MAROC
12/11/2018 16h:51 CET

Procès Bouachrine: Reporters Sans Frontières dénonce un verdict "entaché de doute"

L'ONG parle d'un procès qui "accentue le trouble au lieu d'apporter les clarifications attendues".

Huffpost MG

JUSTICE - Le patron de presse, Taoufik Bouachrine, a été condamné à 12 ans de prison pour viol, harcèlement sexuel et traite d’êtres humains. Le verdict, tombé dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 novembre a fait réagir l’ONG Reporters Sans Frontières qui dénonce, ce lundi, un procès “entaché de doute”.

RSF relève ainsi plusieurs éléments douteux à savoir une “procédure accélérée obtenue par le Parquet”, des “parties civiles sous pression des autorités et qui se récusent en cours de procès”, la “proximité d’une partie civile avec un membre du gouvernement mis en cause par le journaliste”, le “rejet de demandes de contre-expertises formulées par la défense”. Autant d’éléments durant ce procès qui ne font “qu’accentuer le trouble plutôt que d’apporter les clarifications attendues”, précise l’ONG dans un communiqué. 

“Cette affaire semble démontrer une volonté d’acharnement judiciaire contre un journaliste dont l’activité professionnelle lui a déjà valu de nombreux démêlés avec les autorités. La conduite du procès ne permet pas d’écarter l’hypothèse que cette affaire ait été montée ou à tout le moins exploitée pour une nouvelle fois le discréditer en tant que journaliste. Ce verdict est entaché de doute”, poursuit RSF, avant de rappeler qu’en 2009, Taoufik Bouachrine avait déjà fait l’objet de poursuites. L’une pour une caricature jugée irrespectueuse de la famille royale et du drapeau national, une autre pour un article “attentatoire à la réputation du Maroc” et pour diffamation à l’encontre de deux ministres, début 2018. 

Le Comité de la vérité et de la Justice sur l’affaire Bouachrine a quant à lui organisé une manifestation devant le parlement contre la décision de la cour d’appel. Les manifestants ont dénoncé l’utilisation du pouvoir judiciaire pour régler des comptes politiques avec les personnes ayant des opinions différentes de celui des autorités ainsi que le manque de liberté d’expression dans la presse, selon Alyaoum24.

En plus de la peine de prison, la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca a condamné, vendredi, Taoufik Bouachrine à une amende de 200.000 dirhams et à verser des indemnités à quelques victimes. Arrêté en février et incarcéré depuis, il a été jugé pour “traite d’êtres humains”, “abus de pouvoir à des fins sexuelles”, “viol et tentative de viol” dans une suite de procès à huis clos, depuis le 8 mars dernier. 

Avant d’annoncer sa peine, le tribunal a laissé Bouachrine prendre la parole une dernière fois. Le directeur de Akhbar al-Yaoum et des sites d’actualité Alyaoum24.com et Soltana a alors assuré être “victime d’un procès politique à cause de sa plume”, selon les propos de son avocat, rapportés par l’AFP.