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12/09/2019 08h:39 CET | Actualisé 12/09/2019 08h:40 CET

Présidentielles: L’absence remarquée!

Il y’a une dimension sur laquelle on bute inévitablement et qui mérite qu’on s’y attarde: le niveau culturel du candidat.

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Ils sont tous là (en dehors de l’inculpé pour blanchiment d’argent et du fuyard qui tue le temps à Saint-Tropez). Tous en campagne, aux quatre coins du pays. Tous alignés au bon gré du tirage au sort, pour nous faire part, à la télévision, en direct, de leurs projets, de leurs opinions et, accessoirement, de leur degré de self-control…

De ces exercices télévisuels, que vont garder les citoyens, semble-t-il très assidus face à ces joutes politiques? Le charisme de l’un, l’empathie ou les ondes négatives, dégagées par un autre, une manière d’être, de se tenir debout, de jouer sur sa voix, sur son intonation. Tout ce non-dit peut faire basculer un vote. Malgré toutes les questions ayant trait au programme des uns et des autres, c’est plus le candidat que son programme qui est, ici, proposé aux enchères ; c’est l’homme ou la femme qui séduit, ou rebute. Une campagne se gagne souvent par un bon mot, prononcé au moment qu’il fallait, ou un sourire emportant la sympathie d’une foule. Une campagne se joue souvent sur un : “je ne sais quoi, un presque rien”, pour paraphraser le titre d’un ouvrage bien connu.

Cet ingrédient impalpable qui peut emporter l’adhésion des citoyens est profondément irrationnel. Pourriez–vous dire pour quelle raison la vue de telle personne vous procure un sentiment de joie et de légèreté, tandis qu’avec telle autre, votre visage se ferme et vous vous détournez? Il est certains que l’empathie (ou son contraire) est chose mystérieuse. Pourtant, si on essaie d’analyser tout ce non-dit qui circule entre les êtres, il y’a une dimension sur laquelle on bute inévitablement et qui mérite qu’on s’y attarde: le niveau culturel du candidat.

Rien n’est plus malaisé à cerner que le mot culture dans le contexte qui nous intéresse. On peut être universitaire, bardé de diplômes, de ‘magisters’,  de doctorats en telle ou telle branche (scientifique le plus souvent) et demeurer dénué de culture. Disons, pour simplifier, qu’on pourrait désigner par culture la somme des connaissances en sciences humaines, connaissances pas forcément incluses dans le cursus du candidat et qui lui confèrent le pouvoir d’analyser une situation en se référant à un grand nombre de déterminants. En somme, c’est l’ensemble de ce qu’on a appris et qui, stricto sensu, ne sert ni à une promotion ni à un enrichissement rapides. D’ailleurs, c’est quand le savoir devient « inutile » que la valeur d’un être se constitue.

En vérité, le fait d’être cultivé ou non se répercute sur le programme du candidat, tout autant que sur le candidat, lui-même !

Au plan contenu, un candidat cultivé se préoccupera de mettre l’humain au centre de ses préoccupations, en se penchant certes sur le chômage, la santé, l’enseignement, mais aussi et surtout sur la culture, ce droit de tout citoyen dans un pays démocratique. Culture qui est loin d’être une “horde de festivals”, machine festive, bruyante, le plus souvent peu féconde, défouloir à prix abordable, analogue aux jeux du cirque de l’antiquité… Avez-vous entendu l’un des candidats évoquer la culture dans son programme? Pour le peu que nous savons du programme des uns et des autres, il semble que certains aient insisté sur la nécessité de remettre en état les maisons de jeunesse, ou les maisons de la culture, à travers le pays. Très bien, mais pour y faire quoi au juste? Avant tout, du sport et de l’informatique! Quoi d’autre? Lequel d’entre les candidats a mis dans son programme l’accès à la culture comme droit du citoyen et devoir de celui qui le gouverne? Qui a parlé de privilégier les cours de théâtre, ou de littérature, les clubs de photo ou de cinéma, les créditant d’un coefficient persuasif? Qui a réfléchi à la manière d’encourager jeunes et moins jeunes à l’inventivité, à la création, à l’audace, et pas seulement dans les sacro-saints domaines de l’informatique ou des techniques de gestion et de management d’entreprises! Celles-ci nous fabriquent des surdoués en technologies dites de pointe (de quelle pointe s’agit-il ?) mais ces mêmes surdoués sont incapables de vous dire quel a été le dernier livre (non technique) qu’ils ont lu, si tant est qu’ils aient déjà lu des livres…

Mais il n’y a pas que le contenu d’un programme. C’est l’envergure du candidat qui change, selon son bagage culturel. Il est indéniable que la fréquentation régulière des humanités, influe sur la mouture d’un être et sur sa vision du monde. Elle seule confère le recul nécessaire pour percevoir une situation, non pas du seul point de vue des chiffres et de la rentabilité, mais aussi selon l’effet sur la qualité de vie des citoyens. Lorsqu’un dirigeant est en possession d’un bagage culturel suffisant, il dispose d’outils lui permettant de relativiser le problème qui croise son chemin, car il dispose d’une palette de problèmes analogues ou proches qui ont déjà été solutionnés. Seule la culture permet une telle mise à distance, évitant comme nous l’avons vu, de s’engouffrer la tête la première dans un problème avec une bonne volonté évidente mais un bagage insuffisant.

Mais ce n’est pas tout. Qu’on le veuille ou non, la culture confère une aura, un charisme, celui d’un individu pourvu d’une sensibilité aiguisée. C’est ainsi qu’il parviendra à un discernement lui permettant, dans chaque situation de trouver la juste mesure, l’attitude pertinente. Non seulement le savoir-faire, mais aussi un savoir-être où la morale n’est jamais bien loin.

Le premier président de notre république, Habib Bourguiba était épris de poésie ; il récitait volontiers le fameux poème de Musset “la mort du loup”. Quant au défunt Si Béji, il consacrait chaque jour une séance conséquente à la lecture, et truffait ses discours de versets coraniques. Parmi nos candidats, lequel pourrait se prévaloir d’un bagage culturel en accord avec les prérogatives d’un président? Lequel possède le charisme et la maturité que seule fournit la culture? Ne connaissant pas les candidats un à un, je ne pourrai jurer de rien, mais l’impression d’ensemble est que parmi les vingt-six, seuls un ou deux sont des êtres de culture. Tout le reste est, selon toute vraisemblance, un ensemble de technocrates et de politiciens (avocats pour la plupart) ; certains maîtrisent chiffres et dossiers, il en est qui sont honnêtes (hé oui !) et débordent de bonne volonté. Mais, la plupart font peu de cas de la culture… La culture? Soyons sérieux comme si on n’avait pas suffisamment de problèmes avec cette campagne!

Tant que nous aurons des spécimens dépourvus de culture (et souvent de morale) comme présidentiables, il est difficile d’espérer un changement des mentalités individuelles, une vision différente par les citoyens de leurs priorités et de leurs exigences… La culture est un choix politique. Si la culture n’est pas considérée comme attitude et exigence individuelles essentielle ; si elle demeure un loisir facultatif, souvent médiocre, il est difficile d’imaginer un changement en profondeur de notre société. Nous resterons ce que nous sommes et les feuilletons  vomitifs, à l’eau de rose, continueront à bercer nos soirées et à abrutir nos rêves!

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