ALGÉRIE
15/09/2019 10h:51 CET

Présidentielles: le passage en force de Gaïd Salah … pour quel candidat?

NurPhoto via Getty Images
The deputies of the National People's Assembly vote for, the draft organic law amending and supplementing the electoral law and the draft organic law relating to the National Independent Electoral Authority, in a plenary session. September 12, 2019 (Photo by Billal Bensalem/NurPhoto via Getty Images)

Dans quelques heures ou dans quelques jours, cela est très secondaire, Abdelkader Bensalah va convoquer le corps électoral comme l’a exigé, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah. Il n’y a pas matière à surprise au vu de la discipline toute militaire manifestée aussi bien par le panel, l’APN que par le Conseil de la Nation à mettre à exécution l’ordre de route des présidentielles dans les “plus brefs délais”.  Les lois ont été adoptées en des temps records, sans débat, et sans même le respect des procédures. 

Abdelkader Bensalah, qui est l“autorité suprême du pays” - la formulation est de Ammar Belhimer- mais pas le “Pouvoir”, va donc convoquer une deuxième fois durant son intérim les Algériens à aller voter. La première fois, c’était pour le 4 juillet, et elle a échouée faute de candidats, la pression du mouvement populaire ayant été dissuasive. 

 

Aucune mesure d’apaisement

Le choix du chef de l’armée est toujours fortement contesté par le mouvement populaire qui s’est exprimé avec une grande force le 30ème vendredi, mais le pouvoir est décidé à passer en force. Il n’a même pas concédé les mesures d’apaisement, notamment la libération des détenus d’opinions, réclamées par le panel au tout début et carrément oubliées après la vive remontrance du chef de l’armée. 

Les médias, publics et privés, se sont totalement fermés aux opposants et font dans la propagande outrancière n’hésitant à présenter des manifestations contre la tenue des élections comme des appels à leur tenue au “plus vite”.  

Mais le cap de la présidentielle est pris par le pouvoir même s’il est clair, déjà, qu’elles ne se dérouleront pas, si elles ont lieu, dans un climat apaisé. Le souci immédiat du pouvoir est d’avoir des candidats pour éviter de se retrouver dans la situation du 4 juillet dernier.  Officiellement, aucune personnalité n’a annoncé sa candidature, les choses deviendront plus claires cependant une fois le corps électoral officiellement convoqué. 

Les candidats éventuels n’ayant que 90 jours pour se préparer, ils devront faire vite. Avoir des candidats est donc une priorité pour le pouvoir, un but clairement contradictoire avec son refus d’envoyer des  signaux d’apaisement. 

 

Durcissement de la répression

Bien au contraire, il opte, comme le soulignent Jill Jadid, Abdelaziz Rahabi et le collectif de la société civile, pour un durcissement de la répression qui alourdit le climat.  Ainsi que le note Jil Jadid, le pouvoir “a durci” la répression dans sa volonté de faire passer l’élection contre vents et marées. Les “arrestations, y compris d’hommes politiques et le maniement de la division du peuple”  démontrent la “ logique autoritaire du pouvoir note Jil Jadid en s’inquiétant de la “montée des tensions”. 

La confrontation des volontés échauffe les esprits. Les voix prônant la radicalité s’élèvent de toutes parts excluant parfois la raison” s’alarme en estimant que la tenue des élections présidentielles dans ces conditions ne vont que “compliquer la crise au lieu de la résoudre”.

Réagissant à l’incarcération de Karim Tabbou, Abdelaziz Rahabi a relevé la contradiction entre l’appel du pouvoir à la “normalisation” et sa décision de restreindre en parallèle le champ politique et médiatique. Le pouvoir ne “favorise pas l’apaisement et la confiance mais plutôt la radicalisation politique. Il envoie ainsi des signaux négatifs à une opinion publique déjà inquiète et appelée à voter dans un environnement inadéquat.”

 

Benflis pour sauver le choix du soldat Gaïd?

Ce manque de souci à l’égard de l’opinion tient peut-être au fait que le pouvoir a l’assurance que des candidats seront bien en lice, coûte que coûte, ce qui ferait éloigner la perspective d’un rendez-vous manqué comme celui du 4 juillet.

Sur qui peut compter le pouvoir clairement incarné par le général Gaïd Salah? Le MSP louvoie. Abdelaziz Belaïd qui n’a renoncé qu’à la dernière minute pour l’élection annulée du 4 juillet sera de toute évidence de la partie. Mais il n’a pas le poids pour “crédibiliser” une élection présidentielle. 

Les regards se dirigent très clairement sur Ali Benflis, deux fois candidats en 2004 et 2014.  Dans une contribution au Soir d’Algérie, parue, malencontreusement pour lui, le lendemain de l’arrestation de Karim Tabbou, Ali Benflis, a fait un bilan très élogieux du travail du panel et il n’est pas loin de considérer, à quelques réserves minimes près, que les conditions sont réunies pour un scrutin libre et régulier.  “L’horizon semble se dégager. Les perspectives s’ouvrent. L’impasse n’apparaît plus comme insurmontable. Jamais notre pays n’a été aussi proche de la sortie de crise. Et jamais, l’élection présidentielle n’est apparue aussi propice à cette sortie de crise….” a-t-il écrit. 

 

“Aucun avenir loin du mouvement populaire”

Benflis dans la peau du candidat pour la troisième fois? La perspective inquiète clairement le “Collectif des organisations, associations, et ligues du collectif de la société civile” qui semble considérer qu’une telle éventualité pourrait ouvrir le bal à d’autres candidatures.  Le Collectif relève que “les tentations de candidatures aux élections présidentielles qui se sont dessinées ces derniers jours vont aggraver la crise”. Mais il avertit ceux qui sont tentés qu’ils “ n’ont  aujourd’hui aucun avenir dans la prise de distance avec le mouvement populaire sous couvert de sortir le pays de l’impasse”. Ces candidatures qui “menacent de porter préjudice à la dynamique unitaire du peuple algérien pour un vrai changement” sont vouées à subir, au mieux, “le même sort que celui du panel de Karim Younès qui a détourné le dialogue auquel nous avons toujours appelé.” 

L’annonce officielle de la convocation du corps électoral va accélérer les décantations.