MAROC
27/06/2018 16h:34 CET

Procès du Hirak: Reporters sans Frontières demande la libération immédiate des 6 journalistes condamnés

Et juge les peines de prison "sévères et injustes".

FADEL SENNA via Getty Images

JUSTICE - La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Casablanca a mis fin, mardi 26 juin au soir, à huit mois de procès mouvementés en condamnant des figures du Hirak d’Al Hoceima: 20 ans de prison ferme pour Nasser Zefzafi, “leader” de la contestation, 2 à 5 ans de prison pour six journalistes-citoyens marocains ayant couvert le mouvement de protestation. Des peines jugées injustes par Reporters Sans Frontières, qui s’est exprimé dans un communiqué

Mohamed al Asrihi, Rabiaa al Ablak, Abdelali Houd, Houssein el Idrissi, Foued Essaidi et Jawad al Sabiry avaient été arrêtés en juin 2017. Tous ont écopé de condamnations allant jusqu’à cinq ans de prison pour avoir suivi et relayé les événements qui ont ébranlé la région du Rif marocain, entre 2016 et 2017. 

Jugés aux côtés des autres manifestants du Hirak et non en tant que journalistes-citoyens, RSF indique que leurs condamnations reposent, entre autres, sur les chefs d’inculpation suivants: “diffusion de fausses nouvelles” et “usurpations de la profession de journaliste”.

Ainsi, Abdelali Houd, Mohamed al Asrihi, Rabiaa al Ablak et Hussein al Idrissi ont été condamnés à cinq ans de prison ferme et 2000 dirhams (200€) d’amende, Foued Essaidi à trois ans ferme et Jawad al Sabiry à deux années de prison ferme et 2000 dirhams (200€) d’amende. Des sentences sévères pour l’ONG qui demande la libération immédiate des six condamnés. 

“Reporters sans frontières dénonce ces peines de prison d’une extrême sévérité prononcées contre des journalistes-citoyens qui n’ont fait qu’exercer leur droit à informer sur un mouvement social qui a secoué leur pays”, a déclaré, dans le communiqué, Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF. 

Quant au journaliste Hamid El Mahdaoui, directeur du site Badil.info, poursuivi pour “non-dénonciation d’un crime portant atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”, la même Cour d’appel a décidé de le juger séparément des autres détenus du Hirak, lors d’une audience à part qui aura lieu le 28 juin. 

RSF rappelle qu’en matière de liberté de la presse, le Maroc figure à la 135e place sur 180 au classement mondial de 2018 et estimait, en avril dernier, que le Hirak du Rif a mis “en évidence les difficultés que rencontrent les journalistes marocains et étrangers qui tentent de couvrir les mouvements sociaux ou s’attaquent à des sujets jugés tabous”. L’ONG précise que le royaume se trouve dans une zone “rouge” qu’elle qualifie de “situation difficile” pour les journalistes.