TUNISIE
10/05/2019 17h:04 CET

Quand des antiquités pillées du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord se vendent sur Facebook

Des trésors à vendre sur Facebook provenant d'Irak, du Yémen, d'Égypte et de Tunisie.

Thierry Monasse via Getty Images

Des antiquités pillées d’une valeur inestimable se vendent librement sous le regard complice de Facebook. C’est ce qu’a confié l’archéologue syrien Amr al-Azm au journal américain le New York Times dans un article publié le 9 mai 2019.

“D’anciens trésors pillés provenant principalement de la Syrie et de l’Irak mais aussi de l’Egypte et de la Tunisie sont proposés à la vente sur Facebook” lâche-t-il, en connaissance de cause. “La majorité ne viennent pas de musées ou de collections, où leur existence aurait été cataloguée (...) Ils sont pillés directement du sol” martèle-t-il.

Selon lui, ayant passé deux ans à sillonner des centaines de groupes Facebook, le trafic d’antiquités sur les réseaux sociaux s’avère être une activité florissante. D’après lui, il existe actuellement au moins 90 groupes Facebook dont la plupart en arabe, qui sont liés au commerce illégal d’antiquités du Moyen-Orient, avec des dizaines de milliers de membres. 

“Ils publient souvent des éléments ou des demandes de renseignements dans le groupe, puis reprennent la discussion par chat ou WhatsApp, ce qui rend le suivi difficile” regrette-t-il.

Pire, il y a même des “butins à la commande”. “Certains utilisateurs font circuler des demandes pour certains types d’articles, ce qui incite les trafiquants” à passer à l’acte, raconte-t-il, pendant que d’autres affichent des instructions détaillées pour les pilleurs en herbe sur la manière de localiser des sites archéologiques et de déterrer des trésors. “Les détails sont parfois troublants”, indique l’archéologue en reprochant à Facebook de ne pas avoir tenu compte des avertissements concernant la vente d’antiquités dès 2014, alors qu’il aurait été possible de supprimer les groupes pour arrêter ou, du moins, ralentir leur croissance.

Pour Amr al-Azm, le rôle de Facebook ne se limite pas à supprimer simplement les pages. “Facebook devrait élaborer une stratégie plus globale pour mettre fin aux ventes tout en permettant aux enquêteurs de conserver les photos et les enregistrements téléchargés vers les groupes.

Après tout, une photo postée à la hâte est peut-être le seul enregistrement d’un objet pillé à la disposition des forces de l’ordre ou des spécialistes. Supprimer simplement la page détruirait ‘un énorme corpus de preuves’ qui seront nécessaires pour identifier, suivre et récupérer les trésors pillés pour les années à venir”, explique-t-il.

L’archéologue ne nie pas le fait que certains objets illicites vendus sans preuve de leurs antécédents de propriété pourraient bien sûr être des faux. “Mais compte tenu du volume d’activité dans les groupes d’antiquités et des nombreuses preuves de pillages sur des sites célèbres, au moins certains d’entre eux sont considérés comme authentiques” estime-t-il.

Le trafic d’antiquités est illégal dans la majeure partie du Moyen-Orient et le commerce de reliques volées est illégal en vertu du droit international. Mais il peut être difficile de poursuivre de tels cas.

Après une enquête menée par le BBC à ce sujet, Facebook a déclaré avoir supprimé 49 groupes liés au trafic d’antiquités.

Le pillage et le trafic d’antiquités au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont atteint des niveaux sans précédent depuis la montée de Daech. Ce phénomène qui gangrène l’ensemble de la région est devenu le nouveau terrain de jeu des groupes djihadistes qui ont saisi l’opportunité du chaos pour financer leurs activités. Et la Tunisie n’est pas à l’abri. Vu son placement stratégique à la portée de l’Europe, la Tunisie est l’un des plus grands marchés d’art et d’antiquités au monde, et ses frontières communes avec l’Algérie et la Libye en font une route privilégiée pour le trafic en Afrique du Nord.

La Tunisie joue un rôle clé dans ce trafic en étant une plaque tournante reliant l’orient et l’occident: “Le rôle de la Tunisie en tant qu’autoroute du trafic est si important que les marchandises de contrebande représentent environ la moitié du commerce bilatéral de la Tunisie avec la Libye”, selon la Banque mondiale.

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