MAROC
16/06/2015 16h:26 CET | Actualisé 17/06/2015 15h:43 CET

Procès des deux marocains poursuivis pour "homosexualité": Le jugement est reporté au vendredi 19

JUSTICE - Lahcen et Mouhcine passeront encore la nuit en prison. Leur demande de libération provisoire a été refusée après délibération. Ces deux jeunes Marocains d'une trentaine d'années, accusés de s'être embrassés en public, ont été interpellés pour "exhibition impudique" le 3 juin, avant d'être inculpés pour "homosexualité" et "obscénité". Au terme de la deuxième audience du procès qui a eu lieu à 14h30 au tribunal de première instance de Rabat, le jugement a été mis en délibéré au vendredi 19.

Les deux jeunes hommes appelés à la barre ont réfuté toutes les charges retenues contre eux, à commencer par les aveux qu'ils auraient formulé, d'après les procès verbaux de la police, et "sous le coup de la violence physique et morale", rappellent leurs avocats.

Si le procureur a demandé la condamnation des deux accusés conformément à l'article 483 et à l'article 489, qui stipulent que la peine pour "homosexualité" peut aller jusqu'à trois ans de prison, il n'y a pas eu de réquisitoire.

Les quatre avocats de Lahcen et Mohsine, dont deux avocats envoyés par l'association marocaine des droits de l'homme (AMDH), ont chacun à leur tour martelé l'absence de preuves à la charge de leurs clients. Ils ont encore une fois réclamé qu'on leur fournisse l'appareil photo et les photos censés incriminer Lahcen et Mouhcine et prouver leur liaison homosexuelle supposée. En vain.

Maître Hassan Tass à la barre, a insisté sur le caractère vague des témoignages des policiers présents à la Tour Hassan ce jour là, relevant au passage les multiples contradictions qu'ils comportent: "Il n'est mentionné nulle part avec précision ce dont on les accuse. Ce qui a été notifié c'est "un manque de respect", "des gestes qui attirent le regard", "des signes de mauvaise éducation" (...) mais qu'est-ce que tout cela signifie concrètement?" interroge Me Tass.

Ces PV comporteraient différentes versions des actes de Lahcen et Mouhcine à la Tour Hassan, d'après Me Tass: "Dans un premier temps, il est dit qu'ils s'apprêtaient à commettre un acte obscène et, dans un second temps, qu'ils l'ont commis".

Dans l'enceinte du tribunal, dans une salle a moitié vide, peu de journalistes pour couvrir le procès, et une poignée de militants de droits de l'Homme. Deux membres du collectif Aswat ont fait le déplacement, ainsi qu'un duo de diplomates. Les familles, elles, étaient là. Celle de Lahcen était au grand complet, avec ses soeurs, tantes, pères, cousines, collègues tous cramponnés à leur siège essayant tant bien que mal de suivre le procès, qui restait la plupart du temps inaudible.

Dès que l'occasion se présentait, ils échangeaient des regards emplis de larmes avec Lahcen. Le jeune homme, comptable de son état, gardait les yeux rivés au sol tandis que Mouhcine, qui essuyait fréquemment des larmes semblait balbutier des prières.

Le père de Lahcen, soixante-dix ans passés, canne à la main, est sorti juste avant que le juge ne prononce sa décision. Il a confié par la suite au HuffPost Maroc "s'en remettre à Dieu". L'air hagard, le père de famille n'en reste pas moins déterminé à laver l'affront subi: il envisage en effet de porter plainte contre l'association "Mat kich khlaqna" qui a manifesté dans son quartier, exhibant le portrait de son fils et l'accusant d'homosexualité devant le voisinage. "Daroulina chouha" (ils nous ont foutu la honte) dit-il, avant de poursuivre "Mais on ne va pas en rester là".

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