter. Betty Lachgar a notamment évoqué l’affaire de l’Artotec, un anti-épileptique utilisé comme médicament avortif. “Le ministère de la santé a carrément retiré le médicament du marché. Depuis, on essaye de se le procurer autrement”, explique-t-elle.

La militante affirme également que le mouvement est “submergé de demandes”. “On a beaucoup de mal à répondre à la demande, on est un petit groupe, on est bénévoles, il y a des centaines de messages par jour (...) mais on fait le nécessaire. Pour nous, il est primordial de lutter pour le droit des femmes à disposer de leur corps et d’accompagner ces femmes pour leur éviter le plus possible les avortements à risque”.

“Nous, quand on milite, ce sont les droits qui nous intéressent, c’est l’égalité des droits, le respect des droits et de la dignité des personnes, en l’occurence des femmes. On ne peut pas accepter la dichotomie des pays du nord et des pays du sud. Pourquoi les pays du nord seraient plus avancés que les pays du sud?”, interroge la militante marocaine.

Happening au ministère

Dans la vidéo, on assiste également à l’organisation de la fameuse action du M.A.L.I au ministère de la Santé, durant laquelle les militants ont collé des serviettes hygiéniques sur les murs du ministère.

“Le tournage a duré quinze heures”, expliquait au HuffPost Maroc Betty Lachgar en avril. “On était une petite dizaine, on a préparé les serviettes hygiénique, le faux sang, les slogans, etc., et l’action s’est passée vers minuit devant le ministère, ce qui n’a pas été évident vu que nous avions une grosse caméra avec nous”. 

Youtube/Clit Revolution
Elvire Duvelle-Charles et Sarah Constantin, co-créatrices de la web-série "Clit Revolution", en plein happening au ministère de la Santé.
Youtube/Clit Revolution
Elvire Duvelle-Charles et Sarah Constantin, co-créatrices de la web-série "Clit Revolution", entourent Betty Lachgar, porte-parole du M.A.L.I.

Le happening s’est donc fait rapidement, le gardien de nuit ayant surpris le groupe au moment du collage des serviettes hygiéniques. “On n’a pas eu trop d’embêtement, mais au moment du collage, le gardien de nuit est sorti. Du coup, on a dû faire très vite. Je ne pense pas qu’il ait appelé la police, d’ailleurs”, poursuit Betty Lachgar. “C’était rapide mais c’est important pour la symbolique et le message que fait passer ‘Clit Revolution’ et M.A.L.I”.

L’avortement est toujours interdit au Maroc, sauf dans le cas où la santé de la femme est en danger. Malgré la soumission d’un projet de loi à la Chambre des représentants en juin 2016 pour élargir les cas d’autorisation de l’IVG, la loi n’a toujours pas été adoptée.

Le projet de loi prévoit l’autorisation de l’avortement lorsque la grossesse représente un danger pour la vie de la mère ou sa santé, lorsque la grossesse est générée par un viol ou un inceste, lorsque la mère est atteinte d’une maladie liée à un déséquilibre mental, ou lorsque le fœtus est atteint de maladies ou de malformations génétiques graves ne pouvant être traitées au moment où elles sont diagnostiquées.