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10/04/2019 16h:06 CET | Actualisé 10/04/2019 16h:06 CET

Prudence est mère de sûreté

Associated Press

Cette formule devenue proverbiale fait partie de la sagesse des Anciens, mais les nouvelles générations ont bouleversé l’idée que prudence et jeunesse ne feraient pas bon ménage. Les jeunes Algériens ont prouvé depuis quelques semaines qu’ils ne s’en laissent pas facilement conter et que dans certains cas, quand manifestement l’histoire s’accélère, l’expérience aussi peut s’acquérir vite et bien.

Face à ces jeunes esprits très éveillés, les vieilles ruses pourraient bien être éventées, comme on dit d’un produit qui s’est altéré ou corrompu avec le temps (et l’on voit avec quel à propos le mot “corrompu” s’est introduit ici , tant il est présent dans le langage ambiant ) !

Pourtant il y a intérêt à connaître les vieilles ruses, surtout quand elles sont racontées avec malice et drôlerie. Le fabuliste La Fontaine, au 17e siècle, en a raconté plus d’une tant il est vrai qu’il voulait mettre en garde contre la rouerie et la malignité dont certains coquins sont capables. On sait qu’il utilisait beaucoup les animaux pour raconter l’histoire des hommes et c’est souvent le chat qui lui sert à raconter quelques mauvais tours dont on ne saurait trop se méfier. Il dit avoir trouvé chez un vieux conteur l’histoire d’un chat redoutable par tout ce qu’il était capable d’inventer pour attraper les souris. Et de ce chat très malin, il raconte en particulier deux ruses dont la première en tout cas s’avère être une tromperie réussie.

Comment donc cet animal plein de ruse s’y prend-il pour rassurer les souris devenues fort craintives à son égard ? Il a l’idée de faire le mort et de se pendre au plafond par une patte, donnant à croire que cette pendaison lui a été infligée comme châtiment pour quelque faute commise (il est question d’un “larcin de rôt ou de fromage” qui n’étonne personne car on le sait habitué à voler !).

En fait, son intention est beaucoup plus criminelle que s’il s’agissait d’un simple larcin. Les souris se croient trop facilement débarrassées de lui. Malheureusement pour elles, « le pendu ressuscite », et comme nombre de souris sont venues assister à la (fausse) pendaison, c’est pour lui l’occasion de faire un fameux carnage !

Le voilà donc prêt à recommencer en inventant une nouvelle ruse, car il a comme on dit plus d’un tour dans son sac. Cette fois il se déguise en un bloc  de farine et se blottit dans un coffre comme ceux que les meuniers utilisent pour y ranger leurs sacs. Les souris sans malice le prennent en effet pour l ’un de ces blocs enfarinés et l’on se dit qu’elles vont une fois de plus se laisser  prendre !

Mais le pire n’est jamais sûr : peut-être échapperont-elles au sort qui les attend grâce à la méfiance d’un vieux rat plein de sagesse qui dit tout haut ses soupçons : sans doute est-ce encore quelque ruse inventée par celui qui les a déjà trompés trop souvent ! Et le fabuliste la Fontaine intervient en personne pour conclure son récit : “j’approuve sa prudence », écrit-il, n’hésitant pas à s’engager personnellement en prenant parti contre le risque d’un nouveau crime.

Tout permet de croire que les Algériens ne manqueront pas de prudence, et ne sont pas des souris naïves que la ruse peut tromper.