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05/03/2019 18h:19 CET | Actualisé 05/03/2019 18h:19 CET

Printemps arabe: La presse satirique bourgeonne

À partir de 2011, les révolutions entraînèrent une liberté d’expression qui était jusqu’alors lourdement réprimée. De là réémergea une créativité et un certain laisser-aller de l’information telle que le montre la presse satirique.

LerPesse, Akhna Pressou ou encore Baboubi... depuis peu la presse satirique prend place sur le marché des médias maghrébins. Elle affirme une certaine légèreté vis-à-vis de l’information qui fait plaisir dans une région encore fatiguée des récentes querelles.

En effet les révolutions arabes ont permis l’expansion du partage d’idées notamment des journalistes qui suffoquaient derrière une censure oppressante. C’est une réapparition plus qu’une apparition de cette liberté ; en effet présente dans les années 1900 et durant l’occupation française, elle s’estompe ensuite avec l’indépendance et les régimes autoritaires.

 

La Banque Centrale de Tunisie introduit une nouvelle pièce de monnaie : le 0 millime”, annonce LerPesse: un humour léger qui rend compte de la situation économique tunisienne, en effet catastrophique. Cette dernière se présente d’ailleurs comme “LerPesse, l’information sérieuse, à l’image du pays”; une autodérision appréciée ou non et qui peut tromper les moins avertis. 

 

Malheureusement, cette presse ne s’accorde pas toutes ses libertés comme le font plus aisément les médias occidentaux, il reste encore une limite à franchir: la religion. ”À l’époque de Ben Ali, on avait affaire à une censure omniprésente et institutionnalisée, maintenant je traite les sujets qui me plaisent, toutefois je prends certaines précautions concernant la religion et l’éthique” m’avait alors annoncé Lotfi Ben Sassi, caricaturiste tunisien. En effet, les auteurs s’autocensurent contre leur gré, et ce, pour pouvoir être acceptés de la société afin d’attirer un certain nombre de lecteurs et de diffuser leurs idées de manière sous-jacente.

Mais cette autocensure n’empêcha pas la prolifération de cette presse, notamment online. Les réseaux sociaux furent en réalité le moyen de déclenchement de la révolution. Politiciens et citoyens s’exprimèrent alors à tort et à travers. De ce fait, le Web rime tout de suite avec liberté d’expression, les nouveaux journaux satiriques s’installent ainsi de manière instinctive sur Internet. L’audience s’élève au fil des jours: le site du journal algérien El Manchar atteint parfois les 100 000 visites par jour.  Ajoutons à cela qu’elle devient une presse internationale et traite de sujets qui vont au-delà de ses frontières: “Trump reconnaît Sodome et Gomorrhe comme capitales de la communauté LGBT”, un article en réaction à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Elargir leurs horizons leur permettent ainsi d’attirer un nombre de lecteurs conséquent, et ce à l’international.

 

Cette presse satirique maghrébine s’impose devant les médias occidentaux même s’il reste encore du chemin pour qu’elle parvienne à acquérir pleinement ses droits.

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