MAROC
20/07/2018 15h:20 CET

Prévention en baisse, les infections augmentent... l'Onusida tire la sonnette d'alarme

Le rythme des progrès n’est pas à la hauteur de l’ambition mondiale.

mrtom-uk via Getty Images

PRÉVENTION - L’Onusida a publié, ce mercredi 18 juillet, un rapport annuel qui n’est pas des plus optimistes. L’organisme onusien de lutte contre le sida envoie un sérieux avertissement aux pays et tire même la sonnette d’alarme, indiquant qu’un “long chemin reste à parcourir”: le nombre de nouvelles infections, en augmentation constante, est toujours trop élevé pour espérer mettre fin un jour à la pandémie. 

Alors que se prépare la 22e conférence sur le sida, qui aura lieu à Amsterdam du 23 au 27 juillet prochain, l’Onusida est catégorique: les progrès ralentissent. Avec un nombre d’infections qui augmente, une prévention en baisse et un manque de financement, le temps est compté pour atteindre les objectifs de 2020 en matière de VIH.

” Des régions entières prennent du retard, les grands progrès que nous avons réalisés concernant les enfants ne sont pas pérennes, les femmes restent les plus touchées, les ressources ne sont toujours pas à la hauteur des engagements politiques et les populations clés continuent d’être laissées pour compte. Tous ces éléments freinent les progrès et il est urgent d’y faire face”, précise, dans un communiqué, Michel Sidibé, Directeur exécutif de l’Onusida. Cependant, en 2017, près de trois séropositifs sur cinq dans le monde - 21,7 millions sur 36,9 millions au total- prennent des traitements antirétroviraux, soit la plus haute proportion jamais atteinte. 

De moins en moins de prévention 

Pour l’ONU, la discrimination exercée par le personnel de santé, les forces de l’ordre, les enseignants, les employeurs, les parents, les chefs religieux et les membres de la communauté empêche les jeunes, les personnes séropositives et les populations clés d’accéder à la prévention, au traitement et à d’autres services de santé sexuelle et reproductive. Le communiqué indique ainsi que dans 19 pays, une personne séropositive sur cinq ayant répondu aux enquêtes a déclaré s’être vu refuser des soins de santé et une personne séropositive sur cinq a déclaré éviter de se rendre dans un établissement de santé par crainte de la stigmatisation ou de la discrimination liée à son statut sérologique. Dans cinq des 13 pays pour lesquels des données sont disponibles, plus de 40 % des personnes interrogées estiment que les enfants séropositifs ne devraient pas pouvoir aller à l’école avec des enfants séronégatifs.

L’organisme indique que les nouvelles infections liés au VIH sont en augmentation dans une cinquantaine de pays, et, à l’échelle mondiale, n’ont diminué que de 18 % au cours des sept dernières années, passant de 2,2 millions en 2010 à 1,8 million en 2017. Bien que ce chiffre représente presque la moitié du nombre de nouvelles infections par rapport à 1996, lorsque ce nombre était au plus haut (3,4 millions), la baisse n’est pas assez rapide pour atteindre l’objectif de moins de 500 000 nouvelles infections à VIH d’ici 2020.

La réduction du nombre des nouvelles infections par le VIH a été la plus forte dans la région la plus touchée par le virus, l’Afrique orientale et australe, où les nouvelles infections ont diminué de 30 % depuis 2010. Toutefois, en Europe de l’Est et en Asie centrale, le nombre annuel de nouvelles infections à VIH a doublé et a augmenté de plus d’un quart ces 20 dernières années au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.  

Le Maroc bon élève de la région MENA 

“Nous partageons le ton pessimiste de l’Onusida qui tranche avec l’optimisme de ces dernières années concernant les objectifs ambitieux à atteindre pour 2020. Cependant, il faut noter que le Maroc a fait de sérieux progrès en matière de traitement et de dépistage dans une région MENA globalement mauvaise et en régression”, indique au HuffPost Maroc Hakima Himmich, présidente fondatrice de l’association marocaine de lutte contre le sida (ALCS).

“Le Maroc reste une exception, nous sommes les plus avancés puisque 70% des personnes contaminéds sont informées de leur séropositivité contre seulement 30% il y a 4 ans. Nous sommes encore loin de l’objectif des 90% fixé par l’ONU, mais il faut continuer à mettre la pression et tous les moyens nécessaires en place pour l’atteindre”, poursuit-elle, notant que le royaume est également en avance en matière de dépistage et de traitement et soins prodigués. 

Que faut-il alors faire pour accélérer la riposte? “Davantage dépister et traiter, partout, au Maroc et dans le monde. Et surtout, augmenter les moyens financiers qui sont en baisse constante. Les pays riches financent de moins en moins le Fonds mondial de lutte contre le sida, ils ne donnent pas tout l’argent qu’ils promettent, or il faut impérativement que les subventions augmentent. “Il manque 7 milliards de dollars par an (...) pour nous permettre de maintenir nos résultats”, a déclaré à l’AFP Michel Sidibé. Pour l’organisme, les objectifs 2020 ne pourront être atteints que si les investissements augmentent, à la fois au niveau national et de la part des pays donateurs.

“Tout est une question de volonté politique”, affirme pour sa part Mme Himmich. Pour elle, il existe au Maroc “une réelle volonté politique portée par le roi Mohammed VI” qui a récemment apporté son haut-patronage au Sidaction. “Il reste toutefois un long travail à faire auprès des populations stigmatisées qui sont les plus touchées par le virus, à savoir les homosexuels, les travailleurs du sexe, les toxicomanes et migrants. 45% des nouvelles infections proviennent d’eux. Il faut accroître le dépistage et les traitements”, conclut-elle. 

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