ALGÉRIE
22/10/2019 21h:03 CET | Actualisé 23/10/2019 09h:56 CET

Procès de six détenus du hirak: «Relaxe ou non, je continuerai mon combat»

Huffpost MG
Tribunal Abane Ramdane

À 13 heures, les trois accusés, Messaoud Leftissi, Djaber Aibeche et Bilal Bacha, font leur entrés dans le box, sourire aux lèvres et bras levés en signe de victoire.“Ils ont l’air fatigué”, constate Hakim le frère de Bilal Bacha qui tend le cou pour tenter d’apercevoir son frangin. Au même moment une femme, un bébé dans les bras fond la foule pour se précipiter vers le box. Elle est stoppée par un policier qui l’oblige à revenir en arrière. La mère regarde désespérément en direction du box et fait signe à l’un des accusés en lui montrant son bébé. “C’est la sœur de Messaoud Leftissi. Elle a ramené avec elle son bébé pour que son tonton le voit, car il l’adore.”, confie Réda, un jeune homme venu soutenir son copain. “Il faut qu’ils les relâchent car c’est trop de pression pour les familles”, plaide Fatima, venue soutenir les manifestants. “J’espère qu’ils bénéficieront de l’acquittement comme ceux de Annaba et de Mostaganem”, entend-on parmi les familles des détenus.

La célérité avec laquelle le procès a été programmé a surpris les avocats, d’autant qu’une semaine plutôt la juge de la 11ème chambre qui instruit les dossiers des six manifestants avait décidé la prolongation de la détention provisoire qui devait prendre effet aujourd’hui, mardi. “C’est une célérité étonnante », affirme une avocate.  Le collectif a été avertis la veille de la tenue du procès par sms ou émail. Ce qui fera dire à Me Bouchachi « C’est la première fois que je reçois un sms pour m’avertir de la tenue d’un procès ». 

Détermination

Certains jugent la démarche comme une volonté d’apaisement de la situation avant l’élection présidentielle. Elle intervient à la suite de la forte mobilisation avec les détenus, exprimée dans la rue, et sur les réseaux sociaux. Sans oublier le mouvement populaire qui s’est exprimer à coup de youyous et de klaxons dans les quartiers de la capitale.

Quand la juge lui demande de se lever à l’énoncé de son nom, Messaoud Leftissi se tient debout le buste droit. D’une voix calme, le jeune ingénieur, dont le contrat de travail a été annulé par son employeur depuis sa détention, va réaffirmer sa détermination à poursuivre le combat et ce quelque soit l’issu du procès. «Relaxe ou non, je continuerai mon combat », a déclaré Messaoud Leftissi dans un silence, avant que la salle n’explose sous les applaudissements et que fusent de l’assistance des “Djazair Houra, démocratiya”, au grand dam de la juge qui va exiger un retour au calme immédiat et menacer de reporter le procès sine die. Alors que l’assistance reprend sa place, la salle est baigné par les cris des étudiants qui manifestent pour le 35ème mardi.

Verdict le 29 octobre

Pour leur part, les avocats ont attaqué la décision injuste et sans fondement de placer en détention provisoire les manifestants. “Les arrestations du 21 juin ont été menées après le discours d’un homme qui n’a pas le droit de s’adresser aux algériens, mais uniquement aux militaires”, s’exclame un avocat. “Ce sont ces jugements qui vont diviser l’Algérie. Ne laissez pas cela se faire”, réclame un autre avocat, avant d’ajouter “vous n’avez pas le droit Mme la présidente de douter de l’algérianité de ses jeunes. Donnez-leur un message d’espoir. Dites leur que la justice les protège et veille sur eux.”

Après une troisième suspension de séance, la juge annonce le report du verdict au 29 octobre. La salle se vide rapidement, alors que débute le procès de Khaled Oudihat, avant celui de Hamza Meharzi et Tahar Safi.