MAROC
10/04/2019 17h:16 CET

Procès en appel du Hirak: Human Rights Watch dénonce un "verdict choquant"

"Cet accès de vengeance contre des activistes risque de se retourner contre le Maroc".

ASSOCIATED PRESS
Des manifestants participent à une marche dénonçant de lourdes condamnations à l'encontre des militants Hirak, à Casablanca, au Maroc, le dimanche 8 juillet 2018.

JUSTICE - Le verdict est tombé le 5 avril. Les 40 détenus du Hirak et le journaliste Hamid El Mahdaoui ont vu leur peine confirmée en appel par la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Ils ont écopé d’un an de prison avec sursis pour certains à 20 ans de prison ferme pour d’autres. Ce 10 avril, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé un “verdict choquant” à l’encontre des condamnés, “et ce malgré des allégations de torture”.

Deux semaines après l’ouverture du procès en appel, HRW appelait la Cour à prendre en compte les “suspicions de tortures” à l’encontre des accusés. Déjà dénoncées lors des premières audiences, le tribunal avait jugé les allégations de “pas sérieuses” et “infondées”. Après enquête et selon les procès-verbaux des audiences devant le juge d’instruction chargé de l’affaire, l’ONG découvrait pourtant que la quasi-totalité des détenus avaient déclaré “que durant leurs interrogatoires au siège de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), à Casablanca, des policiers avaient fait pression sur eux, d’une façon ou d’une autre, afin de leur faire signer des aveux auto-incriminants sans même lire leur contenu”. 

Des rapports de médecins légistes mandatés par le Conseil national des droits de l’Homme confirmaient les faits: d’après l’ONG, ils indiquaient “que les blessures subies par certains détenus présentaient un ‘degré de concordance élevé’ ou ‘moyen’ avec leurs allégations d’abus policiers”. 

“La Cour d’appel aurait dû tenir compte de ces éléments et exclure toute preuve semblant avoir été obtenue par la torture”, affirme aujourd’hui Human Rights Watch. L’ONG dénonce également la peine de trois ans dont le journaliste Hamid El Mahdaoui a écopé, “accusé de ne pas avoir dénoncé une menace sécuritaire que Human Rights Watch a estimée douteuse”.

“Cet accès de vengeance contre des activistes risque de se retourner contre le Maroc alors que dans la région, la colère populaire se répand dans les rues”, a conclut Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.