TUNISIE
16/07/2018 14h:23 CET

Propos apaisants ou règlement de compte cathodique? Les critiques fusent après l'interview de Béji Caid Essebsi

Diffusée sur Nessma, cette interview a suscité une forte vague de critiques et d'accusations

Zoubeir Souissi / Reuters

Au lieu d’apaiser les tensions, le discours du président de la République Béji Caïd Essebsi accordée dimanche à la chaîne privée Nessma n’aura fait que mettre de l’huile sur le feu. Les réactions ont été mitigées tant sur la forme que sur le contenu.

Beaucoup estiment que le contexte dans lequel l’interview a été faite est vicié alors que d’autres pensent qu’il s’agit plutôt d’une campagne électorale bien avant l’heure.

“Le Président de la République s’est adressé au peuple qui l’a élu, et l’autre aussi, dans une interview qui avait été enregistrée depuis plus de 24h avant et dont le montage a été mal fait par Nessma, qui en plus n’a pas eu la délicatesse de donner une copie originale à la chaîne Mosaïque Fm ni à la chaîne AlHiwar, toutes deux partenaires dans l’interview” regrette Karim Baklouti Barkettalah, membre de Nidaa Tounes, dans un post publié sur sa page Facebook.

Pour ce dernier, le message est clair: rien ne va plus entre le locataire de Carthage et ce lui de la Kasbah. “Dans cette confrontation qui oppose le fils au chef du gouvernement, le père a choisi son camp en l’annonçant sur la chaîne la plus controversée du pays” dit-il.

Selon le blogueur Haythem El Mekki, le discours de Caïd Essebsi serait un violent règlement de compte cathodique. Il a estimé que l’interview diffusée par Nesma n’est autre qu’un ensemble de messages visant à attaquer Youssef Chahed et son gouvernement. 

De son côté, le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), a exprimé, dans un bref post publié sur sa page Facebook, son avis concernant l’interview. “Le président de la République est en train d’assurer une protection politique au propriétaire d’une chaîne hors-la-loi”, lance-t-il. 

“Celle d’aujourd’hui n’est pas une interview, c’est un deal” a martelé l’ancien PDG de la télévision nationale Elyes Gharbi. S’étalant sur l’éthique du métier, l’animateur a rappelé les principes de base du travail journalistique et a précisé que “les rushs appartiennent au diffuseur et la présidence ne doit avoir aucun droit de regard sur le montage. Il s’agit d’une prestation journalistique et non pas de propagande ou de com” souligne-t-il en précisant que “depuis 2014, ce simulacre de journalisme a été mis en place par les équipes de Carthage et de la Kasbah”.

“Je ne vous ai pas connu aussi affaibli et désemparé” lâche l’ancien dirigeant de Nidaa Tounes, Lazahr Akremi en s’adressant au président de la République. “On vous a aimé et respecté. Cependant, on ne s’attendait pas à (...) ce que vous vous positionniez du côté de votre fils dans une bataille futile, dont le seul vrai perdant est le pays” écrit-il dans un post publié sur sa page Facebook. 

Quant à Zeineb Turki d’Afek Tounes, elle a estimé que ce n’est pas nouveau que le président de la République ait choisi Nessma pour prononcer son discours. “Nous avons eu droit en 2014 à un choix prématuré du candidat soutenu par les chaînes mainstream. Je vois que les choses ne changent pas. Tristement répétitif pour ceux qui n’appartiennent pas au fan club mais on fera avec ... les communiqués nous ont au moins permis de sourire” dit-elle.

Turki a, également, passé en revue les points évoqués par Caïd Essebsi tout au long de son discours. Elle a fait savoir que le président de la République s’adressait principalement à deux publics à savoir Rached Ghannouchi, dirigeant d’Ennahdha, et le bloc parlementaire de Nidaa Tounes qui prône pour une stabilité gouvernementale et au maintien de Youssef Chahed, qui selon elle, “a eu l’intelligence de choisir un ennemi sur lequel tout le monde aime taper”.  

“Aurions-nous une campagne en 2019 qui différerait de celle de 2014? Qui donnerait des choix réels aux électeurs? Ou bien devrons-nous nous lamenter (encore une fois) sur le taux d’abstention record sans jamais en comprendre les raisons? Cela dépendra de nous ...” conclut-elle.

La chaîne privée Nessma TV a affirmé que le président de la République a reçu dans l’après-midi du dimanche la copie intégrale de l’entretien enregistré la veille au Palais de Carthage. Une version qu’il a validée conformément aux usages dans ce type d’interview, ajoute le média dans un communiqué publié sur son site électronique.

Dans cette interview, le président de la République a accusé Youssef Chahed, sans le nommer, et beaucoup d’autres encore, d’avoir les yeux rivés sur 2019. 

Le président a évoqué la fragilité de la situation actuelle du pays: “si la situation persiste (…) le chef du gouvernement doit soit démissionner, soit solliciter, de nouveau, le vote de confiance du parlement”, a-t-il dit.

Lundi, les trois présidences et des représentants de Nidaa Tounes, d’Ennahdha, de l’Union générale tunisienne du travail et de l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat se sont réunis sous la tutelle du président de la République afin de discuter de la situation politique économique et sociale dans le pays. 

 

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