MAROC
24/10/2018 14h:59 CET | Actualisé 26/10/2018 14h:53 CET

Procès de Maâti Monjib et des 6 journalistes: le comité de soutien dénonce "l'instrumentalisation de la justice"

"Le chef du gouvernement n'a pas donné suite à ma lettre"

HuffPost Maroc

PROCÈS - A quelques heures de l’ouverture, ce mercredi 24 octobre, de la 13ème audience du procès de l’historien et écrivain Maâti Monjib et des 6 journalistes, c’est au siège de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) qu’avocats, journalistes et militants se retrouvent, comme le veut désormais la coutume. Tous forment un comité de soutien auquel Monjib tient à réitérer ses remerciements pour avoir été à ses côtés durant ce procès qui dure depuis trois ans. 

Maâti Monjib, Hicham Mansouri, Hicham Al-Miraat (de son vrai nom Hicham Kribchi), Abdessamad Aït Aïcha, Mohamed Essabeur, Rachid Tarik et Meriem Moukrim sont tous poursuivis dans cette affaire. Les 5 premiers doivent répondre de l’accusation d’atteinte à la sécurité de l’Etat “pour avoir organisé des formations sur Story Maker, une application en logiciel libre téléchargeable sur internet”, indique le comité de soutien. Tandis que les deux derniers sont accusés de n’avoir pas notifié au Secrétariat général du gouvernement (SGG) la réception d’un financement venant de l’étranger au profit de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI).

“C’est un dossier vide!” s’exclame l’ex-bâtonnier Abderrahman Benameur à la conférence de presse tenue, ce matin, par le comité de soutien. Pour cet avocat, “il n’est pas acceptable” que ce procès s’éternise d’audience en audience. “C’est anticonstitutionnel ces retards injustifiés par la justice qui a le devoir de trancher envers l’accusé. (...) Dans ce cas, on cherche à épuiser les accusés, la justice est utilisée comme s’il s’agissait d’un jeu”, plaide l’avocat bien connu pour son militantisme et son franc-parler. 

Son confrère Abderrahim Jamai a pris le relais pour pointer du doigt la gravité des chefs d’accusations: “l’atteinte à la sécurité de l’Etat est très grave et cela nous rappelle malheureusement les procès politiques que plusieurs personnalités comme Serfati et Laâbi ont vécus au Maroc”. Et d’estimer que “faire d’une accusation un fardeau qui pèse sur le dos des accusés est en soit une condamnation de la justice”.

“C’est un véritable cercle vicieux”, regrette, de son côté, le président de l’AMDH Ahmed El Haij, soulignant que les accusés sont à chaque fois appelés à des audiences qui ne durent que quelques minutes avant que le juge n’annonce un nouveau report. “Ce procès devient une épée de Damoclès au-dessus de la tête des accusés”, assure-t-il, rappelant que ces derniers risquent, pour 5 d’entre eux, une lourde peine de cinq ans de prison ferme et pour les autres une amende de 10.000 dirhams. “Tout cela pour avoir défendu la liberté de la presse”, déplore-t-il.

Maâti Monjib ne nie pas que le poids qu’il traîne avec ses co-accusés s’alourdit au fil du temps. Déterminé, l’homme ne baisse pas pour autant les bras et dénonce haut et fort le prolongement du procès mais aussi “la campagne de diffamation” dont il affirme faire l’objet. Pour lui et le comité de soutien, l’un comme l’autre visent à faire pression sur l’électron libre qu’il est, à le dissuader de publier ses écrits et ses opinions. Maâti Monjib parle d’une “propagande” dont il n’entrevoit aucune limite. “Depuis 2015, ce sont à peu près 300 articles diffamatoires à mon égard me traitant de tous les noms qui ont été publiés. Et je n’ai pas vraiment fait le compte”, nous confie-t-il. Et de préciser qu’au mois de mars dernier, des articles diffamatoires à son encontre étaient publiés au quotidien par différents supports.

Pour porter sa voix, il a choisi d’adresser une lettre au chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani, au mois de mai dernier, pour lui décrire “l’enfer” qu’il vit avec sa famille. “Au lendemain de ma lettre, le chef du gouvernement a déclaré qu’il était sensible à toutes les lettres qui lui sont adressées. Je ne sais pas si cela était une simple coïncidence, mais je peux vous assurer que j’ai été tranquille pendant les 15 jours suivants. Aucun article diffamatoire à mon encontre n’a été publié au cours de cette période”, déclare-t-il en réponse à une question du HuffPost Maroc au cours de cette conférence. 

Un répit de courte durée, regrette le penseur pour qui le combat se poursuivra encore longtemps. “Quant au chef du gouvernement, il n’a pas donné suite à ma lettre à ce jour”, nous affirme-t-il.

En attendant, Maâti Monjib et ses co-accusés se trouvent contraints de prendre leur mal en patience. L’Association marocaine pour le journalisme d’investigation n’est plus active. “Nous avons renouvelé la structure mais on n’a pas eu de récépissé”, déclare amèrement son président Rachid Tarik. Et de préciser que, pour boucler les projets de l’AMJI, il a fallu “travailler clandestinement” dans les locaux d’autres associations. “A présent, l’association est en stand-by!” se désole-t-il. 

Un état des lieux qui ne suscite aucune surprise, pour le représentant de Reporters sans frontières, Samir Bouaziz. Présent à cette conférence, ce dernier a déploré “l’acharnement mondial” contre la liberté de la presse et les journalistes. Le militant au bureau de l’ONG en Afrique du nord parle d’une tendance générale préoccupante visant ”à cibler des journalistes pour faire peur aux autres”, soutient-il, soulignant que le cas de Maâti Monjib ne peut être dissocié de cette tendance.

Le comité de soutien de Maâti Monjib et des 6 autres journalistes continue de protester. En plus de la conférence de presse, il tient dans l’après-midi un sit-in devant le tribunal de première instance de Rabat.