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19/01/2019 00h:02 CET | Actualisé 19/01/2019 11h:28 CET

"Créatrices de contenu ou créatrices de complexes?": Lettre ouverte aux instagrammeuses enfermées dans la mythomanie virtuelle

Comment passer du statut de créateur de contenu à celui de créateur de complexe(s)….

stock-eye via Getty Images

Vous n’êtes surement pas passés à côté de ces « instagrammeuses » aux centaines de milliers de followers sur Instagram passant leurs soirées au Billionnaire et se baignant l’été à la Badira.

Partageant leur train de vie à leurs « fans », elles sont désormais devenues de véritables leviers du marketing d’influence, fortes de leur impact communautaire. Ici l’intérêt ne réside pas dans le fait de balancer des noms ou de dénoncer qui que ce soit. Non, il s’agit de se pencher sur les dérives que peut entrainer cet exhibitionnisme virtuel.

Plus un influenceur a de followers, plus il a de chance de remplir ses poches. Et pour cause, les mini vidéos sur Instagram, plus communément appelées « stories » fleurissent de placements de produits en tous genres : produits minceur, make up, vêtements, compléments alimentaires, tout y passe.

Arborant un quotidien idéalisé au rythme de leurs sorties dans les derniers lieux à la mode, les instagrammeuses deviennent, malgré elles, de (faux) exemples à suivre pour leur communauté. Le train de vie parfait et leur garde-robe jonchée de tenues issues de grands créateurs laissent place à une tout autre vérité : celle d’une déconnexion extrême avec la réalité, entrainant des dérives sociales non négligeables.

Le placement de produit : une mine d’or 2.0

En France, la polémique enfle suite à des placements de produits effectués par des personnages de la téléréalité et provenant en grande partie d’Aliexpress.

Les influenceurs sur YouTube et Instagram sont pour la plupart grassement payés (entre 500 et 3000 euros par post, en moyenne) par des marques pour faire leur pub, et réaliser du placement de produits dans leurs photos stylisées et leurs publications beauté. Mais cette pratique insidieuse de “marketing social” vient de passer un nouveau cap, une nouvelle dérive : la revente de contrefaçons et l’arnaque, légitimées par la notoriété en ligne. Et c’est là où le bât blesse.

Et pour cause, côté Tunisie, les influenceuses n’hésitent pas à exhiber leurs derniers sacs Chanel ou Hermès, provoquant l’ire d’une frange de leurs suiveurs. En effet, alors que le pays est actuellement traversé par une crise sociale est-ce modéré et raisonnable d’exhiber ses « richesses » à tout va ?

Autre fléau, parmi elles, certaines n’hésitent pas à afficher des sacs contrefaits, allant même jusqu’à taguer la marque, mais jusqu’où ira la supercherie ? Comment peut-on oser violer la propriété intellectuelle d’une marque, tout en incitant le public à l’achat de contrefaçons ? Ne serait-il pas plus judicieux de porter un sac Zara et conserver son « intégrité » ?

Suivies par des centaines de milliers de personnes, il est de votre devoir, mesdames, de refléter la réalité : une réalité dans votre comportement mais également sur le plan vestimentaire. Un matérialisme « fake » étroitement lié à un désir d’exposition et narcissisme social.

« Publier beaucoup, c’est trahir une fragilité narcissique », énonce le psychanalyste Michael Stora. Il ne s’agit pas de dénigrer les réseaux sociaux, à l’image d’Instagram, mais plutôt de les replacer dans leur contexte. Certes, Instagram est devenu un outil économique, permettant une transmission horizontale de l’information incroyable. Mais, cette transparence laisse place à une nécessité de traçage des limites virtuelles.

Une supercherie à son paroxysme : quand Instagram se transforme en terrain de jeu du bistouri

Tout débute par une séance shopping ou une escapade chez la coiffeuse, puis se termine sur un brancard d’une clinique d’esthétique pour corriger l’ultime défaut pour sublimer son prochain selfie. Ces procédés ne vous seront pas étrangers : injections prp, botox, lip injections et autres noms bizarres, les instagrammeuses ont trouvé un nouveau terrain de jeu, où il est aussi facile de gonfler ses lèvres que d’acheter une baguette. Démocratisation de la chirurgie et des injections, incitation au changement, en d’autres termes : Instagram donne des complexes à tout le monde.

Phénomène initié une certaine Kim Kardashian, entre autres, le voici désormais étendu et répandu en Tunisie, par le biais des instagrammeuses tunisiennes, allant jusqu’à se filmer en train de se faire injecter produit « miracle » dont personne n’a retenu le nom.

Ces « ambassadrices » n’hésitent plus à promouvoir ces procédés à bloc, comme on promeut le dernier sac en vogue. Les cliniques n’hésitent plus à passer à la publicité 2.0 pour attirer les patients, (ou plutôt devrai-je dire les clients).

Un engrenage entrainant alors la banalisation de l’acte médical : à l’image des vedettes de téléréalité françaises, ce phénomène a franchi d’autres limites : celles de la promotion de la chirurgie esthétique (augmentation mammaire, liposuccion, lipofilling, etc). Une publicité accrue qui passe désormais par la médiatisation, allant jusqu’à filmer l’acte médical et le partager sur les réseaux sociaux. Tout cela rythmé par des photos avant/après illustrant des transformations « miracles ». Cependant, comment une fille de 14 ans, en pleine quête identitaire doit-elle interpréter ce message ? Est-ce moral et légitime d’inciter à ce genre de procédés ? n’y a-t-il pas une frontière éthique à ne pas franchir ?

Bref, comment passer du statut de créateur de contenu à celui de créateur de complexe(s)….

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