MAROC
26/06/2019 17h:47 CET

Protection du consommateur: Les associations tirent la sonnette d'alarme sur l'état des abattoirs

"Plusieurs abattoirs publics (communaux et municipaux) ne disposent même pas des conditions minimums de sécurité sanitaire".

Raquel Maria Carbonell Pagola via Getty Images

CONSOMMATION - Il y a deux ans, la cour des comptes avait publié un rapport choc suite à son enquête menée dans plus de 70 abattoirs entre 2007 et 2015. Elle y avait constaté de nombreux dysfonctionnements liés au respect des règles d’hygiène, de traçabilité, de transport ou encore aux structures et à l’emplacement inadéquat de l’abattoir. Aujourd’hui, les associations de protection des consommateurs s’insurgent contre une situation qui n’a pas changé pour les abattoirs publics, surtout ceux qui relèvent des municipalités et des communes. 

A travers la Fédération nationale qui les réunit, ces associations ont publié, hier, un communiqué dans lequel elles expriment leur inquiétude commune. “Nous avons suivi avec grand intérêt l’état dans lequel se trouvent plusieurs abattoirs publics (municipaux et communaux) ne disposant même pas de conditions minimums de sécurité sanitaire”, déclarent-elles, précisant que leur constat ne concerne pas seulement “l’infrastructure, mais aussi le traitement des animaux avant, pendant et après l’abattage. Ce qui représente un réel danger pour la santé du consommateur qui paie la facture des négligences dans le traitement des maladies qui en résultent”.

“A l’entrée en vigueur de la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) avait donné un délai de 6 mois prorogé de 3 mois aux communes rurales pour réhabiliter leurs abattoirs avec le minimum requis, et leur avait donné, pour cela, des plans à suivre. Mais peu s’y sont soumises”, explique au HuffPost Maroc le SG de la Fédération nationale des associations des consommateurs au Maroc (FNAC), Ouadi Madih. Pourtant, cette conformité n’est pas facultative, c’est une exigence garantissant à ces établissements (et d’autres) d’être agréés ou autorisés sur le plan sanitaire. L’objectif étant d’assurer la sécurité sanitaire des produits alimentaires et la protection du consommateur, entre autres.

“Quand ces établissements n’appliquent pas cette exigence, l’ONSSA ne peut pas certifier leur viande rouge. Sans ce contrôle, les bouchers ne peuvent pas vendre légalement leur marchandise”, précise-t-il. Et de souligner que cet état des lieux suscite des conflits entre bouchers et autorités locales parfois violents. “A El Jadida, un caïd a été agressé physiquement, il y a une semaine à cause de cela”, soutient-il.

Et ce n’est pas que ce genre de conflit qui inquiète les militants des droits des consommateurs. “Ces communes se transforment en lieu de batailles entre partis politiques et ce sont les intérêts personnels qui passent avant tout. Alors, dans ces situations, ils se rejettent les accusations”, déplore Ouadi Madih. Les associations veulent que cela s’arrête. “Nous avons décidé de tirer la sonnette d’alarme pour appeler les responsables communaux à remplir leur vraie mission, en mettant aux normes les abattoirs. Le plus important, ici, c’est de permettre au consommateur d’avoir accès à un produit sain”, estime-t-il.

La FANAC revendique ainsi, dans son communiqué, l’urgence de procéder à la réhabilitation de ces abattoirs communaux et municipaux et de les assujettir aux contrôles par les entités concernées. Elle appelle également à élargir cette remise à niveau aux souks hebdomadaires (marchés traditionnels), à instaurer les règles d’une concurrence loyale entre professionnels du secteur afin de remédier à l’anarchie et éviter aux consommateurs d’en payer le prix. Dans ce sens, la FANAC souligne également l’importance de respecter la chaîne de froid et d’assurer le stockage des viandes dans les lieux appropriés, afin de préserver celles-ci de toute contamination.

“En plus de ce communiqué, nous avons adressé un courrier au directeur général des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, pour qu’il intervienne”, assure le SG de la fédération. Et d’ajouter que celle-ci avait tenu pas mal de fois des réunions avec l’ONSSA sur le sujet. “Malheureusement, le changement dans les abattoirs ne s’opère que dans très peu de cas. Selon le délai dont disposent ces établissements situés dans les villes, ils ont, en principe, d’ici fin 2019 pour se conformer aux normes. A part quelques uns, notamment à Casablanca, la grande majorité est dans un état chaotique”.